Ces labels très prisés dans la finance

le 12/05/2016 L'AGEFI Hebdo

De plus en plus de candidats, des communautés de CFA ou de RICS qui explosent... Les certifications professionnelles ont le vent en poupe.

Ces labels très prisés dans la finance
(Fotoia)

Entre 2007 et 2015, le nombre de candidats au CFA (chartered financial analyst) a presque triplé et le nombre de « charterholders » est passé de 80.000 à 123.000. Même tendance du côté de la RICS (Royal Institution of Chartered Surveyors) France, une certification orientée sur la gestion d’actifs immobiliers, qui compte aujourd’hui 160.000 « chartered surveyors », un chiffre qui a progressé de 15 % en dix ans. Cet engouement, les certifications professionnelles le doivent en grande partie à la pression du marché, comme le rappelle Myriam Ferran, présidente de CFA Society France. « Dans les cabinets d’analyse financière anglo-saxons, une certification comme le CFA est quasiment exigée pour devenir analyste ou gérant. A Singapour, il faut au moins avoir le niveau 1 du CFA pour travailler dans les métiers de la gestion d’actifs. Autrement dit, sans être obligatoires, les certifications se sont imposées comme un véritable étalon en termes de formation à travers le monde. »

Un étalon qui attire des profils de plus en plus variés. « Dans nos promotions, nous accueillons pour moitié des jeunes professionnels de l’immobilier qui ont entre 22 et 28 ans, note Marc Ménagé, directeur national de la RICS France. L’autre moitié est constituée de profils plus seniors, qui ont travaillé pendant une dizaine d’années dans des directions d’investissement de compagnies d’assurances et de banque, ou dans des banques privées. » Pour le CIIA (Certified International Investment Analyst), la majorité des candidats affiche entre cinq et dix ans d’expérience en finance de marché. « En schématisant, je dirais que nous avons 40 % d’analystes financiers en début de carrière et 40 % de gérants de portefeuille, souligne Sabine Topol, directrice du centre de formation de la Société française d’analyse financière (Sfaf), qui délivre le diplôme. Les autres candidats viennent de fonctions transverses avec le plus souvent un objectif en tête : accéder aux métiers du front office. »

Des profils variés

C’est pour devenir gérant de portefeuille qu’Alban Préaubert, 30 ans, analyste gérant ISR (investissement socialement responsable) chez Sycomore Asset Management, décide en 2013 de s’inscrire au CIIA. « Lors de mon cursus à l’ESCP, je n’avais pas pris l’option finance, explique cet ancien membre de l’équipe de France de patinage artistique. J’avais le sentiment que pour atteindre mon objectif, je devais compléter mon expertise par une certification. Après avoir hésité entre le CFA et le CIIA, j’ai finalement opté pour le dernier sur les conseils de mon manager qui l’avait lui aussi passé. » Conseiller en investissements immobiliers chez Ivanhoé Cambridge Europe, Benjamin Fender, 29 ans, vient, de démarrer en janvier dernier le processus pour décrocher la RICS. « La RICS est devenue un standard international commun à tous les professionnels de l’immobilier, souligne ce diplômé de l’EBTP et du Master 2 en Management de l’immobilier de Dauphine. Elle est même indispensable pour exercer dans l’investissement et la gestion d’actifs immobiliers dans certains pays anglo-saxons. » Sa société l’a donc fortement encouragé à s’inscrire car depuis l’ouverture du bureau de Londres, ce diplômé de l’EBTP et du Master 2 en management de l’immobilier de Paris-Dauphine dédie désormais une bonne partie de son temps aux investissements Outre-Manche.

