Attention, le bureau « 3.0 » arrive !

le 20/10/2016 L'AGEFI Hebdo

A la faveur de leur migration en périphérie de Paris, les établissements financiers déploient le « flex office », ou bureau partagé, à grande vitesse.

Attention, le bureau « 3.0 » arrive !
Conçue par l’architecte Jean-Paul Viguier et livrée en 2014, la tour Majunga vient d’accueillir les salariés de Deloitte et d’Axa Investment Managers. Elle est la première tour de La Défense à disposer de loggias ou balcons à chaque étage.
(DR)

La notion de poste de travail dédié à une personne n’existe plus !, lâche un spécialiste des aménagements de bureaux qui a de nombreux clients dans le secteur financier. Avec les nouvelles configurations, les salariés peuvent choisir le type d’espace qui leur convient en fonction de leurs tâches, c’est la liberté. » Il faut dire que le «  flex office », appelé aussi « desk sharing », qui consiste à supprimer le bureau individuel au profit d’un poste, sur un « open space », où chacun s’installe où il veut en branchant son ordinateur portable, fait florès chez les acteurs de la finance. A Fontenay-sous-Bois, les « Dunes », nouveau campus de la Société Générale constitué de cinq immeubles dotés d’une façade en aluminium et bois recyclé, ont commencé à accueillir quelques-uns des 5.000 salariés qui travailleront sur ce site d’une surface totale de 90.000 m2. Odile*, informaticienne d’une quarantaine d’années, a découvert son bureau au sein des Dunes la semaine dernière. « Je suis dans un espace en ‘flex office’, cela me plaît de choisir mon emplacement, je peux être à côté des collègues que j’apprécie, dit-elle. La hauteur de la table est modulable et il y a un grand écran d’ordinateur avec souris et clavier. Chacun dispose d’un casier individuel pour ses affaires personnelles. Et le soir, la règle veut que l’on fasse place nette, c’est la règle en flex office ! » Autre détail qu’elle juge positif : « Les managers ne sont plus dans des bureaux fermés, ils sont dans ce même espace aux côtés de leurs équipes ; cela peut contribuer à changer les modes de management, à améliorer la communication… »

Télétravail

Si le concept du bureau partagé s’inscrit dans une logique de rationalisation des coûts immobiliers, il traduit aussi la volonté des établissements financiers de mieux intégrer les nouvelles organisations du travail, comme l’explique Marc Sabatier, cofondateur et associé du cabinet Julhiet Sterwen : « Oui, il y a une stratégie d’optimisation de l’immobilier mais aussi le souhait d’adopter des agencements plus modernes, plus en lien avec les modes de travail actuels comme le nomadisme et la ‘digitalisation’. A terme, le bureau classique va disparaître ! » « Dans le monde bancaire, le ‘flex office’ est révolutionnaire, notent Catherine Gall, directrice de la recherche et de la prospective chez le spécialiste de l’aménagement de bureaux SteelCase, et Michèle Van Praag, account manager. Mais attention, il densifie et concentre les mètres carrés et il prend souvent place dans des environnements ouverts qui ne facilitent pas toujours l’attention. Il ne faut surtout pas perdre de vue la notion de bien-être au travail en prévoyant des endroits qui le favoriseront. »

Dans les « campus » bancaires ou autres implantations en dehors de Paris, le bureau non attribué s’accompagne souvent du déploiement du télétravail afin d’atténuer pour les salariés les désagréments liés à leur temps de transport. C’est le cas chez BNP Paribas où l’expérimentation a porté en même temps sur le « flex office » et le télétravail (lire l’entretien ci-dessus). La Société Générale permet également à ses collaborateurs de télétravailler. « Mon temps de transport quotidien pour venir aux Dunes avoisine parfois trois heures, confie l’informaticienne de la banque au logo rouge et noir. Je suis en télétravail un jour par semaine et je viens de demander à mon manager de passer à deux jours… » Du côté de Crédit Agricole Corporate & Investment Bank (CA CIB) où 6.000 personnes (internes, prestataires et stagiaires) sont en train de migrer de Courbevoie vers les campus de Montrouge et Saint-Quentin-en-Yvelines (à ce jour, 3.200 ont rejoint le premier site, et 1.800 le second), le choix du «  flex office » n’a pas été arrêté. « Nous n’avons pas mis en œuvre ce concept dans le cadre du déménagement car il ne nous semble pas aujourd’hui adapté pour un grand nombre de directions opérationnelles, déclare Eric Lechaudel, responsable de OPC (operations & country COOs) et sponsor opérationnel du déménagement de CA CIB. Nous pourrons y réfléchir notamment en fonction de la façon dont le recours au télétravail progresse. » Les salariés peuvent télétravailler un jour par semaine et, exceptionnellement, deux jours. « A ce jour, environ 10 % de la population de CA CIB utilise ce mode de travail », précise le responsable.

