A l’école de l’introduction en Bourse

le 26/05/2016 L'AGEFI Hebdo

Créé par Enternext, le programme TechShare vise à familiariser des patrons de start-up avec le fonctionnement des marchés financiers.

A l’école de l’introduction en Bourse
Trente dirigeants de start-up françaises et européennes participent à cette formation conçue par la filiale d’Euronext dédiée aux PME et ETI.
(Euronext)

TechShare, c’est un peu comme un retour en classe. Depuis septembre dernier, trente dirigeants de start-up, dont quinze françaises, suivent cette formation à l’introduction en Bourse. Conçue spécialement pour eux par Enternext, la filiale d’Euronext dédiée aux PME et ETI, elle est gratuite et a lieu un lundi par mois. L’initiative vise à aider ces jeunes sociétés à sortir du maquis de l’IPO (initial public offering). Communication financière, audit des comptes, rôle des analystes financiers…, tous ces thèmes sont abordés lors d’« evening sessions ».

« C’est un monde assez mystérieux, difficile à saisir, confie Benjamin Benharrosh, qui a lancé en 2011 Delair Tech, un fabricant de drones civils. J’ai découvert le domaine de la levée de fonds avec l’entreprise que j’ai cofondée. La formation nous aide à démystifier cet univers. » Passé par l’Ecole polytechnique avant de joindre le ministère de l’Equipement et ensuite un cabinet ministériel, rien ne destinait le patron de cette entreprise basée à Toulouse à se frotter à l’IPO. Mais après deux levées de fonds de 3 et 13 millions d’euros, la question peut désormais se poser. « J’apprécie particulièrement les discussions autour de la valorisation et les retours d’expériences d’entreprises qui ont réalisé une IPO, à l’image de Wavecom et Carmat. Cela apporte un regard personnalisé et sans tabous », juge-t-il.

En complément des cours, deux jours de séminaire sont organisés dans les locaux de HEC et de l’Ecole polytechnique. Là, les thèmes du business plan et du financement de
l’innovation sont abordés. « Nous aidons ces entrepreneurs à mieux se préparer, explique Eric Forest, directeur général d’Enternext. C’est un monde avec lequel ils ne sont pas familiers. La Bourse a ses usages, ses pratiques et notre objectif est de les y initier dans une logique de proximité et de pédagogie. »

Coaching individuel

Ingénieur de formation passé par la R&D (recherche & développement) de petites structures et un grand groupe pharmaceutique, Joël Crouzet a fondé en 2008 InnaVirVax, une société de biotechnologies spécialisée dans la recherche contre le VIH. « Tout cela  est complètement nouveau pour moi qui n’ai jamais été impliqué dans un tel processus, raconte-t-il. Le large panel d’acteurs de la Bourse offre une vision globale des différentes étapes. C’est une belle opportunité pour acquérir des bases. » Le travail sur ces fondamentaux est accompagné de sessions de coaching individuel durant lesquelles des avocats, des auditeurs et des experts en communication financière dispensent leurs conseils. « 80 % du travail d’une IPO est organisé en amont, souligne Jean François-Tiné, responsable des marchés primaire actions de Natixis, l’un des partenaires du programme. Il y a les banques, les avocats, les sociétés de communication, de conseil… sans oublier les rencontres avec les investisseurs. Notre valeur ajoutée réside justement dans l’aide que nous apportons pour transmettre des messages aux investisseurs triés par les banques-conseils. »

Au-delà des cours magistraux ou des sessions personnalisées, les discussions entre chefs d’entreprise sont ici largement recommandées. « J’ai des échanges très enrichissants avec les autres participants, notamment ceux de la biotech, s’enthousiasme François Mateo, président de Coservit, éditeur de logiciels. On discute des levées de fonds que l’on a réalisées ou que l’on envisage, de nos projets… Ce cercle permet de nous faire grandir. » Sa société étant située au sein du pôle de compétitivité Minalogic à Grenoble, ce patron prend la route pour Paris à chaque session. Car la Bourse est clairement une option pour ce chef d’entreprise qui ne s’est financé pour le moment qu’avec des fonds propres. « Je travaille avec de nombreux centres de supports. Avec l’avènement des objets connectés, le nombre d’incidents va être multiplié par 1.000. On travaille donc à la mise en place de logiciels prédictifs pour résoudre ces problèmes plus vite. Dans cette phase de développement, nous sommes forcés de regarder vers les marchés », détaille le Grenoblois, qui a été très attentif aux recommandations d’une société de communication financière sur le travail de « pitch ».

Mais même avec un excellent « pitch », de bonnes conditions de marché restent essentielles pour éviter l’échec d’une introduction en Bourse. Or, selon une récente étude de PwC, le début 2016 a été le pire trimestre depuis 2009 pour les IPO, avec une chute de 65 % des fonds levés dans le monde. La période n’est donc pas propice pour se jeter à l’eau. « TechShare s’adresse à des dirigeants pouvant considérer une introduction à deux ou trois ans, raison pour laquelle le programme n’est pas corrélé aux conditions de marché actuelles, précise Eric Forest. En revanche, le sujet du choix du ‘timing’ est bien sûr traité. » Le contexte ne semble pas effrayer les étudiants-entrepreneurs. « Il faut accepter ces aléas : si l’on a peur des soubresauts de l’économie, alors il faut faire un autre métier ! », réagit Joël Crouzet. « Les marchés boursiers sont cycliques. Nous ne définissons pas notre stratégie uniquement en fonction de ce paramètre », renchérit Benjamin Benharrosh.

Inscrire les relations dans la durée reste donc l’objectif des partenaires de TechShare, qui comptent bien mettre à profit leurs conseils lorsque ces jeunes pousses sauteront le pas vers l’IPO ou d’autres tours de financement. « Nous sommes une banque et nous visons évidemment à maintenir des liens à long terme avec ces entreprises de croissance », admet Jean-François Tiné. Pour préserver ces liens, Enternext réfléchit à organiser des réunions une à deux fois par an à l’issue de la formation. Aucune obligation toutefois de franchir le pas de l’IPO. Ni même d’aller au bout de la formation si les circonstances l’imposent. A l’image de la cagnotte en ligne Leetchi, rachetée juste avant le début du programme par Crédit Mutuel Arkéa. « L’adossement industriel de Leetchi est une opération positive de sortie par le haut », commente Eric Forest, en ajoutant que la présence de sa fondatrice Céline Lazorthes aurait permis aux effectifs féminins de… doubler, Silamir étant la seule entreprise représentée par une femme (lire le témoignage). Un élément qui sera certainement pris en compte pour la deuxième promotion. L’an prochain, Enternext a déjà prévu d’accueillir plus de 40 prétendants à l’aventure boursière.

Nouer des relations dans la durée

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