Les « Big Four » font les yeux doux

le 04/05/2016 L'AGEFI Hebdo

Les grandes firmes de l’audit musclent leurs stratégies de recrutement pour attirer les meilleurs profils.

Les « Big Four » font les yeux doux
(Fotolia)

Vivre l’aventure entrepreneuriale, trouver du sens à son emploi, travailler à l’étranger… Les grandes entreprises s’efforcent de répondre aux aspirations des jeunes diplômés pour attirer les meilleurs d’entre eux. A fortiori dans l’audit et le conseil, où les « Big Four » (Deloitte, EY, KPMG et PwC) prévoient d’embaucher près de 5.000 personnes en France, dont une majorité (de 50 % à 80 %, selon les firmes) de jeunes diplômés, et d’accueillir plus de 2.000 stagiaires pour la saison 2015-2016. Chacune des quatre firmes reçoit entre 50.000 et 70.000 candidatures par an.

Mazars et Grant Thornton, qui recruteront plus de 1.000 CDI, en reçoivent plusieurs milliers. Pour autant, la mission des équipes des ressources humaines (RH) n’est pas plus aisée. « Nous recevons toujours un flux important de candidatures de qualité, mais nous sentons que les exigences des étudiants évoluent, témoigne Félicitas Cavagné, associée, responsable du recrutement chez Deloitte. Ils cherchent une bonne ambiance de travail, une entreprise qui leur propose de la mobilité, leur permette de se développer personnellement et professionnellement. »

Futurs entrepreneurs

Surtout, les jeunes générations sont de plus en plus tentées par l’entrepreneuriat. Selon une étude Ipsos du début d’année*, 23 % des étudiants des grandes écoles souhaitent créer leur entreprise. Pour combler cette attente, EY a démarré en septembre le programme « JumpStart », avec dix jeunes diplômés et cinq salariés. Les porteurs de projet travaillent six mois chez EY et six mois sur le développement de leur start-up, tout en bénéficiant d’une formation maison à la création d’entreprise. « C’est intéressant d’avoir dans nos équipes ces entrepreneurs dans l’âme, même si certains voleront ensuite de leurs propres ailes », appuie Jacques Pierres, associé en charge du recrutement pour l’audit. De son côté, PwC vient de créer un incubateur de start-up. « Cette année, nous avons incubé deux jeunes diplômés et recrutons déjà pour la rentrée prochaine », dévoile Isabelle Mathieu, directrice des ressources humaines. « Ils peuvent travailler à mi-temps ou se consacrer à 100 % à leur projet. Nous les formons en nous appuyant sur nos différentes expertises », complète Virginie Groussard, directrice du recrutement.

En termes de profils, les ingénieurs intéressent de plus en plus les cabinets d’audit qui leur dédient des dispositifs. Deloitte a créé fin 2015 un événement pour leur recrutement, le « Delta Day », tandis que Grant Thornton a initié, depuis moins d’un an, un programme spécifique. « Nous leur offrons pendant deux ans une formation juridique élaborée par des organismes reconnus », expose Victor Amselem, directeur général de Grant Thornton et associé en charge du développement du capital humain. La formule a convaincu Sara Antar, diplômée de Centrale Nantes. « J’ai trouvé l’annonce sur Linkedin : le cabinet cherchait des ingénieurs souhaitant travailler dans l’audit, ce qui était exactement mon cas. La formation dédiée et la taille humaine du cabinet ont fini de me convaincre », témoigne l’auditrice de 24 ans qui a rejoint Grant Thornton juste après son diplôme.

Les entreprises se montrent inventives pour se rapprocher au maximum des étudiants. « C’est à nous de les convaincre, la plupart des jeunes qui viennent à notre rencontre ont trois propositions d’emplois en main », souligne Sylvie Bernard-Curie, DRH Talents de KPMG. Le groupe a ainsi mis en place l’an dernier les « Talent Days » : 60 étudiants triés sur le volet sont accueillis au siège pour y rencontrer des managers et des patrons de « business unit », assister à une conférence et, bien sûr, passer des entretiens. Un parcours qui a séduit Guylain Marino, 24 ans, diplômé de l’Edhec, embauché à l’issue de l’événement en octobre. « Certains processus de recrutement, y compris pour des stages, sont longs, contraignants et sans garantie. Là, j’ai su que j’étais embauché en deux jours et après une sélection rigoureuse, c’était convaincant. »

En parallèle, les acteurs de l’audit continuent à beaucoup investir dans les relations écoles. Animation de tables rondes, présentations en amphithéâtre, sponsoring d’associations et d’événements sportifs… Ces grands groupes soignent aussi leur image « digitale » : ils accroissent leur présence sur les réseaux sociaux, adoptent les derniers outils et bousculent leurs méthodes. PwC et Deloitte sont équipés pour scanner des CV pendant les salons et les envoyer directement dans leur base de données.

De son côté, Deloitte participe aux sites de classement d’entreprises comme Glassdoor, HappyTrainees, HappyCandidates. Toutes les firmes parient sur le mobile. « Depuis plus d’un an, les jeunes peuvent postuler à partir de leur ‘smartphone’, indique Olivia de Faÿ, directrice du recrutement de Mazars. Nous avons également lancé en février, un site, Nothing-to-hide.fr, permettant de mesurer son e-reputation. Il faut rester attractif auprès d’une population fortement ‘digitalisée’. » Mais les étudiants se fient en priorité au bouche à oreille entre pairs. « Chaque cabinet véhicule une image, confie Alix Boissinot, qui a rejoint Mazars il y a deux ans comme auditrice à l’issue de son diplôme d’Audencia. L’information circule beaucoup entre les étudiants de retour de stage, sur l’ambiance, les salaires ou la charge de travail. »

Ensuite, l’enjeu est de fidéliser ces talents. D’autant que les Big Four affichent un turnover de 20 % en moyenne. « Ils offrent aux jeunes diplômés une progression rapide, des rémunérations attractives et de la notoriété, affirme Marie-Charlotte Boisson, membre de la division conseil & audit chez Michael Page. Une excellente manière de commencer sa vie active. » Un tremplin idéal… avant de partir vers d’autres horizons au bout de trois ou quatre ans, parfois même plus tôt. Pour retenir les meilleurs, les cabinets leur proposent de s’engager dans leurs fondations, d’effectuer du mécénat de compétences, de partir en congé solidaire… PwC ou Mazars ont aussi développé des missions de courte durée à l’étranger, accessibles en début de carrière. Dans l’audit, les jeunes pousses sont soigneusement cultivées. 

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