Un, deux, trois… «teambuildez» !

le 21/07/2016 L'AGEFI Hebdo

Le « teambuilding », ces opérations ludiques organisées pour les salariés, reste prisé chez les acteurs de la finance.

Un, deux, trois… «teambuildez» !
Cette année, la fintech néerlandaise Adyen a réuni ses salariés pendant deux jours dans le sud de la Hollande en pleine nature pour des activités sportives et ludiques, notamment un parcours en VTT dans les bois.

Cours de cuisine avec un chef, chasse au trésor dans un musée, jeu de piste en ville, parcours à vélo en rase campagne, atelier de photographie ou de peinture, initiation à la danse du « haka » ou, plus classique, à l’œnologie, «  escape game » (jeu d’évasion)… Les « teambuildings », ces séminaires de cohésion organisés par les entreprises pour leurs salariés, n’ont pas dit leur dernier mot à l’heure de la « digitalisation » des processus RH. C’est même le contraire au sein des institutions financières, où les changements de modèles et de culture sont tels à l’heure de la numérisation qu’il faut recourir à des actions « disruptives » pour que les messages passent efficacement auprès des collaborateurs. A New York, le service communication d’une grande banque emmène, une fois par semaine, ses collaborateurs à un cours de Pilates. « C’est un ‘teambuilding’ alternatif car il est financé par les participants, et non par la banque, confie une salariée. Mais peu importe, le résultat est le même : cela renforce les relations entre nous. » « L’industrie financière – et bancaire en particulier – n’a pas toujours été très portée sur la gestion des ressources humaines. Du coup, le ‘teambuilding’ peut beaucoup apporter à ces établissements, estime Laurent Ouillet, président de la société Autreman, spécialisée depuis 15 ans dans ce type d’animations pour les entreprises. Avec les jeux, les rallyes, etc., on active des leviers universels qui sont efficaces sur tout le monde, du simple collaborateur au patron d’unité opérationnelle en passant par le manager intermédiaire..

En général, ces « séminaires » d’un genre souvent original plaisent aux employés. « Il y a eu très peu de défections, se réjouit Michaël Aboucaya, responsable communication du groupe Henner qui a été l’initiateur d’un « teambuilding » autour de la peinture (lire le témoignage page 40). Nous avons eu le taux de participation le plus élevé depuis que nous proposons des ‘teambuildings’ à nos salariés. » Nicolas Guilcher, juriste conseil chez Axa Banque qu’il a rejoint en 2010, est un adepte. « Chaque année, Axa Banque met en place une opération différente. Je suis toujours partant car je passe des moments conviviaux, raconte-t-il. Ce sont des activités que l’on ne ferait pas dans notre vie personnelle. » En mai dernier, ce trentenaire a participé à un programme en deux parties, « avec un cours de cuisine moléculaire et un ‘escape game’. J’étais dans un groupe où je ne connaissais pas bien toutes les personnes (nous étions tous issus de la même direction). Le chef nous a demandé de faire un exercice de cuisine moléculaire, puis, pour le jeu, nous devions résoudre à cinq une énigme dans un appartement en allant de pièce en pièce grâce aux indices que nous décelions. Le but était de trouver la solution dans un temps imparti ». Chez Deloitte, ces activités font partie de l’ADN du groupe d’audit, comme l’explique Géraldine Segond, associée et DRH adjointe : « Le ‘teambuilding’ est clé pour une firme comme Deloitte où la moyenne  d’âge est jeune (34 ans) et au sein duquel il existe plusieurs métiers différents, qui doivent nouer des liens. En effet, notre valeur ajoutée réside dans notre capacité à faire travailler ces métiers ensemble, c’est pourquoi nous souhaitons créer des occasions de travailler ensemble et de passer de bons moments. En outre, nos collaborateurs travaillent souvent chez les clients, parfois pour des durées assez longues, et il est essentiel de maintenir des moments de retrouvailles en réel. » Ainsi, en 2015, les 400 consultants de Deloitte qui avaient accédé au grade de « senior », dans tous les métiers, ont pu profiter d’une après-midi d’olympiades culturelles et sportives dans les Landes. « Nous sommes très attentifs à l’effet a posteriori de nos ‘teambuildings’, veut souligner Géraldine Segond. Nous avons observé que l’aspect de ‘communion’ entre les participants perdure ensuite dans le temps. Les gens se revoient, déjeunent ensemble… Pour nous, c’est la meilleure récompense ! » Ces animations ne sont pas l’apanage des grandes structures. Pour Adyen, « fintech » néerlandaise créée en 2007 et spécialisée dans le paiement en ligne, ces séminaires extra-professionnels sont déterminants pour diffuser, auprès des équipes, sa culture très spécifique d’entreprise technologique. « Depuis la création d’Adyen, nous ne sommes plus une start-up !, s’exclame Philippe de Passorio, country manager France. Nous avons grandi, nous employons aujourd’hui plus de 400 personnes dans 18 pays (nous sommes une dizaine à Paris) et il faut que la culture fasse partie intégrante de la stratégie de l’entreprise. Pour cela, nous avons établi sept règles qui sont nos devises dans tous nos bureaux à travers le monde. Elles sont liées à l’entrepreneuriat et sont affichées dans les locaux. Les événements comme l’Adyen Festival permettent de faire vivre ces devises qui représentent nos valeursCette année, tous les salariés ont donc été réunis pendant deux jours, dans le sud de la Hollande, en pleine nature, pour prendre part à des activités sportives et ludiques. Il y avait notamment un parcours en VTT dans les bois. En ce qui me concerne, j’ai parcouru 50 kilomètres ! » Et pour ceux que le vélo emballait moins, le parcours était plus court, d’une dizaine de kilomètres.

