Experts en réglementation, vous êtes cernés !

le 16/03/2017 L'AGEFI Hebdo

Ces professionnels sont la cible des cabinets de conseil, qui doivent renforcer leurs équipes pour accompagner leurs clients.

Experts en réglementation, vous êtes cernés !
(Fotolia)

Très, très recherchés, les consultants spécialisés en réglementation ! « Ces deux ou trois dernières années, nous avons assisté à une forte hausse des missions portant sur la réglementation et la conformité, observe Cécile Jehanno, associée du secteur financial services d’Eurogroup Consulting France. Les banques nous sollicitent de plus en plus sur des sujets liés à l’organisation et l’efficacité de la fonction ‘compliance’, mais aussi pour conduire des projets liés à IFRS 9, MIF ou à la sécurité financière. » Au sein du cabinet TNP, la part des deux activités réglementation et conformité a tout simplement doublé. « Aujourd’hui, elles génèrent 20 % de nos revenus, alors qu’il y a cinq ans, elles représentaient moins de 10 % », souligne Guy Leturcq, directeur général. Chez Cognizant Business Consulting, elles occupent une place encore plus prépondérante, comme l’explique Pierre-Yves Curtet, associé en charge de la division finance & risk management : « Au sein de mon équipe, la conformité concentre 25 % des missions. Et si l’on y ajoute celles réalisées par nos consultants dédiés aux marchés de capitaux et la maîtrise d’ouvrage, cela représente au total plus de la moitié de l’activité de notre cabinet. »

Des stages « payants »

Pour accompagner cette croissance, les structures de conseil ont dû renforcer leurs effectifs. « L’équipe est passée, ces deux dernières années, de six consultants à une quinzaine aujourd’hui, confirme José Dorrego, membre du comité de direction du cabinet Siltea, en charge des risques et de la conformité. Et cet investissement est loin d’être achevé puisqu’en 2017, nous allons encore recruter une dizaine de nouveaux consultants spécialisés. » Très large, le champ des profils recherchés commence par les juniors. « Chez TNP, un tiers de la trentaine de stagiaires de fin d’études que nous accueillons chaque année travaille sur des sujets de conformité, précise Guy Leturcq. Dans 60 % des cas, nous les embauchons en CDI à la fin de leur stage. » Ces jeunes candidats, les recruteurs vont les dénicher dans les écoles de commerce et d’ingénieurs, au sein des masters banque-finance et, de plus en plus, dans les masters dédiés aux risques et à la conformité. Il n’est pas rare qu’ils soient issus d’écoles/universités renommées. Lorsqu’il a été contacté par Nexialog en juin 2016, Quentin Moreau, 25 ans, n’a pas hésité longtemps avant d’accepter de rejoindre cette société comme consultant junior. «  Je travaillais depuis six mois dans un cabinet d’audit et je me rendais compte que ce métier ne me correspondait pas tout à fait, confie ce diplômé de l’ENS Cachan. J’ai donc saisi l’opportunité que me proposait Nexialog de retrouver les problématiques réglementaires que j’avais découvertes en effectuant mon stage de fin d’études à l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. »

Mais la majorité des embauches concerne les profils expérimentés qui affichent de solides compétences métiers et ont derrière eux un parcours de trois à cinq ans dans le conseil en entreprise ou auprès d’établissements financiers. Problème : ces profils se font rares sur le marché. Du coup, les cabinets de conseil peuvent passer jusqu’à six mois avant de trouver l’« oiseau rare », « alors qu’en général, un recrutement dépasse rarement deux mois, rappelle Amaury La Clavière, senior manager du cabinet de recrutement Robert Walters. Ce qui rend le ‘sourcing’ compliqué : l’univers de la conformité est un petit monde très spécialisé, avec des équipes à taille humaine et où tout le monde se connaît. Quand ils sont ‘chassés’, les candidats sont au fait du management et du type de missions qui les attendent. Ils n’acceptent donc de bouger que lorsqu’ils ont la conviction de travailler sur des projets intéressants et la possibilité de s’inscrire sur le long terme ». Recruté l’an passé par Siltea, Olivier Caranta avait le profil idoine. Ce diplômé de l’Edhec avait en effet travaillé auparavant, pendant sept ans, comme consultant spécialisé, au sein de structures comme Beijaflore et Sia Partners : « Mon parcours m’a conduit à me spécialiser dans des missions portant sur le risque de crédit et la conformité pour des établissements bancaires, raconte le jeune homme de 33 ans. Lorsque Siltea m’a contacté via un chasseur de têtes afin de me proposer ce poste, j’ai accepté. Ce qui m’a permis de devenir manager. »

