Vis ma vie !

le 03/03/2016 L'AGEFI Hebdo

Le principe de cette émission de télévision est repris par des acteurs de la finance pour réaliser des échanges de postes.

Vis ma vie !
(Fotolia)

Qu’un concept de télé-réalité s’invite dans les politiques de ressources humaines de grands établissements financiers, l’idée peut sembler saugrenue... Elle est pourtant déployée à travers des dispositifs de « Vis ma vie », cette émission de télévision dans laquelle une personnalité était invitée à découvrir le métier d’un inconnu. Ce principe est décliné par des directions des ressources humaines, sous divers formats et objectifs. Axa Banque l’a ainsi repris en poussant très loin la similitude avec l’émission puisqu’un film est tourné pendant l’immersion. « Fin 2014, alors que je venais de prendre un poste de conseiller recouvrement crédit, la direction de la communication m’a demandé si cela m’intéressait de participer à un ‘Vis ma vie’ de chargé de compte, se souvient Sandrine Dubois. J’ai tout de suite accepté car j’étais curieuse de savoir si je pouvais me projeter dans un métier plus administratif, mon parcours dans l’univers du recouvrement étant très orienté sur le contact, avec beaucoup d’échanges au téléphone. »

Favoriser la mobilité interne

La Caisse d’Epargne Nord France Europe s’est, elle, lancée en 2008, juste après sa création. « L’objectif était de proposer aux collaborateurs des fonctions supports volontaires de rejoindre nos équipes en agence où nous avions besoin de renforts, explique Stéphanie Delva, responsable du développement des ressources humaines au sein de la banque régionale. Suite au succès de l’opération, nous avons déployé un programme d’immersion global qui vise à favoriser la mobilité interne et à décloisonner nos différents métiers. » Directrice de l’agence de la Caisse d’Epargne Nord France Europe à Escaudain, près de Valenciennes, Nathalie Carré vient d’y participer. « En septembre dernier, j’ai fait part à mon responsable des ressources humaines de mon envie de changer de métier après 25 ans passés au sein du réseau commercial. Il m’a proposé un poste de superviseur à la direction relation clients multimédia et j’ai demandé à bénéficier d’une immersion. » Après des échanges téléphoniques avec sa future responsable et la personne qu’elle était censée remplacer, Nathalie Carré a endossé pendant deux jours le costume de superviseur. « Ces journées pendant lesquelles j’ai été prise en charge par deux monitrices m’ont d’abord permis de faire connaissance avec l’équipe, les outils et les moyens de la direction relation clients multimédia, souligne-t-elle. J’ai aussi pu écouter les échanges que les jeunes conseillers avaient avec leurs clients, leur poser des questions sur leur métier... »

Pour renforcer les liens entre les entités d’un même groupe, les directions des ressources humaines ont initié des systèmes de « job swap », « échange de jobs » en français. En octobre 2014, Bruno Dord, adjoint au directeur des financements immobiliers chez Allianz Real Estate, a échangé pendant un mois son poste avec un de ses collègues de l’équipe de financement immobilier au siège du groupe à Munich. « Le financement immobilier en Europe est un métier relativement récent au sein d’Allianz Real Estate, relève le cadre dirigeant. Il y avait donc assez peu d’interactions entre les équipes à Paris et à Munich. J’ai demandé un échange en mettant en avant le fait que cela me permettrait de découvrir une nouvelle façon de travailler et d’harmoniser les pratiques entre nos deux équipes. Sur le plan professionnel, l’expérience a été très enrichissante. J’ai étudié les demandes de crédits de quatre emprunteurs pour lesquels j’ai structuré une offre de prêt. J’ai aussi rencontré nos compagnies d’assurances allemandes afin de comprendre leur mode de fonctionnement et ce qu’elles attendent d’un financement immobilier en termes de risques, de durée de prêt, de conditions de remboursement anticipé... »

Souscripteur commercial chez Euler Hermes France, Mario Bizzarri reconnaît lui aussi avoir beaucoup appris pendant son « job swap » avec une collègue de la filiale de son groupe en Suisse. « En participant aux travaux de l’équipe, je me suis aperçu que si les processus étaient assez similaires, certains modes de travail et de raisonnement étaient différents, raconte-t-il. En France, nous introduisons plus volontiers une certaine flexibilité contractuelle pour faciliter les négociations. En Suisse, leur approche rigoureuse des dossiers leur permet de faire des ‘reportings’ plus complets. Je compte d’ailleurs m’inspirer de certaines bonnes pratiques que j’ai identifiées pendant mon séjour. » Un credo que Bruno Dord a appliqué dès son retour en France : « Nous avons par exemple décidé d’harmoniser nos modèles de ‘cash-flows’ qui étaient jusque-là différents, l’objectif étant de construire une véritable plate-forme européenne utilisable partout où nous sommes implantés. »

Employabilité

Côté ressources humaines, Stéphanie Delva mesure les bénéfices de ce concept à la Caisse d’Epargne Nord France Europe. « L’immersion permet de créer des passerelles entre les métiers des fonctions supports et ceux du réseau. Elle favorise la mobilité, le décloisonnement et la transversalité, tout en développant l’employabilité des collaborateurs. » L’objectif est atteint pour Nathalie Carré : « Mon immersion à la direction relation clients multimédia a pesé lourd dans la balance au moment d’accepter le poste de superviseur. Si je n’avais pas suivi ce programme, je serais probablement toujours directrice d’agence. » Après son expérience de « Vis ma vie », Sandrine Dubois a joué, chez Axa Banque, le rôle d’ambassadrice du dispositif en incitant les personnes qu’elle encadrait à y participer. Elle a d’ailleurs montré l’exemple. « Il y a un an, j’ai eu envie d’arrêter le management et de découvrir un nouveau métier, confie-t-elle. Quand on m’a proposé le poste de conseiller crédit immobilier, j’ai sollicité une journée d’immersion. » Pour Bruno Dord, le séjour à Munich a suscité une nouvelle envie : travailler un jour outre-Rhin. « Je connais bien ce pays pour y avoir effectué une partie de mes études. Depuis mon retour en France, je suis resté en contact avec mes collègues munichois, et je continue de suivre le marché de l’immobilier allemand. » Le message est passé...

Sandrine Dubois
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Sandrine Dubois
(DR)
Nathalie Carré
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Nathalie Carré
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Pour renforcer les liens dans un même groupe, les DRH ont initié des systèmes de « job swap »
Mario Bizzarri
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Mario Bizzarri
(DR)
Bruno Dord
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Bruno Dord
(DR)

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