Si les certifications attirent autant de candidats, c’est aussi parce qu’elles témoignent d’une capacité à s’engager très appréciée des recruteurs (lire l’encadré). « Je n’avais pas réalisé à quel point l’investissement personnel était aussi important, reconnaît Matthieu Flament, 42 ans, adjoint à la direction finance et régulation des systèmes énergétiques insulaires d’EDF, qui est en train de passer le CIIA. Entre les 150 heures de cours à suivre pour chacun des trois niveaux, le midi, le soir ou le samedi, auxquels il faut ajouter le travail personnel, je m’aperçois que je vais être soumis pendant 18 mois à un rythme assez intensif car il faut en même temps que je reste concentré sur mon travail au bureau. » Cet engagement personnel se double d’un investissement financier qui peut être important. S’il faut débourser 950 euros pour s’inscrire à la RICS France, le CFA coûte 2.500 euros, le PRAM (une formation certifiante dédiée à l’asset management) 8.500 euros et la RICS 14.650 euros... « En ce qui me concerne, j’ai fait financer les quelques cours du soir et les inscriptions pour les différents niveaux du CFA par mon employeur de l’époque, la Société Générale, précise Frank Lutz, aujourd’hui responsable de la communication financière & marchés de capitaux d’Affine. J’avais en effet intégré cet élément comme un facteur important dans la négociation lors de mes entretiens de recrutement », rappelle ce diplômé de l’ESC Toulouse et du Master spécialisé Finance de l’ESCP Europe qui a travaillé pendant trois ans au sein de l’équipe recherche actions de la banque rouge et noir avant de rejoindre Affine en 2009.

Cet investissement, Alban Préaubert ne le regrette pas un instant. Il se sent en effet aujourd’hui mieux armé dans sa quête pour devenir gérant. Cet objectif est d’ailleurs en partie déjà réalisé, alors qu’il a été certifié en septembre dernier. « Quand je suis arrivé chez Sycomore Asset Management, je m’occupais uniquement d’analyse ISR. Au fil du CIIA, on m’a confié de plus en plus de responsabilités et aujourd’hui, je cogère plusieurs fonds », explique le jeune cadre qui aspire désormais à se voir confier des fonds plus importants.

Matthieu Flament entend, lui, surfer sur le CIIA, qu’il devrait décrocher en mars 2017, pour donner une nouvelle impulsion à sa carrière. « J’aimerais retourner à la direction financière d’EDF pour manager une équipe en finance d’entreprise. » Mais cet ingénieur de l’Institut polytechnique de Grenoble, qui affiche aussi sur son CV un Master 2 en Relations internationales et un MBA en Management international, laisse aussi la porte ouverte à une autre option : postuler comme analyste du secteur énergétique.

Un accélérateur de carrière

« Les certifications ont pour principale vertu de renforcer la polyvalence et d’accélérer les carrières, assure Véronique Morsaline, responsable de la Pédagogie et du Développement d’AFG Formation qui gère le PRAM. Elles constituent un atout en matière de mobilité transversale. Quelqu’un qui travaille au back-office a plus de chances de rejoindre l’assistance de gestion ou la conformité s’il affiche sur son CV une certification reconnue par le marché. » « Mais attention, le titre de CFA Charterholder ne change pas tout du jour au lendemain, tempère Myriam Ferran. C’est un actif que l’on valorise deux ou trois ans après la certification, voire sur un plus long terme. » Les certifications ne se traduisent pas non plus par un saut immédiat en termes de rémunération, comme le reconnaissent les certifiés interrogés. La reconnaissance intervient plus tard, lors d’une évolution professionnelle. Alban Préaubert a été augmenté six mois après l’obtention du CIIA, « mais cela entrait dans le cadre d’un processus normal d’augmentation. »

Difficile également, en l’absence de statistiques, d’affirmer que les certifications constituent de précieux passeports pour l’international. Un argument avancé par Myriam Ferran du CFA vient toutefois conforter cette idée. « Sur ces cinq dernières années, de nombreux charterholders ont quitté CFA Society France pour rejoindre nos sociétés à Londres et en Suisse, ce qui laisse à penser qu’ils ont bénéficié d’une mobilité internationale. » 

Matthieu Flament,  adjoint à la direction finance et régulation des systèmes énergétiques insulaires d’EDF
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Matthieu Flament, adjoint à la direction finance et régulation des systèmes énergétiques insulaires d’EDF
Benjamin Fender,  conseiller en investissements immobiliers chez Ivanhoé  Cambridge Europe
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Benjamin Fender, conseiller en investissements immobiliers chez Ivanhoé Cambridge Europe
Myriam Ferran,  présidente de  CFA Society France
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Myriam Ferran, présidente de CFA Society France

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