Salaires et bonus, pas d’euphorie en 2017

le 12/01/2017 L'AGEFI Hebdo

Préoccupés par les exigences réglementaires et la transformation digitale, les employeurs de la finance tiennent fermement les cordons de la bourse…

Salaires et bonus, pas d’euphorie en 2017
(Fotolia)

A l’approche de la saison des bonus (en février-mars), la tension commence à s’installer dans les bureaux des banquiers parisiens. Chez les chasseurs de têtes aussi dans une certaine mesure, puisque ces professionnels du recrutement prendront part au plus ou moins grand « mercato » des banquiers après le versement de leurs primes variables. « 2016 est une bonne année pour les activités de financement, tout particulièrement en M&A (fusions-acquisitions), note Denis Marcadet, président du cabinet de chasse de têtes Vendôme Associés, qui intervient sur des profils d’au moins dix ans d’expérience dont la rémunération fixe annuelle est supérieure à 150.000 euros (niveau qui fait office de « benchmark » chez les chasseurs de têtes spécialisés dans la finance). Les bonus devraient s’aligner en conséquence, ils seront à la hausse. Les premiers annoncés au sein de banques d’affaires le confirment, les attentes sont fortes. » « Cette année, les banquiers du M&A (‘vice president’, ‘associate’, directeur) tablent sur des bonus de bonne facture, confirme Amaury La Clavière, senior manager banque de financement et d’investissement (BFI) chez le chasseur de têtes Robert Walters. Les établissements rétribueront en particulier ceux qui se sont investis le plus sans toutefois discriminer les autres, l’allocation sera donc très individualisée, comme le veut la pratique dans les métiers de BFI. »

En revanche, du côté des salles de marché et de la banque privée, des déceptions sont à prévoir, comme l’explique Eric Singer, associé fondateur du cabinet de chasse de têtes Singer & Hamilton : « Le coût de la réglementation a augmenté de façon très sensible pour les banques, il est particulièrement élevé pour les métiers de marché. Quant à la banque privée, elle est très concernée par la réglementation liée à la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, ainsi que le respect des embargos. La rentabilité est en baisse dans ces activités… Les bonus en 2017 seront stables ou inférieurs à ceux de 2016. » « Dans les métiers de BFI, les fixes n’ont pas augmenté de façon très notable depuis la crise de 2008, rappelle pour sa part Odile Couvert, dirigeante du cabinet de chasse de têtes Amadeo Executive Search. Je doute qu’ils soient revus à la hausse cette année. »

Risques et conformité

Sur les salaires fixes comme sur les bonus, certaines fonctions tirent leur épingle du jeu. Il s’agit des métiers dits « en tension », où les besoins en recrutement sont élevés mais difficiles à satisfaire. « Dans les métiers de risques et de conformité, aujourd’hui à maturité, la recherche d’experts est permanente, nous sommes sur un marché inversé où la demande de profils est supérieure au nombre de candidats, et des rémunérations à la hausse en résultent, raconte Denis Marcadet. Selon les spécificités et en dehors des fonctions de responsable métier, la base fixe annuelle moyenne pour un spécialiste peut aujourd’hui se situer dans une fourchette 80.000-100.000 euros. La progression salariale de ces fonctions est régulière depuis huit ans, bonus y inclus ! » Pour les grandes BFI tricolores telles que BNP Paribas et la Société Générale, l’année écoulée aura été marquée par des suppressions de postes dans les métiers de marché. Mais les enjeux réglementaires permettent à certains spécialistes de se valoriser davantage sur le plan de la rémunération. « Les experts des risques, de la conformité, du contrôle interne et des normes comptables recrutés à l’extérieur ont pu prétendre en 2016 à des salaires un peu plus élevés que l’année précédente, constate Fabrice Coudray, directeur chez Robert Half International où ses candidats ont de 2 à plus de 20 ans d’expérience pour un salaire fixe annuel situé entre 45 et 120.000 euros. Cependant, les banques font très attention à la maîtrise de leur masse salariale et veulent éviter de créer des décalages trop importants entre les nouveaux venus et leurs collaborateurs déjà en poste. » De fait, ce sont les financiers qui changent d’employeur qui bénéficient des augmentations salariales les plus avantageuses. « En 2016, 40 % à 50 % de mes missions ont concerné des postes liés aux risques (ALM, de marché, de crédit…), relate Christophe Laville, consultant senior chez Hudson, cabinet de recrutement dédié aux cadres et dirigeants qui affichent en moyenne entre 60 et 140.000 euros de rémunération fixe annuelle. Les ‘quants’ de trois à six ans d’expérience sont particulièrement recherchés pour les fonctions risques. On voit une tendance inflationniste sur les salaires. Ces experts ont pu espérer entre 15 % et 25 % de hausse de leur fixe en changeant d’entreprise. » « Quand il s’agit de besoins stratégiques ou de profils très techniques (‘quants’, ‘big data’, etc.), les établissements font le nécessaire malgré un contexte difficile », confirme Jean-Paul Brette, directeur banque, finance et assurance chez Hudson. En effet, les cordons de la bourse se desserrent lorsqu’il s’agit de fonctions ayant trait à un autre sujet majeur : la mutation digitale. « La nécessité de transformer leur modèle a poussé les grands établissements financiers à se doter de fonctions transverses comme celle de ‘chief digital officer’ ou de ‘chief data officer’ ou d’experts en marketing digital, ou en gestion de la donnée…, souligne Danielle Nassif, responsable des services financiers du cabinet de conseil en recrutement Kienbaum Consultants International (lire aussi page 6). Pour rémunérer ces profils qui peuvent venir de secteurs non financiers, les budgets se débloquent. Par exemple, un CDO peut percevoir de 150 à 250.000 euros de salaire fixe annuel, selon la taille de l’entreprise, celle de son équipe et surtout de la dimension stratégique de sa feuille de route. Il bénéficiera également d’une part variable significative. »

Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas en premier la hausse de leur rémunération qui motive les cadres de la finance à bouger. « Les cadres bancaires sont partagés face à une mobilité : soit ils se montrent très prudents, craintifs, soit (c’est une minorité) ils sont en quête de renouveau, tant leur organisation est contrainte, et prêts à assumer des risques, expose Denis Marcadet. La valorisation salariale n’est alors plus le levier essentiel de leur mobilité ». « Le plus grand vecteur de mobilité n’est pas forcément le salaire chez les financiers, abonde Odile Couvert. C’est le plus souvent un manque d’évolution dans la carrière. »

Banque de détail

Dans la banque de détail (lire aussi le Dossier page 24), la morosité a dominé en 2016. « Les acteurs ont été guidés par une logique de rationalisation de leur maillage alors que leurs marges se réduisent, expliquent Anne-Sophie Luçon, practice manager banque & assurance chez Michael Page (cadres confirmés ayant une rémunération fixe annuelle de 40 à 150.000 euros), et Marie-Hélène Agard, directrice senior chez Page Personnel (cadres de premier niveau, techniciens et employés qualifiés ayant moins de 40.000 euros de rémunération fixe annuelle). Par conséquent, les recrutements n’ont pas été élevés en volumes. Les recrutements commerciaux ont essentiellement porté sur des postes de conseillers patrimoniaux. Dans ce contexte, les salaires fixes n’ont pas connu de hausse et les parts variables tendent, elles, à stagner, voire à baisser car la majorité des banques est passée d’un modèle de rémunération variable indexé à des objectifs individuels à un modèle plus collectif et plus qualitatif (le volet conformité devenant de plus en plus important). L’année 2017 devrait s’inscrire dans cette même tendance. » Au cours des douze prochains mois, les niveaux des rémunérations seront plus que jamais étroitement liés à la rareté de certaines expertises et à la quête de compétences à la fois pointues et nouvelles…

Revaloriser son salaire en changeant d’employeur
Des niveaux de rémunération plus élevés pour les cadres

En comparaison des niveaux de rémunérations d’autres secteurs d’activité, les cadres de la sphère financière ne sont pas mal lotis, comme le montrent les chiffres de l’étude 2016 de l’Agence pour l’emploi des cadres (Apec) sur l’évolution de la rémunération de cette catégorie de salariés. Ainsi, en 2015, la rémunération (fixe+variable) annuelle médiane des cadres en France s’est établie à 48.000 euros brut, pour une rémunération annuelle moyenne située à 55.000 euros. Dans la banque-assurance, la rémunération médiane s’élève à 53.000 euros, contre 60.691 euros pour la rémunération moyenne. Il s’agit du secteur le plus rémunérateur dans les services, avec les télécommunications. En outre, 40 % des cadres de la banque-assurance qui sont restés dans la même entreprise ont vu leur rémunération annuelle augmenter en 2015, tandis qu’elle est restée stable pour 50 % d’entre eux et a diminué pour 10 %.

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