Impatriés, le retour en règle

le 01/10/2015 L'AGEFI Hebdo

Alors que le sujet intéresse de près les pouvoirs publics, les acteurs de la finance offrent une mécanique bien huilée à leurs salariés-voyageurs.

Impatriés, le retour en règle
(Fotolia)

Après quinze ans passés à New York, mon retour à Paris cet été ressemblait un peu à une nouvelle expatriation ! », s’amuse Olivier Delay, 46 ans, responsable mondial aviation, export et infrastructure chez Natixis. Retrouver un logement, scolariser ses enfants, effectuer les démarches administratives… Après des années passées à l’étranger, le retour dans l’Hexagone nécessite beaucoup d’investissement personnel. Un peu trop même… Après un rapport* de la sénatrice des Français établis hors de France, Hélène Conway-Mouret, remis cet été au Premier ministre, sur les difficultés auxquelles se heurtent les cadres français, un colloque** doit se tenir ce lundi 5 octobre au Palais du Luxembourg. Complexité fiscale, manque de reconnaissance des compétences acquises à l’étranger, perte de salaire, etc., autant de situations mal vécues. Certains impatriés peuvent toutefois y échapper... grâce à leur employeur. C’est le cas des professionnels de la finance qui bénéficient d’un large éventail de services après une mobilité géographique.

Olivier Delay a goûté à l’international dès sa dernière année à l’Edhec en 1991, en décrochant un double diplôme à la London School of Economics. Puis c’est le Crédit Lyonnais qui lui donne en 2000 l’opportunité de rejoindre New York où Natixis le recrutera huit ans plus tard. Fin 2014, le siège lui propose une belle opportunité de poste… à Paris : « C’était une décision difficile à prendre. Notre première préoccupation avec mon épouse, qui est aussi celle de tous les expatriés avec une famille, a été la scolarité de nos trois enfants. Heureusement, Paris propose de bonnes options puisqu’il y a des écoles américaines. » Natixis propose à ses expatriés un service complet d’aide au retour, pour les questions pratiques, logistiques ou encore administratives. Une aide qu’Olivier Delay a surtout appréciée pour les impôts : « La fiscalité française est complexe, celle des Etats-Unis l’est tout autant, la somme des deux peut vite représenter un casse-tête ! Heureusement, Natixis a mis à ma disposition un fiscaliste qui m’a permis de bien comprendre les enjeux et de faire les choix adéquats. »

Sociétés de relocation

Pour aider leurs impatriés en matière de logement, les entreprises font appel à des sociétés de relocation. D’autres disposent de départements dédiés en interne. « La société de relocation a sélectionné des appartements correspondant à mes critères à Paris et a concentré les visites sur une seule journée, raconte Gautier Bonnécuelle, 32 ans, analyste crédit chez Axa Investment Managers (IM), revenu de quatre ans d’expatriation au Japon. Cela m’a permis de me consacrer dès mon retour à mon nouveau poste puisque le côté pratique a été réglé rapidement. » Arrivé chez Axa IM à sa sortie de l’Essec en 2007, ce financier a saisi l’occasion, après trois ans, de faire un long détour par le Japon. Il y était en charge des relations avec d’importants clients japonais et de coordonner les équipes d’Axa IM à travers le monde. « J’ai beaucoup appris mais j’ai eu envie de revenir à l’analyse financière, qui me passionne. J’en ai discuté avec les ressources humaines et des managers en visite au bureau de Tokyo, et j’ai ainsi pu me mettre sur les rangs lorsqu’un poste s’est libéré à Paris, dans mon ancienne équipe », dit-il. En effet, même lorsque la date de retour est connue à l’avance et que l’entreprise s’engage à retrouver un poste, le salarié doit, lui aussi, préparer le terrain. C’est ce qu’a fait Vincent Picot, 29 ans, manager audit chez Deloitte, après deux ans au bureau de Sao Paulo : « Des associés français venaient régulièrement au Brésil rencontrer des clients communs, cela m’a permis de maintenir le lien. Il ne faut pas se couper totalement : en deux ans et demi, beaucoup de choses changent dans une entreprise ! J’ai adopté une attitude proactive en vue de mon retour, j’avais réfléchi à mes envies professionnelles. »

Les employeurs ont tout intérêt à ce que ces expériences s’intègrent harmonieusement dans les progressions de carrière de leurs salariés. « Je suis parti à Londres avec un défi professionnel, puisque je passais de l’audit à la gestion de projets stratégiques durant un an. Une clause de mon contrat me garantissait d’être repris au même poste à mon retour. Mais je me suis vu confier de nouveaux clients internationaux grâce à mon expérience », témoigne Nicolas Bourhis, 37 ans, senior manager KPMG, qui était détaché à Londres en 2012-2013. « L’objectif est de rapporter les meilleures pratiques tirées de son expérience à l’étranger et de les partager avec les autres collaborateurs à son retour, ajoute Julien Laugel, senior manager chez PwC, qui a passé deux ans à New York entre 2012 et 2014. L’expérience a été réellement positive, PwC encourage les mobilités à l’étranger et un départ ne freine pas la progression, au contraire. »

Si les acteurs de la finance ont réussi à créer de bonnes conditions pour le retour de leurs expatriés, cela ne suffit pas toujours à chasser le « blues » qui s’empare parfois d’eux après quelques années exaltantes aussi bien sur le plan professionnel que personnel. Karen Guidée est partie trois ans à New York pour Mazars après son diplôme de l’Essec en 2004. « J’ai sillonné les Etats-Unis, c’était passionnant. A mon retour, je ne bénéficiais pas d’accompagnement spécifique car j’avais démissionné. Mon retour était motivé par mon envie de retrouver la France, j’avais un point de chute, les questions matérielles et administratives étaient réglées, explique la jeune femme de 35 ans qui a la double nationalité française et américaine. Toutefois, j’ai quand même eu besoin de temps pour m’acclimater, on se sent d’abord en décalage, du fait de ne pas avoir eu les mêmes références culturelles les dernières années. » Même ces moments de cafard peuvent être surmontés grâce à des spécialistes. « Un expatrié doit passer par une phase d’observation à son retour et apprendre à valoriser son expérience internationale. S’il y a bien un moment où des séances de coaching peuvent être importantes, c’est celui-ci », conseille Alixe Carnot, directrice des carrières internationales chez Expat Communication.

*« Retour en France des Français de l’étranger ».

** « Français de l’étranger, un atout pour la France ».

Chasser le blues

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