Chez Deloitte, l’heure est aux nouveautés… et aux expériences diverses et variées en matière d’agencements de bureaux. Le groupe d’audit a en effet accueilli cet été quelque 1.000 « collaborateurs-testeurs » dans les cinq étages (sur 19) de la tour Majunga à La Défense. En attendant l’arrivée, l’an prochain, de l’ensemble de leurs collègues basés aujourd’hui à Neuilly-sur-Seine, ces nouveaux venus testent différents types d’espaces de travail et de mobiliers afin d’identifier ceux qui correspondent le mieux à leurs métiers. « Ces cinq étages nous servent de laboratoire, affirme Yannick Bigot, directeur conseil capital humain chez Deloitte. Notre millier de collaborateurs-tests est représentatif de tous les grades et tous les métiers (auditeurs, avocats, consultants…). A l’aide d’une application dédiée, ils doivent scanner un code sur le bureau où ils se trouvent, ce qui permet de collecter ensuite des statistiques d’utilisation. Nous avons aussi créé des ateliers, et chaque semaine, un ‘stand-up meeting’ est l’occasion pour les salariés de dire ce qui va et ce qui ne va pas. » Là aussi, le « flex office » est de mise. Sans surprise néanmoins, car les consultants étant souvent en mission chez leurs clients, ils sont régulièrement absents de leurs bureaux. « Le nomadisme fait partie de notre ADN. Peu de collaborateurs sont présents tous les jours, donc le ‘flex office’ correspond à la façon dont fonctionnent nos métiers, justifie Yannick Bigot. Les managers l’ont adopté. Les associés conservent un bureau attitré, ainsi que les assistantes. »

« Co-working »

Autre concept inédit qui intéresse les financiers : le co-working. Alors que les espaces de co-working se multiplient dans les grandes villes, les entreprises s’intéressent à ces lieux qui accueillent de jeunes « start-uppers » et des entrepreneurs mais aussi des cadres nomades de grands groupes qui ont besoin de travailler occasionnellement dans des endroits adaptés à leurs besoins. « C’est du ‘co-working’, mais aussi du ‘smart-working’ !, assure un cadre de banque qui a testé le concept. Les prestations technologiques sont de plus en plus de qualité, il y a du wifi rapide par exemple, et on peut nouer des contacts facilement avec une grande diversité de ‘knowledge workers’. » Nextdoor, filiale de Bouygues Immobilier, vient ainsi d’inaugurer à Cœur Défense, sur 4.200 m2, son nouvel espace de co-working avec 450 postes de travail. « D’ici fin octobre, une grande banque va installer ici une équipe de 80 personnes qui collaboreront sur un projet, se réjouit Philippe Morel, président de Nextdoor. Pour les banques, c’est une excellente façon de s’imprégner d’autres façons de travailler, plus agiles, plus ‘digitales’, aux côtés de petites sociétés dynamiques et porteuses d’innovation. » Et de souligner : « A Cœur Défense, le coût par mois et par personne d’un bureau privatif (tout en ayant accès aux espaces collaboratifs et conviviaux) est de 590 euros hors taxes. Soit une réduction de 30 % par rapport au coût d’un poste de travail dans un bail classique. » Co-fondateur du cabinet de conseil en stratégie HTS Consulting, Jean-Bernard Girauld y loue, depuis septembre, un bureau privatif avec quatre postes de travail. « Les consultants y viennent en fonction de leurs projets, ils y organisent des réunions avec des clients, raconte ce chef d’entreprise. Les locaux sont agréables et les retours sont très positifs. Cela nous permet aussi d’être au cœur de l’écosystème de nos clients, financiers notamment, et d’envisager des partenariats, de trouver de nouvelles idées… » D’ici la fin de l’année, Nextdoor a prévu d’inaugurer deux autres lieux à Issy-les-Moulineaux, et à Gare de Lyon. « Le ‘co-working’ est une vraie lame de fond ! », avertit Philippe Morel.

Une des loggias  de la tour Majunga  à La Défense.
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Une des loggias de la tour Majunga à La Défense.
Aux Dunes, le nouveau campus de la Société Générale à Fontenay sous Bois, chaque étage dispose d’un balcon.
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Aux Dunes, le nouveau campus de la Société Générale à Fontenay sous Bois, chaque étage dispose d’un balcon.
(JP Porcher pour Architectures Anne Démians)
L’espace de co-working de la société Nextdoor vient d’être inauguré à La Défense.
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L’espace de co-working de la société Nextdoor vient d’être inauguré à La Défense.
Le bâtiment Eole sur le campus Evergreen du Crédit Agricole à Montrouge abrite  les salariés de la banque de financement et d’in
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Le bâtiment Eole sur le campus Evergreen du Crédit Agricole à Montrouge abrite les salariés de la banque de financement et d’in
(@ Manolo Mylonas)
Les bureaux de  BNP Paribas boulevard Poissonnière déploient le « flex office ».
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Les bureaux de BNP Paribas boulevard Poissonnière déploient le « flex office ».

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