La révolution en marche des «Mr Robo-advisors»

le 24/11/2016 L'AGEFI Hebdo

Passés par la banque privée, la recherche quantitative ou la vente en gestion d’actifs…, la gestion automatisée de l’épargne n’a aucun secret pour eux.

Robo-advisors
(Fotolia)

Multi-diplômés, trentenaires, purs produits de la finance... Tel est le profil type des « Mr. Robot » à la française qui ambitionnent de révolutionner le marché de l’épargne en proposant aux petits et moyens investisseurs des solutions « digitales » de gestion d’actifs conseillée (Advize, FundShop et Marie Quantier) ou déléguée (WeSave et Yomoni). Pour Mourtaza Asad-Syed, cofondateur et directeur des investissements de Yomoni, le déclic se produit en 2014 alors qu’il est responsable de la stratégie d’investissements de Société Générale Private Banking. Sa rencontre avec Laurent Girard, un ancien Essec qui a réalisé toute sa carrière dans le conseil en organisation chez IBM Global Business Services et Stanwell Consulting, achève de le convaincre que les algorithmes vont ouvrir les portes de l’investissement à toute une frange de clientèle délaissée par les conseillers en gestion de patrimoine et les banquiers privés. « Sur le plan personnel, j’étais à un tournant de ma carrière, se souvient l’ancien banquier privé qui affiche sur son CV un master à l’Ensea, un DEA de l’Ecole d’économie de Paris et un MBA de l’université de Berkeley. J’avais compris que les grandes structures pyramidales sont rongées par le ‘mythe managérial’. Les profils d’experts n’accèdent plus à des fonctions de responsabilité d’entité ou de pays qui sont désormais accaparées par des profils généralistes et ‘organisationnels’ qui rassurent la hiérarchie. La création de Yomoni a donc été une forme de revanche des experts sur les généralistes, des innovateurs sur les managers, car je me suis appuyé sur ma spécialisation dans l’investissement afin de devenir mon propre patron. »

Intelligence artificielle

Président de WeSave, Jonathan Herscovici s’est, lui, lancé dans l’aventure entrepreneuriale en 2012, en s’associant avec Zakaria Laguel, un ingénieur en mathématiques appliquées de l’Ensiie, titulaire du master en intelligence artificielle de l’université de Manchester. « Notre projet a toujours été de concurrencer les banques en démocratisant la gestion de patrimoine, raconte ce double diplômé du Msc finance de marché de l’ESG et du master 2 gestion de portefeuilles de l’université de Paris Val-de-Marne qui a travaillé pendant deux ans chez Lyxor comme développeur commando sur VBA Excel, puis vendeur de produits de gestion alternative, avant de fonder WeSave. Nous avons donc conçu une plate-forme d’épargne ‘digitale’ qui s’appuie sur des modèles décisionnels issus de l’intelligence artificielle et du ‘big data’ pour piloter la gestion du risque des portefeuilles, sur la gestion de conviction qui intègre l’analyse des marchés financiers de notre équipe de gérants privés, et sur l’expertise de nos conseillers en gestion de patrimoine qui sont là pour accompagner les clients. » A l’instar de WeSave, tous les acteurs français ont en effet choisi de ne pas dupliquer le modèle des « robo-advisors » américains qui misent tout sur l’automatisation de la gestion : tous intègrent dans leur offre de services un conseil à dimension humaine. Certains comme WeSave, Advize ou Fundshop ont aussi fait le choix de commercialiser leur technologie en marque blanche auprès de clients institutionnels comme les plates-formes de CGPI*, les sociétés de gestion, les banques en ligne, les courtiers, les fintech... Ce double positionnement « BtoC » et « BtoB » n’est pas sans incidence sur le profil des équipes. Chez WeSave, qui emploie 20 collaborateurs, se côtoient des univers qui, a priori, n’étaient pas faits pour collaborer ensemble. « Notre pôle IT est composé d’ingénieurs et de ‘data-scientists’ issus des grandes écoles, et de développeurs de l’Ecole 42. Ils sont tous jeunes, plutôt ‘geeks’ et passent leur temps libre sur les jeux vidéo... Au sein de la direction des investissements travaillent des gérants de conviction et des analystes quantitatifs qui ont plus de 40 ans et un esprit très rigoureux. Idem à la direction du conseil financier et patrimonial qui est constituée de trois ingénieurs patrimoniaux ayant travaillé en banque privée ou dans des cabinets de CGPI. » Finalement, ce mélange des genres se révèle fructueux. « Les interactions entre la gestion et l’IT fonctionnent très bien, cela crée même une forme d’effervescence qui contribue au dynamisme de l’entreprise », se félicite Jonathan Herscovici.

