Un homme, une équipe

Vincent Ricordeau projettera KissKissBankBank hors des frontières

le 29/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Avec ses deux cofondateurs, Vincent Ricordeau emprunte la voie toute nouvelle du « crowdfunding ».

Avec un pareil nom, ce pourrait être un bateau. KissKissBankBank vogue donc plein cap et vent arrière, Vincent Ricordeau à la barre, vers un succès sinon garanti, au moins prémédité. Sous cette appellation hautement mémorisable se cache une plate-forme de financement de projets ayant emprunté dès le début la vague porteuse de ce qu’il est convenu d’appeler le « crowdfunding ».

Le vrai départ a eu lieu il y a deux ans pour les trois fondateurs, absolument pas issus de la finance. En s’appropriant cette forme particulière d’appels de fonds, ils ont débarqué sur un marché mondial passé depuis lors de zéro à 1,5 milliard de dollars, pour près de 450 organisations et un million de projets. Sans compter une reconnaissance significative de Barack Obama lui-même avec son « crowdfunding act », actuellement en attente de certification sur les fonts baptismaux de la Security and Exchange Commission. La Banque Postale a d’ailleurs bien capté la tendance en apportant son partenariat à KissKissBankBank. L’établissement profite au passage d’une vraie cure de jouvence pour son image et consent même à mettre la main à la poche une fois par mois en abondant l’un des projets.

« Don contre don »

Comment cela fonctionne ? Une personne privée veut financer un projet. Si son idée passe le filtre du modérateur - soit un élu pour quatre refoulés (mais la tendance est à un sur trois) -, elle la présente sur la plate-forme, accompagnée du montant désiré. Selon l’expérience de KissKissBankBank, passer le cap des 50 % de la collecte désirée signifie que le projet ira jusqu’à 100 %, voire bien au-delà. Le « Kissbanker » (le donateur) se voit gratifié en fonction du montant de sa contribution, du simple remerciement jusqu’à un seuil beaucoup plus concret comme l’objet du projet (DVD, livre) dédicacé. C’est le principe du don contre don. Sur les 4.000 projets reçus, KissKissBankBank en a retenu 1.250, soit 2,5 millions d’euros en valeur collectée. Si un projet n’atteint pas son objectif, les donateurs sont remboursés. KissKissBankBank prélève une commission de 5 % + 3 % incluant les frais bancaires sur chaque idée ayant été jusqu’au bout de son financement.

A l’origine, c'est-à-dire en 2007, les trois dirigeants et fondateurs ont chacun un job. Ils s’intéressent de près à Sellaband, une des premières plates-formes du genre, mais dans le domaine musical exclusivement. Après avoir levé 50.000 euros en « love-money », puis 700.000 euros auprès de XAnge Private Equity (filiale de La Banque Postale) en 2009 et les mêmes sommes dans les mêmes conditions en 2011, Vincent Ricordeau, le CEO (chief executive officer) et ses deux cofondateurs, Ombline Le Lasseur et Adrien Aumont, sont toujours ensemble. L’histoire de cette réunion ? Elle est « très simple, sourit Vincent Ricordeau. Adrien et Ombline se connaissent depuis la naissance et moi je suis marié avec Ombline ». Ce sont donc bien plus que des associés qui partagent là la même vision, la même ambition de développement, notamment à l’international.

La distribution des rôles est des plus claires. C’est à Vincent Ricordeau qu’échoit le management général et la double mission qui consiste à respecter les étapes de développement et de financement. Issu d’une école de commerce, entrepreneur quasi compulsif assumé, le dirigeant de KissKissBankBank confie avoir surtout appris d’une faillite magistrale à partir d’une affaire montée quand il avait 20 ans. « Nous avons fait à l’époque à peu près toutes les bêtises qu’il ne fallait pas commettre », confie-t-il avec franchise. Un long tour du monde plus tard, la création d’un call center à Montpellier (qui existe toujours) avec son frère, la direction commerciale d’un groupe de presse entre 2000 et 2003, puis une étape dans le sport avec Jean-Claude Darmon, Vincent Ricordeau replonge par la suite dans le monde de l’entreprise et plus particulièrement dans celui, tout nouveau, des plates-formes d’appels de fonds.

L’un des points de son calendrier est de respecter l’atteinte de l’équilibre au premier trimestre 2014. Par la suite, il se fixe comme objectif d’opérer une nouvelle levée de fonds, plus importante que les précédentes, soit entre 3 et 5 millions d’euros, qui permettront à KissKissBankBank de se lancer à l’international. En attendant, fort d’une petite équipe qui vient de s’enrichir de cinq nouveaux salariés et depuis les nouveaux locaux que la société vient d’intégrer à Paris, Vincent Ricordeau doit aussi réfléchir à d’autres terrains de déploiement.

« Prêt contre prêt »

Actuellement, KissKissBankBank fonctionne sur le principe du don déclenchant une contrepartie, avec des participants porteurs de projets « créatifs et innovants » en recherche de financements. C’est le fameux « don contre don ». La deuxième catégorie que le trio fondateur pourrait viser est le prêt contre prêt. D’évidence, d’autres séquences d’extension sont en gestation mais il est trop tôt pour en parler.

A ses côtés, Ombline le Lasseur se charge de la direction artistique et de la communication. Un rôle essentiel dans un monde virtuel ou réel où le bouche à oreille est un vecteur clé. A titre d’exemple, 70 % des visiteurs de KissKissBankBank transitent auparavant par la nébuleuse Facebook. Ce n’est pas pour rien si parmi les cinq recrutements opérés en novembre figurent deux community managers. Ces enjeux-là ne sont pas optionnels. Cependant, cette caisse de résonance virale propre au web doit avoir aussi sa version « offline » afin que la boucle soit bouclée. Et c’est toujours Ombline le Lasseur qui va se charger de créer des événements comme les « drinkdrink » mensuels, selon le même principe phonétique porté par la marque-mère. Il s’agit de préempter un lieu, un bar par exemple, et d’y réunir 200 personnes amis, artistes, porteurs de projets… et de laisser mijoter l’ensemble.

Adrien Aumont quant à lui, filtre et modère avec ses collaborateurs, le tout venant des porteurs de projets. Un rôle important selon Vincent Ricordeau puisque le résultat d’une sélection est constitutif de la viabilité d’une idée, de la réputation et de l’entreprise et de la crédibilité de la marque. Certaines recherches de financement comme un permis de conduire ou le lancement d’une crèche sont pour l’instant écartées. Si elle le souhaite, la personne peut savoir pourquoi son idée a été recalée. La mise à l’écart n’est pas forcément définitive dans la mesure où ce type de sollicitation pourra plus tard nourrir les autres secteurs de développement visés par KissKissBankBank. Aucun enseignement n’est perdu. Et les porteurs de bonnes idées ne restent pas isolés : « Chaque projet bénéficie de nos conseils, tient à préciser Adrien Aumont. Chaque auteur est accompagné principalement sur le montant et dans la durée. »

Derrière ce nouveau type de guichet de financement se construit une expertise qui déterminera les contours d’un marché en apparence exponentiel. L’histoire fera comme d’habitude le tri parmi les centaines d’intervenants actuels de par le monde. Chacun se rêvant en Facebook du crowdfunding.

L'EQUIPE

Vincent Ricordeau,43 ans

Ombline le Lasseur,35 ans

Adrien Aumont, 28 ans

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