Quand l’union fait la force

le 14/04/2016 L'AGEFI Hebdo

Chez Covéa, une méthode d’échange d’expériences entre salariés existe depuis quelques années pour faire évoluer les pratiques managériales.

Quand l’union fait la force

Un manque de communication ou, plus grave, de mauvaises relations entre collègues nuisent à l’efficacité professionnelle. Un élément que les acteurs de la finance considèrent aujourd’hui avec intérêt. Certains développent même des stratégies inédites pour améliorer les relations au travail. Depuis 2008, Covéa parie sur l’entraide avec le « codéveloppement ». Cet outil original, né au Québec, a été adapté pour le groupe mutualiste par son directeur du développement de l’intelligence collective, Bernard Lévêque (lire l’entretien), qui a une formation de thérapeute. Le principe ? Des groupes de six à huit personnes, sans lien hiérarchique, se réunissent mensuellement durant neuf mois, autour d’un coach. A chaque séance, un salarié appelé « client » soumet une problématique au reste du groupe, les « consultants ». Ces derniers écoutent, puis posent des questions ouvertes qui permettent au « client » de trouver des solutions. Les thèmes traités portent sur des cas très concrets : un problème de communication entre collègues ou avec son supérieur hiérarchique, un manque de confiance en soi chez un manager, une difficulté à verbaliser, une complication sur un dossier… Des sujets délicats à aborder face aux autres, mais la « mise à nu » est précisément le principe de cette méthode.

« La première réunion à laquelle j’ai participé en tant que ‘client’ n’était pas agréable, car il faut accepter d’exposer une situation d’inconfort dans son milieu professionnel
à des collègues »
, témoigne Alain de Béru, inspecteur assurances de personnes professionnels et entreprises chez MMA, basé en Bourgogne. Les réunions, au cours desquelles les participants utilisent beaucoup les métaphores pour exprimer leur ressenti, lui ont appris à être plus à l’écoute de ses émotions. « Le résultat est réellement bénéfique ! Les interrogations des codéveloppeurs m’ont permis de dénouer des situations. Tout ce que j’ai appris pourra m’être très utile à l’avenir si j’ai une équipe à manager. »

« Gagnant-gagnant »

Autre point fort de ces réunions de codéveloppement : la relation de confiance créée assure aux participants que ce qui est dit ne sortira pas du cercle. Au bout des neuf mois, le coach s’efface et les codéveloppeurs continuent à se retrouver entre eux. Ils peuvent aussi accéder, à la carte, à des journées de formation sur des thématiques comme l’intelligence émotionnelle ou la relation à la performance.

Au début, les dirigeants étaient dubitatifs sur ce dispositif qui exigeait des collaborateurs qu’ils mobilisent de leur temps. Les participants y consacrent 5 % de leur temps de travail, soit une demi-journée par mois. Mais la formule a fait ses preuves. Elle s’inscrit en effet dans une logique de « gagnant-gagnant ». L’entreprise se prémunit contre de mauvaises relations entre ses salariés qui entraîneraient une perte d’efficacité au travail. Quant aux collaborateurs, ils retrouvent durant les séances de codéveloppement de la cohésion d’équipe, un esprit de groupe et de solidarité, et des réponses concrètes à leurs questions.

A ce jour, quelque 948 salariés ont participé à ces séances de « codév », avec une large satisfaction. Selon Covéa, 94 % de ses « codéveloppeurs » estiment que les séances auront un impact durable sur leur vie professionnelle. Il faut dire que cette « formation » s’adresse principalement à des managers intermédiaires, une population souvent prise en tenailles entre le désir d’animer des équipes dans une certaine convivialité et la pression liée à des atteintes d’objectifs ou la conduite de plans de transformation. Dans un environnement devenu encore plus complexe sous l’effet de la « digitalisation », ces cadres apprécient l’approche canadienne qui libère leur parole, tout en les incitant à mieux écouter leurs employés et à se questionner sur leurs modes de fonctionnement.

D’autres entreprises investissent sur le développement personnel de leurs salariés. « Nous avons initié il y a quatre ans une démarche sur les comportements, la communication respectueuse et non agressive, le renforcement de l’écoute, pour améliorer la performance, explique Olivier Ruthardt, directeur des ressources humaines de la Maif. Nous avons mis en place pour cela une boîte à outils proposant du coaching, du mentorat, de l’improvisation, dans laquelle chacun peut puiser. Nous accordons de plus grandes marges de manœuvre aux collaborateurs pour qu’ils puissent partager leurs idées et les appliquer. » Afin de favoriser la transversalité entre les individus, développer la communication interne fait également partie des pistes explorées. Depuis 2010, les salariés d’Axa Protection Juridique, une entité de 300 personnes, communiquent grâce à « Chatter », un réseau social d’entreprise mis à la disposition de tous. « Une de mes collègues télétravaille une partie de la semaine, le matin elle nous salue sur Chatter, c’est un peu comme si elle était avec nous », raconte Marie Reyssat, juriste, qui a rejoint la société en 2012. Cette solution collaborative fournie par l’éditeur de logiciels américain Salesforce, spécialisé dans la gestion de la relation client, n’est pas qu’une simple messagerie instantanée mais un véritable outil de travail. « Au début, je regardais passer les commentaires sans oser y répondre mais finalement, je me suis prise au jeu, poursuit Marie Reyssat. Cela me permet de consulter rapidement les autres juristes pour avoir des réponses à des questions, apporter une solution complète lors d’un litige par exemple. Je m’en sers aussi pour me tenir au courant de l’actualité des autres métiers. Enfin, cela permet de mieux se connaître et de faire tomber les barrières hiérarchiques car les ‘posts’ ont tous la même valeur. »

« L’âge moyen dans l’entreprise est de 30 ans. Cette génération a tendance à bien communiquer et s’adapte facilement à des organisations plus horizontales, relève Stéphane Grange, responsable des affaires générales et communication d’Axa Protection Juridique. Cette forme d’échanges transversaux permet d’ouvrir les esprits à l’innovation, de résoudre les problèmes du quotidien par l’entraide. » De nouveaux modèles de travail qui n’ont pas fini d’émerger dans les services financiers.

Une approche qui libère la parole, tout en incitant à mieux écouter et à se questionner

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