La finance « publique », des métiers qui gratifient !

le 08/09/2016 L'AGEFI Hebdo

Les autorités de contrôle et de régulation attirent de jeunes talents qui ont le goût de l’intérêt général.

La finance « publique », des métiers qui gratifient !
(Banque de France)

Elles ne multiplient pas les campagnes de publicité sur leurs recrutements, ne déversent pas de « tweets » ou autres messages sur les réseaux sociaux pour diffuser leurs offres d’emploi et n’organisent pas de « job dating » ou « job meeting », ces événements qui visent à accélérer les processus d’embauches… Et pourtant, elles recrutent. Elles ? Ce sont les autorités financières publiques telles que la Banque de France (BDF), l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR, adossée à la BDF), ou encore l’Autorité des marchés financiers (AMF). Ces grandes maisons abritent une grande diversité de métiers, souvent très pointus, comme celui de contrôleur bancaire ou des assurances, d’économiste statisticien, de spécialiste des infrastructures de marchés, d’opérateur de marchés (la BDF a en effet une salle de marché), de spécialiste de la gestion d’actifs et de la finance d’entreprise… Elles emploient aussi, dans des fonctions transverses, des juristes, des informaticiens, des documentalistes et des gestionnaires RH.

« La Banque de France et l’ACPR emploient 12.269 salariés équivalents temps plein (fin 2015) au total, indique Christine Pignet, directrice du recrutement et des carrières à la BDF. Nous devrions atteindre 10.000 personnes dans le cadre du plan Ambitions 2020. Les recrutements se concentrent sur des postes de cadres car il y a moins d’emplois dans les activités de masse alors que les missions à valeur ajoutée, elles, sont en augmentation. La BDF et l’ACPR embauchent environ 200 personnes par an. » « Et 60 % à 70 % des nouveaux recrutés devraient rejoindre l’ACPR », ajoute Jean-Marc Serrot, adjoint au directeur des ressources humaines de l’organe de supervision de la banque et de l’assurance.

Concours

La voie royale pour rejoindre les rangs des experts de la finance qui officient à la BDF et l’ACPR ? Les concours de cadre. Le processus est sélectif. « En 2016, comme en 2015, nous avons organisé deux concours d’adjoint de direction : le premier orienté vers des candidats avec des profils scientifiques (ingénieurs, statisticiens, analystes quantitatifs, économètres…) : 26 candidats ont été reçus. Le second concours aura lieu ce mois-ci en septembre, expliquent Christine Pignet et Jean-Marc Serrot. Toutes sessions confondues, nous attendons plus de 1.000 candidats en 2016 ». Des recrutements d’agents contractuels peuvent aussi être réalisés. « Ce sont des personnes dotées d’au moins trois ans d’expérience professionnelle », précisent les deux responsables.

Raphaël di Ruggiero a, lui, rejoint les locaux parisiens de la « vieille dame » par concours en 2015. « J’ai préparé le concours d’adjoint de direction scientifique pendant ma dernière année à Sciences Po, et alors que j’étais en contrat d’apprentissage dans un grand groupe industriel français, raconte le jeune homme de 26 ans. Cette entreprise m’avait alors proposé un poste après mon stage d’apprenti mais j’estimais que j’aurais davantage d’opportunités en rejoignant la BDF. » « J’avais entendu parler de cette institution lorsque j’étais à Supélec, poursuit celui qui est actuellement expert en supervision et surveillance des infrastructures de marché à la BDF. La fonction publique et le domaine de la régulation financière m’intéressaient et c’est en me renseignant sur ces métiers que j’ai découvert les concours. » De façon plus classique, Pierre-Yvan Gaubert, 29 ans, a, quant à lui, simplement répondu à une offre d’emploi sur internet avant d’être accueilli par l’AMF en 2013. « J’étais attiré par la mission de service public et la protection des épargnants, dit ce chargé de portefeuille à la direction de la gestion d’actifs du régulateur boursier, diplômé de Sciences Po Bordeaux, des universités Bordeaux III et IV, ainsi que du Carroll College aux Etats-Unis. J’ai passé trois entretiens avec des responsables opérationnels et un entretien RH. »

Ces deux jeunes professionnels apprécient avant tout la dimension technique dans leurs métiers respectifs. A la BDF, Raphaël di Ruggiero et trois autres experts sont chargés de la supervision de la chambre de compensation (CCP) LCH SA. « Les CCP sont des entités très complexes avec des modèles de risques bien spécifiques, explique-t-il. Ma mission consiste notamment à évaluer les modèles de risque mis en place par la CCP, et ensuite à les valider, ou non. Ma formation d’ingénieur m’est très utile. » De son côté, à l’AMF, Pierre-Yvan Gaubert examine les demandes d’agrément des sociétés de gestion et des produits. « Une fois l’agrément accordé par le Collège de l’AMF, j’en assure le suivi. Je suis au quotidien entre 30 et 40 sociétés de gestion. Je suis leur porte d’entrée vers l’AMF ; leurs dirigeants me parlent des projets qu’ils souhaitent réaliser, il m’arrive de me déplacer dans leurs bureaux pour mieux les connaître ».