Les levées de fonds constituent pour ces fintech un levier essentiel pour la constitution des équipes. « Grâce au Crédit Mutuel Arkea et à Iena Venture, qui ont investi 3,5 millions d’euros dans Yomoni en 2015, nous avons pu recruter cette année la moitié de notre équipe actuelle », confie Mourtaza Asad-Syed. C’est ainsi que Jérémy Dudek, 29 ans, est venu renforcer en septembre l’équipe d’investissements en tant que responsable de la recherche. « Mon travail au quotidien consiste à piloter le développement des modèles quantitatifs ‘cross-assets’ et actions et à optimiser les processus de gestion afin d’avoir l’expérience client la plus fluide possible, explique ce chercheur titulaire d’un doctorat en finance et d’un master en économétrie qui a travaillé pendant trois ans pour le hedge fund Lutetia Capital en tant qu’adjoint à la recherche quantitative. Kéven le Moing a, lui, rejoint FundShop comme chef de projet technique juste après avoir décroché, en septembre, le master en business intelligence & data science de l’Efrei. Une de ses premières missions a été de piloter l’interconnexion entre une application mobile d’agrégation patrimoniale et la solution de construction et de suivi de portefeuilles développée par FundShop. « En collaboration avec le chef de projet du partenaire, j’ai collecté les besoins techniques et
fonctionnels, défini la ‘road map’, et fixé le planning de développement
, raconte-t-il. Pendant toute la durée du projet, je me suis assuré que l’équipe de développement respectait bien le cahier des charges et le planning. »

« Créer la rupture »

Pour 2017, les embauches dépendront du développement de l’activité et des levées de fonds. Chez Grisbee, dernier arrivé sur ce marché avec sa plate-forme de coaching financier en ligne inaugurée début novembre, une bonne dizaine d’embauches sont d’ores et déjà programmées grâce aux 3 millions d’euros apportés par le Crédit Mutuel Arkea. « Le premier axe de recrutement portera sur l’IT puisque nous allons accueillir quatre ou cinq ingénieurs informaticiens afin de travailler sur notre interface utilisateur et sur les moteurs de calcul et de recommandation », dévoile Maxime Camus, l’un des quatre cofondateurs de Grisbee qui, après sa sortie d’Audencia, a accompagné pendant sept ans les acteurs de la finance dans leur projet de transformation « digitale » en tant que consultant chez Capgemini Consulting. Afin d’insuffler davantage d’intelligence artificielle dans sa technologie, Grisbee a aussi prévu d’engager un data scientist de deux à trois ans d’expérience. « Le deuxième grand volet de recrutement portera sur le conseil en investissements puisque quatre ou cinq CGP vont rejoindre l’entreprise l’an prochain, annonce le jeune dirigeant. Sur ce type de postes, nous privilégierons les candidats titulaires d’un master gestion de patrimoine de l’université de Clermont-Ferrand ou de Paris-Dauphine, en mixant des profils dotés de trois à cinq ans d’expérience et des jeunes diplômés. »

L’ambition revendiquée de « créer la rupture » sur le marché de l’épargne en ligne se traduit par la volonté d’attirer des profils qui ne viennent pas de l’univers financier. « Les associés d’Advize sont tous des professionnels de l’épargne et des services financiers, explique Olivier Gentier, chief executive officer d’Advize. Il a donc toujours été clair que si nous voulions inventer un nouvel univers centré sur les investisseurs, nous devions attirer des talents d’autres horizons, capables de nous mettre au défi avec un regard neuf. Et c’est ce que nous avons fait puisqu’au sein de l’équipe IT opérationnel ou au marketing, nous n’avons que des profils n’ayant jamais travaillé dans l’univers financier. » CQFD…

Les levées de fonds, un levier essentiel pour la constitution des équipes

Sur le même sujet

A lire aussi