Pilote de projet, un métier en devenir

le 04/03/2010 L'AGEFI Hebdo

La mise en place de programmes d’envergure comme Bâle 2 a révélé la nécessité d’instaurer une fonction de supervision de projets.

Trois lettres pour désigner une activité toute nouvelle au sein des banques : le PMO ou project management office (bureau de gestion de projet). « Un responsable PMO élabore, gère et consolide les plannings des projets dont il a la charge, puis analyse différents indicateurs pour lesquels il propose des actions de gestion des budgets et des charges », dépeint Jean-François Gauthier, président de la société de conseil Aedian. Née au milieu des années 2000, la fonction a été mise en exergue à l’occasion de programmes d’envergure comme Bâle 2 ou Sepa (Single Euro Payments Area), au cours desquels il est apparu qu’un chaînon manquait entre le chef de projet et ses différentes ressources. Et ce notamment pour structurer et assurer le suivi des investissements financiers. Car le PMO n’a pas la responsabilité d’un seul programme mais assure le pilotage d’un portefeuille de projets dont le budget moyen tourne, pour chacun, autour d’un million d’euros. Ainsi, c’est une « tour de contrôle » dont la tâche est de créer de la visibilité sur des programmes à dominante informatique qui peuvent aussi être organisationnels ou marketing. Consultant chez Alten, Jean-Sébastien Cariot achève une mission de pilotage à la Banque de France. Il insiste sur l’évolution du métier au sein des banques : « Le besoin de certifications ISO et celui de s’assurer des ‘process’ qui deviennent indispensables en bancassurance ont poussé au développement de ces profils. » PMO consultant chez Aedian, Alain Soulié explique son choix de carrière : « Ce métier offre un panel d’activités qui correspondaient bien à mon profil avec, d’une part, l’analyse des données comme le suivi de budget ou des délais et, d’autre part, la communication avec les parties prenantes du projet. » Si les effectifs de PMO restent encore faibles dans les établissements financiers, une étude d’Aedian publiée en 2009* parie sur leur multiplication par six dans les prochaines années. A l’instar d’Alain Soulié, actuellement en mission dans un groupe de bancassurance, la plupart des PMO sont des prestataires. Aujourd’hui, seuls 16 % de ces professionnels sont internalisés dans les grands établissements. Benjamine Felgines Micheron est l’une des premières professionnelles à apparaître en tant que PMO dans l’organigramme d’une banque. En l’occurrence, celui de BNP Paribas depuis 2007. Elle admet néanmoins quelques difficultés de positionnement : « L’enjeu du PMO est de trouver sa place au sein de l’organisation car pour les chefs de projet, cette nouvelle fonction est un peu anxiogène et nous devons leur expliquer que nous n’allons pas leur enlever leurs prérogatives mais, au contraire, leur apporter assistance et support ! »

Certifications

Souvent bardés de diplômes, 52 % de ces profils ont un bac +5, précise l’étude d’Aedian. Et s’ils ont la plupart du temps une formation d’ingénieur, ce n’est pas exclusif. Alain Soulié a fait l’Ecole supérieure des travaux publics à Paris et un MBA aux Etats-Unis, et Jean-Sébastien Cariot a obtenu une licence d’histoire à la Sorbonne avant de faire un master en management à l’Institut de formation commerciale permanente (Ifocop). Tous se caractérisent ensuite par leur niveau d’expérience. Avant de devenir responsables PMO, ils cumulent au moins trois ans de pratique dans la maîtrise d’ouvrage ou la coordination de projets. Et c’est un minimum car dans 40 % des cas, il s’agit plutôt de cinq ans. Le PMO se profile, du reste, comme le continuum des métiers qu’il a professionnalisés, en charpentant les méthodes et les outils. « L’expérience accumulée permet d’acquérir les bons réflexes pour identifier au plus tôt les risques de dérapage d’un projet et prendre les mesures ad hoc », souligne Benjamine Felgines Micheron. Et certains grands instituts anglo-saxons comme le Project Management Institut proposent même des programmes de certification. Avant d’accéder à cette formation, le candidat doit démontrer son expérience dans la fonction de PMO. Alain Soulié, qui est titulaire depuis 2006 d’une telle certification, insiste sur l’importance « de formaliser et de théoriser tous ces acquis ».

Les ressources humaines des banques commencent aussi à s’intéresser à ces professionnels et à les insérer dans un système de recrutement interne. Chez BNP Paribas ou Société Générale, des parcours PMO sont en gestation. « L’insertion de ces nouveaux profils dans les équipes des banques n’est pas rapide car les directeurs de projets ont tendance à préserver leur pré carré, explique Jean-François Gauthier. Mais au sein des ressources humaines des travaux sont en cours pour structurer cette fonction et la valoriser. » Un mouvement toutefois ralenti par la crise. Jean-Sébastien Cariot est assez pessimiste : « Bien que des offres internes commencent à apparaître, leur recrutement par les banques reste incertain. » Jean-François Gauthier souligne une contradiction : « Dans plus de 50 % des cas, les directions vont confier à ces profils très diplômés et expérimentés de simples missions de collecte d’informations ou de ‘reporting’, sans leur demander d’élaborer des diagnostics ou de proposer des solutions. Les PMO subissent encore les travers des fonctions nouvelles. » Benjamine Felgines Micheron demeure, elle, positive : « Cette fonction devient assez stratégique et davantage de PMO sont embauchés directement par les banques car pour capitaliser sur ces compétences, ils doivent être internalisés. » Côté rémunérations, ces nouveaux métiers n’ayant pas de grilles de salaires dédiées, elles restent liées à ceux des consultants. Un PMO confirmé verra donc sa fourchette de salaire osciller entre 45.000 et 53.000 euros et un senior entre 53.000 et 60.000 euros. Pour exister, ces professionnels devront conquérir leurs lettres de noblesse.

*Project Management Office dans les grands comptes du tertiaire financier : état des lieux 2009 et perspectives

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