Tous actuaires !

le 18/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Les recrutements sont au beau fixe dans ce métier d’experts en calculs de risques. Rares, les profils sont très recherchés et… bien rémunérés.

Tous actuaires !

Désormais, lorsqu’une personne dit qu’elle est actuaire, il y a une chance que l’on comprenne ce qu’elle fait ! », s’amuse Dominique Mattei, présidente d’Eliza, société de conseil qu’elle a créée en août 2012 et qui compte vingt collaborateurs dont six actuaires. Avant de fonder sa structure, cette actuaire de formation était directrice générale d’un autre cabinet, Altia. « Des sociétés de conseil se créent, on assiste à une certaine médiatisation du métier d’actuaire », se réjouit la dirigeante. Les jeunes diplômés issus des formations en actuariat aussi se félicitent que la profession sorte de l’anonymat. Et pour cause. Tandis que leurs camarades des cursus en finance peinent à trouver un emploi, les actuaires en herbe n’ont, eux, que l’embarras du choix sur le marché du travail.

En effet, les sociétés d’assurances, les cabinets de conseil et même des établissements bancaires se bousculent pour recruter ces spécialistes des calculs des risques. « Je reçois régulièrement des e-mails de chasseurs de têtes et souvent mes clients essaient de me débaucher », relate une jeune consultante qui débute. « Nous recrutons beaucoup d’actuaires !, déclare Frédérique Bouvier, directrice du recrutement d’Axa France. En 2012, nous en avons accueilli 48 en CDI, 35 en CDD, 63 en stages et 16 en alternance. Tous sont répartis dans nos diverses activités comme le marketing, le développement de produits… » « Dans l’assurance, la directive Solvabilité II a fait naître de grands besoins en actuaires, qui sont notamment pourvus auprès de sociétés de conseil », ajoute Patrick Thourot qui vient de prendre, à 64 ans, la présidence d’Altia où travaillent une trentaine d’actuaires. Depuis un an, Julien Arnault en fait partie. Ce chargé d’études actuarielles a été embauché après un stage de fin d’études de six mois. « Je savais qu’il y avait une possibilité de recrutement, raconte le jeune homme de 24 ans qui a étudié à l’Institut de mathématiques appliquées d’Angers. Mon métier est plus visible car on comprend mieux le savoir des actuaires, ainsi que leur rôle. » « Je n’ai pas le titre d’actuaire (il faut que la formation soit reconnue par l’Institut des actuaires, NDLR), mais j’y réfléchis », confie-t-il.

Le conseil apprécié

Dans cette activité où officient un peu plus de 3.000 professionnels, être détenteur du titre de l’Institut des actuaires a de l’importance. « Le fait que la formation soit reconnue et encadrée par l’Institut des actuaires permet une garantie supplémentaire sur la qualité enseignée, explique Julie Norguet, DRH du cabinet de conseil Optimind Winter, où parmi 180 collaborateurs, 70 sont des actuaires membres de l’Institut. D’autres collaborateurs sont en passe de le devenir. » Cet acteur du conseil en actuariat, qui est un des grands du marché, a accueilli en moyenne trente actuaires juniors, confirmés et seniors par an sur les trois dernières années. « En 2013, nous allons recruter une trentaine d’actuaires tous profils confondus », précise la DRH. A 25 ans, Marina Pichol est membre de l’Institut des actuaires (elle a étudié à l’Institut de statistiques de l’Université de Paris) et actuaire junior chez Optimind Winter qui l’a embauchée en septembre 2012 après son stage de fin d’études. « Je savais que cette formation offrait beaucoup de débouchés, mes camarades n’ont pas mis beaucoup de temps avant de trouver un emploi », dit la jeune femme, en mission dans une compagnie d’assurances. Comme elle, nombre de ces jeunes experts s’orientent vers le conseil dont ils apprécient la diversité des missions, la taille humaine des entreprises et… le niveau attractif des rémunérations. Selon la dernière enquête sur le sujet de l’Institut des actuaires publiée dans sa revue L’Actuariel, les salaires dans le conseil ont bondi de 7 % entre 2009 et 2011, contre une hausse de seulement 2 % pour l’assurance. Dans ce secteur, les débutants sont rémunérés 40.000 euros et ceux qui affichent dix à onze années d’expérience émargent à 75.000 euros, contre respectivement 42.000 euros et 84.500 euros dans le conseil. Du coup, certains assureurs réagissent afin de pouvoir recruter ces talents. « Nous avons fait un petit effort afin de les attirer, indique la directrice du recrutement d’Axa France. Les rémunérations des actuaires s’établissent de 40.000 à 45.000 euros pour les jeunes diplômés, 50.000 à 55.000 euros pour les profils ayant cinq à sept ans d’expérience et de 80.000 à 85.000 euros pour ceux ayant une expérience de plus de dix ans. Souvent, les jeunes actuaires s’imaginent, à tort, qu’ils ne travailleront que sur un seul sujet très spécifique chez un assureur, en comparaison avec un cabinet de conseil. En réalité, ils seront confrontés à une diversité de situations. » De leur côté, les structures de conseil se mobilisent pour ne pas perdre les « as » des sciences actuarielles. Certaines misent sur l’accompagnement et la prise de responsabilités, comme en témoigne la DRH d’Optimind Winter : « Au-delà des entretiens annuels, nous avons mis en place un système d’entretien trimestriel au cours duquel le consultant a l’occasion de faire un point formalisé avec son manager. Tout est centralisé au niveau RH, cela nous permet d’avoir un suivi quasi en temps réel des collaborateurs. En outre, nos managers sont nos juniors d’hier, nous les faisons évoluer. »