Rémunérations

Pour « appâter » ces candidats expérimentés tant convoités, les cabinets de conseil ont été contraints de revoir à la hausse leur grille de rémunérations d’environ 15 %. Un consultant senior, avec trois à cinq ans d’expérience, peut aujourd’hui prétendre à une rémunération qui oscille entre 48.000 et 55.000 euros, part variable incluse. Les consultants juniors émargent, eux, entre 38.000 et 45.000 euros, les managers à 70.000 euros et plus. Tous les viviers de recrutement sont passés au crible. « Nous allons les chercher dans les grands cabinets de conseils internationaux, confie Guy Leturcq. Nous recrutons aussi des experts opérationnels dans les directions risques et conformité des entreprises et des établissements financiers, lorsqu’ils ne sont pas clients du cabinet, des clauses de non-débauchage figurant le plus souvent dans nos contrats de mission. »

Depuis son arrivée chez Nexialog, Quentin Moreau a enchaîné deux missions dans des sociétés d’assurances sur la production de reporting sur le pilier 3 de Solvabilité 2 et la revue des modèles internes. « Et entre ces deux missions, j’ai réalisé une étude sur la prise en compte du risque de taux d’intérêt dans les portefeuilles bancaires, déclare le jeune consultant qui apprécie le côté technique de sa fonction et les connexions avec l’actualité. En tant que consultant, j’ai aussi plus de temps pour m’immerger chez un client car les missions peuvent durer plusieurs mois, alors que dans l’audit, on reste rarement plus de trois semaines chez un client. »

Consultante senior chez TNP, Maha El Khalidy, 30 ans est, elle, affectée depuis huit mois dans une banque privée où elle officie en tant que chef de projet sur le volet transparence des marchés imposé par MIF 2. « Ce que j’aime, c’est l’urgence imposée par la fonction, rapporte cette diplômée de l’ENST Bretagne qui a travaillé pendant deux ans comme technico-commerciale chez Microsoft, avant de rejoindre le monde du conseil. Il faut en effet être capable d’évaluer très vite les impacts de la réglementation sur l’activité d’un client, son organisation, son système d’information, et mener à bien les projets dans les délais impartis. Car en matière réglementaire, il y a toujours une date butoir et la menace de sanctions. » « La conformité est devenue un enjeu stratégique pour les acteurs financiers. Dans les comités de pilotage avec lesquels je collabore, je retrouve souvent des N-2 ou N-1 des directeurs généraux », complète Olivier Caranta. Dans cinq ans, le trentenaire se voit toujours dans le conseil, avec une expertise encore plus aiguisée sur les questions de conformité. «  En espérant, pourquoi pas, un jour devenir associé, glisse-t-il. Tout dépendra de mes capacités commerciales car ce que l’on demande avant tout à un associé, c’est d’aller chercher de nouveaux business. » Nombre de ses confrères choisissent une autre voie, comme le confirme Cécile Jehanno : «  Après quelques années, certains consultants font le choix d’intégrer les équipes ‘compliance’ de nos clients pour être à la manœuvre de grands programmes de transformation de la fonction ou de mise en conformité. » Donc de miser sur le conseil comme un tremplin de carrière.

Maha El Khalidy,  consultante senior chez TNP
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Maha El Khalidy, consultante senior chez TNP
Des profils rares sur le marché
Cécile Jehanno, associée du secteur financial services d’Eurogroup Consulting en France
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Cécile Jehanno, associée du secteur financial services d’Eurogroup Consulting en France
Amaury La Clavière, senior manager chez Robert Walters
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Amaury La Clavière, senior manager chez Robert Walters

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