Responsables formation, une nouvelle école

le 12/02/2015 L'AGEFI Hebdo

Mise en œuvre de la récente réforme, montée du numérique, nouveaux vecteurs de connaissance, les enjeux sont de taille.

Responsables formation, une nouvelle école

Depuis l’année dernière, Sylvie Blanchet Vinatier, 50 ans, est chief learning officer (en charge de la formation) et responsable de la corporate university chez Société Générale, qu’elle a intégrée il y a six ans à un poste de directrice des ressources humaines (RH) de filiale. Titulaire d’un Deug de sciences économiques, elle avait auparavant passé vingt ans au sein de groupes industriels et a occupé différentes fonctions dans les RH : recrutement, formation, administration et paye, compensation and benefits (rémunérations et avantages sociaux)… « Il n’est pas courant de maîtriser les métiers de la paye et de l’administration en exerçant des postes de développement des RH comme le recrutement ou la gestion de carrière. Cela m’a beaucoup apporté, explique-t-elle. Il est intéressant de les connaître avant de prendre un poste plus généraliste car ils sont la base de la fonction. »

En 2013, les banques ont consacré 3,6 %* de leur masse salariale à la formation. Pour organiser cette importante activité, les responsables qui y sont dédiés sont devenus des partenaires incontournables des directions et des managers. D’autant que la crise financière a bouleversé les besoins en compétences chez les salariés bancaires.

En 2008, lorsque Sylvie Blanchet Vinatier rejoint la banque au logo rouge et noir, les turbulences ont déjà commencé. « Il y avait une logique d’urgence, il fallait apporter des solutions de recrutement et de formation à court terme en déployant des solutions existantes. » Depuis, la situation a évolué et les membres de son équipe (cinq à la corporate university pour les talents stratégiques et une quarantaine pour relayer l’offre sur le territoire) élaborent du « sur mesure ». « Aujourd’hui, les demandes ne sont plus les mêmes, nos services de formation se positionnent comme ‘business partners’ pour participer au développement des collaborateurs ou accompagner la stratégie du groupe », reprend la chief learning officer de Société Générale.

Chez Axa Banque, jeune entreprise d’une dizaine d’années réunissant 700 salariés, la formation s’adapte aussi, comme l’explique Valérie Broncard, 47 ans, directrice des RH, de la communication et de l’amélioration continue, poste qu’elle occupe depuis 2009 : « Notre qualité de service passe par l’engagement des collaborateurs. Un de nos enjeux est de les professionnaliser et de les former à la relation client. Nous mesurons régulièrement le taux de satisfaction de nos clients pour ajuster nos actions de formation. » Après un diplôme d’ingénieur et un master en organisation de l’ESCP Europe, cette professionnelle démarre sa carrière dans le conseil, puis dans l’industrie, avant d’intégrer le groupe Axa en 1999. Elle rejoint Axa France comme directrice de gestion des potentiels en 2006. Pour construire les programmes ou les dispenser, sa petite équipe de quatre personnes s’appuie sur les managers. « Mon service travaille sur la formalisation, la pédagogie et implique les experts métiers et les managers sur le contenu, raconte Valérie Broncard. Il est essentiel que ces derniers soient associés à notre travail car nos métiers changent constamment, un formateur dévolu uniquement à la formation serait coupé du terrain. »

Développement des salariés

La loi du 5 mars 2014 réforme la formation professionnelle et introduit notamment, pour les employeurs, l’obligation de contribuer au développement des salariés. « Nous consacrons entre 5 % et 5,5 % de notre masse salariale à la formation, mais depuis la réforme, ce n’est plus le seul indicateur à prendre en compte. Un des grands chantiers de mon service cette année sera de certifier une quinzaine de parcours existants, sous forme de certificats de qualification professionnelle – notamment – interbranches, les CQPI. Ces formations étaient déjà dispensées mais la loi nous impose de formaliser davantage, à travers des certifications, l’évolution professionnelle de nos collaborateurs », détaille Eric Depond, directeur de la formation professionnelle et managériale chez BPCE. Le département formation du groupe mutualiste décline, auprès des différentes entités, les orientations stratégiques, conçoit du contenu sur mesure et référence des offres externes. La cellule rassemble seize personnes, mais l’ensemble de la filière mobilise 450 collaborateurs dans le groupe. Avant d’arriver à sa tête, Eric Depond, 54 ans, expert-comptable d’origine, est passé dans la banque par des fonctions d’inspecteur, manager commercial, directeur de groupe et de département. La réforme impose aussi des négociations dont les responsables formation se font le relais sur le terrain. « Nous avons signé un accord fin 2014 avec quasiment l’ensemble des syndicats pour mettre en œuvre la réforme de la formation, et notamment les entretiens professionnels prévus par la loi. Nous travaillons aussi avec l’Association française des banques pour établir les formations éligibles dans le cadre de la nouvelle législation », précise Sylvie Blanchet Vinatier.

2015 sera aussi placée sous le signe du numérique avec des programmes partagés entre présentiel et virtuel. BPCE et Axa Banque préparent chacun un MOOC** sur le thème du digital. « A partir de 2017, je souhaite qu’un collaborateur sur deux puisse se former en classe virtuelle au moins une fois par an », confie Eric Depond. Parmi les nouvelles méthodes à leur disposition, les responsables misent aussi sur l’acquisition de compétences et de savoirs par la co-construction ou le codéveloppement (échanges entre des pairs sur une thématique). « Les personnes assimilent généralement une compétence à 70 % en la mettant en pratique, 20 % en l’apprenant de leurs pairs et 10 % en se formant », rappelle le directeur de BPCE.

*Observatoire des métiers, des qualifications et de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes dans la banque, base de données sociales 2014.

**Cours en ligne (massive open line course).

Davantage de certifications

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