Nouveautés

Les pratiques évoluent. Si le « teambuilding » est souvent proposé dans des lieux atypiques ou éloignés des grandes villes, certaines entreprises font le choix inverse. « Nous proposons à nos collaborateurs des ‘teambuildings’ classiques en extérieur (escalade, vélo...) mais, pour affirmer nos valeurs et les valoriser, nous avons fait le choix d’organiser différentes activités dans nos bureaux, tôt le matin ou le midi, explique Christophe Hourtoulle, chargé du développement institutionnel chez Sycomore Asset Management (AM). Ceux qui sont intéressés y participent, il n’y a pas de caractère obligatoire. Mais nous avons remarqué que la grande majorité des collaborateurs sont généralement présents, c’est un bel indicateur de cohésion ! Par exemple, lors d’un atelier ludique à l’heure du déjeuner, nous avons fait venir un expert qui nous a proposé une initiation à l’analyse du cycle de vie d’un produit ; une autre fois, une consultante renommée en matière de bien-être au travail a sensibilisé l’ensemble des équipes à l’enjeu du capital humain. »

Autre tendance : les programmes solidaires qui permettent de réaliser collectivement des projets citoyens et responsables. En 2014, une classe de 3e d’un collège de Tremblay en France est ainsi venue à la rencontre des équipes de Sycomore AM pour découvrir leurs métiers. Cette action, qui avait été menée via la Fondation Sycomore, est appelée à se renouveler. « Deux ans après, nous suivons toujours ces jeunes et réfléchissons à de nouvelles actions. D’autres événements comme celui-ci seront organisés, c’est prévu ! », se réjouit Christophe Hourtoulle. Chez Deloitte, un « impact day » a été organisé en octobre 2015 pour les nouveaux recrutés. Objectif : rénover un bâtiment de l’hôpital Saint Vincent de Paul. Pour ce chantier solidaire, quelque 400 consultants avaient troqué, le temps d’une journée, leurs costumes et leurs tailleurs pour un bleu de travail. « L’‘impact day’ a eu un résultat très positif, affirme Géraldine Segond. D’abord, les nouveaux venus, les jeunes notamment, ne s’imaginaient pas du tout ce type d’événement. Cela leur a d’emblée révélé une culture d’entreprise portée sur l’engagement citoyen, sur la solidarité, ce sont de belles valeurs. Ensuite, ce type d’activité permet à notre marque-employeur de rayonner au-delà des bureaux de Deloitte car les collaborateurs en parlent autour d’eux, aux clients, à leurs proches… Ils communiquent à l’extérieur leur sentiment de fierté et deviennent les meilleurs ambassadeurs de l’entreprise. » 

Christophe Hourtoulle,   chargé du développement  institutionnel chez Sycomore AM
ZOOM
Christophe Hourtoulle, chargé du développement institutionnel chez Sycomore AM
Géraldine Segond,  associée et DRH adjointe  de Deloitte
ZOOM
Géraldine Segond, associée et DRH adjointe de Deloitte

Sur le même sujet

A lire aussi