La guerre des talents

le 24/03/2016 L'AGEFI Hebdo

La guerre des talents

En ce début 2016, le moral n’est pas au beau fixe dans les métiers du financement et de l’investissement. Les semaines récentes sur les marchés n’ont pas aidé ; mais à mesure que les contraintes réglementaires et le coût des litiges prennent de l’ampleur s’accroît la pression sur les modèles économiques et les rémunérations. Alors que revient la saison des bonus, si particulière à cet univers et si importante pour son fonctionnement, nombreux sont les talents qui s’attendent à une déception sous ce rapport. Or ce sentiment n’est pas anodin pour les directions des ressources humaines, en particulier au sein des établissements français.

En matière de bonus, les règles du jeu sont connues et appliquées depuis des années. Or le paradoxe est que si elles sont censées clarifier les choses, le résultat est inverse, surtout depuis l’application de la règle du plafonnement l’an dernier. A l’individualisation des bonus a succédé l’individualisation des rémunérations, d’autant plus ténébreuse que les DRH doivent gérer l’évolution de leurs BFI activité par activité, service par service quand ce n’est pas classe d’âge par classe d’âge. La nécessité de conserver des hauts potentiels dans certains métiers stratégiques s’accompagne de celle de se séparer d’autres collaborateurs moins indispensables ou tout simplement trop coûteux. Dans le montant du bonus se lit ainsi, en creux, les intentions de la direction de retenir ou non tel ou tel élément qui n’aurait eu, en d’autres temps, guère de souci à se faire. Le changement de culture est profond et mal vécu, d’autant que chacun a enfin compris qu’il serait durable (lire l'Evénement).

La difficulté pour les établissements d’assurer l’avenir de leurs activités-clés est d’autant plus grande que les jeunes talents, ceux qu’il importe le plus de fidéliser pour leur apport optimal à des métiers dont ils attendent toujours qu’ils leur assurent promotion rapide et rémunération élevée en contrepartie d’un travail acharné, ne sont plus aussi nombreux à vouloir en payer le prix. La pression concurrentielle reste forte aussi, des banques rivales n’hésitant pas à remonter les bonus dès que les résultats s’améliorent, à l’image d’UBS. De surcroît, l’émergence de la finance numérique donne aux jeunes de nouvelles routes à explorer dont la nature entrepreneuriale correspond à leur personnalité. La tentation des fintech est grande, l’aventure s’avérera sans doute un mirage pour certains mais cela n’empêchera pas les meilleurs cerveaux de la tenter. Economique, le défi que lance à tous les établissements cette guerre des talents est aussi managérial. Les grands établissements doivent convaincre que la diversité de leurs activités, la variété des carrières internationales qu’ils autorisent, la richesse des contacts qu’ils assurent et l’équilibre qu’ils permettent entre vies personnelle et professionnelle, valent de ne pas tout miser sur la quête, hypothétique, d’une fortune rapide. Dans des structures aussi hiérarchisées que les banques, c’est en soi une révolution !

A lire aussi