S’ils sont très appréciés pour leurs connaissances en mathématiques et statistiques, ces profils doivent désormais aller au-delà de leur expertise d’origine pour acquérir de nouvelles aptitudes en management, relationnel et communication (lire aussi les témoignages). L’Institut des actuaires propose d’ailleurs un cycle de formation intitulé « Management et communication pour actuaire ». Même si elle fait ses premiers pas dans le métier, Marina Pichol doit soigner sa façon de communiquer. « Je ne travaille pas uniquement sur des chiffres ! insiste la jeune consultante. Le bagage technique est nécessaire mais pas suffisant. Je dois beaucoup communiquer sur ce que je fais, et ce de façon simple car mes interlocuteurs ne sont pas forcément actuaires. J’interagis avec beaucoup de services, je participe à des réunions où je prends la parole. Au début, ce n’est pas simple mais avec le temps, on acquiert ces compétences. »

Dimension stratégique et managériale

« L’actuariat était un métier très technique qui a beaucoup évolué ces dernières années avec une dimension plus stratégique et managériale. Parallèlement, les formations sont plus polyvalentes », observe Virak Nou, 32 ans, associé chez Actuaris et responsable du pôle assurance- vie. Ce Polytechnicien, qui a suivi la formation en actuariat de l’Ecole nationale de la statistique et de l’administration économique (Ensae), travaillait en analyse quantitative au sein d’un fonds d’investissement à Londres avant de rejoindre Actuaris en 2009. Il dirige à présent une équipe de treize personnes. « En plus de la dimension managériale, mon poste comprend un rôle de prospection commerciale et de conception des offres, précise le manager. Cela implique d’être en mesure de suivre et connaître les nouveautés techniques et réglementaires, notamment grâce à la communauté des actuaires, très dynamique sur ce thème (mémoires d’actuariat, bulletin français de l’actuariat). En interne, nous nous appuyons sur des pôles spécifiques qui effectuent de la veille technique et réglementaire pour identifier les thèmes du moment. » Il faut dire que cette communauté est particulièrement exigeante. Etre à jour sur les actualités les plus récentes est en effet une obligation pour les membres de l’Institut des actuaires. Depuis 2010, l’organisme a créé le « perfectionnement professionnel continu » qui consiste en un suivi de leur formation continue. Pour pouvoir garder la certification de l’Institut, les actuaires doivent attester tous les ans leurs démarches de développement professionnel (formations, séminaires, enseignement, participation à des commissions…) avec un nombre de points par type d’activité. Un niveau d’exigence qui contribue à valoriser une profession de moins en moins méconnue.

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