Autre aspect – méconnu – de leurs professions : le développement de la transversalité entre les fonctions, afin de favoriser le partage d’idées entre les salariés et éviter que chacun œuvre uniquement dans sa sphère de compétence. « Je peux participer à des travaux ou réflexions réunissant d’autres fonctions et métiers au sein de l’AMF, comme c’est le cas pour les fintech par exemple (l’AMF a créé une division Fintech en mai 2016 qui s’appuie en interne sur une filière d’experts, NDLR) », mentionne Pierre-Yvan Gaubert. A la BDF, il s’agit d’un travail de coopération à un échelon européen, comme le décrit Raphaël di Ruggiero : « Dans le cadre de la réglementation Emir (European Market Infrastructure Regulation) qui s’applique depuis août 2012 (et a mis en place des collèges de supervision des CCP au niveau européen), je participe à des échanges réguliers avec les deux autres autorités nationales compétentes françaises (ACPR et AMF), ainsi qu’avec la Banque centrale européenne (BCE), les banques centrales et les autorités de marché de différents pays européens. »

Les métiers de supervision et de régulation des établissements financiers exigent aussi des « soft skills » ou compétences « douces », comportementales. Pour le contrôle dit « sur pièces » (l’examen de documents financiers), où la documentation étudiée peut aller jusqu’au millier de pages, il faut lire entre les lignes, repérer les éventuelles anomalies et… savoir s’affirmer. « Compte tenu de notre responsabilité, nous sommes amenés à défendre des positions, vis-à-vis d’une CCP, ou face à nos collègues d’autres autorités par exemple, et nous y tenir en tant que superviseur. Donc, sur le plan humain, on apprend beaucoup, constate Raphaël di Ruggiero. Il faut être capable de communiquer des décisions difficiles lorsque la réglementation n’est pas respectée, ajoute Pierre-Yvan Gaubert. Dans ces cas-là, il faut expliquer les raisons de la décision, savoir rester ferme sur le fond tout en faisant preuve de diplomatie. »

Des contraintes

Côté rémunérations, la BDF assure avoir fait des efforts pour mettre en place une grille attrayante, notamment pour les jeunes diplômés, une population très recherchée dans le secteur de la finance. « Concernant les jeunes diplômés, nos niveaux de rémunération atteignent des montants qui nous permettent de recruter sans trop de difficulté (34.000 euros net la première année, hors variable et éléments familiaux), affirme Christine Pignet. Cela a été un sujet par le passé, aujourd’hui nous avons un package salaire-formation-perspectives d’évolution qui est plus attractif. » En outre, certains postes peuvent bénéficier d’une partie variable. L’AMF n’a, pour sa part, pas souhaité « communiquer de données chiffrées ».

Au-delà des rétributions salariales qui n’atteignent pas celles de la banque ou de l’assurance, un autre élément peut pénaliser la perception de ces institutions auprès des candidats. En effet, pour éviter tout conflit d’intérêts, les carrières post-BDF/ACPR ou post-AMF ne pourront pas être réalisées, pendant trois ans, dans les établissements qui auront été contrôlés par les professionnels de ces autorités. Si des contrôleurs souhaitent quitter leur poste pour aller dans le secteur privé, ils devront passer devant une commission de déontologie qui rendra un avis. Néanmoins, les parcours de certains professionnels valorisent ces métiers techniques et ardus. Avant de devenir, en 2010, secrétaire générale de l’ACPR, puis présidente du Mécanisme de supervision unique de la BCE à partir de janvier 2014, Danièle Nouy avait auparavant consacré toute sa carrière au... contrôle bancaire.

De la transversalité entre les fonctions pour favoriser le partage d’idées
Pierre-Yvan Gaubert, chargé de portefeuille à la direction de la gestion d’actifs à l’Autorité des marchés financiers
ZOOM
Pierre-Yvan Gaubert, chargé de portefeuille à la direction de la gestion d’actifs à l’Autorité des marchés financiers
(DR)

Sur le même sujet

A lire aussi