Stages en finance, place à la compétition !

le 04/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Face à l’exigence des recruteurs dans un marché de l’emploi en crise, les jeunes diplômés doivent se préparer pour passer toutes les épreuves.

Stages en finance, place à la compétition !

Tests techniques, épreuves de logique, études de cas, exercices de connaissances, questions-pièges… Aujourd’hui, les entreprises du secteur financier n’épargnent aucun outil de recrutement aux jeunes diplômés qui postulent à des stages. « Il y a moins de postes et plus de candidats. Les entretiens pour des stages sont redevenus extrêmement techniques et longs, observe Philippe Thomas, directeur du mastère finance de l’ESCP Europe. Le marché du stage n’est pas en crise, c’est la transformation en emploi qui l’est. »

« Je vois un afflux de candidats pour les stages en fusions-acquisitions (M&A) à cause du gel des embauches dans les métiers de marché », constate Damien M., 23 ans, qui vient de finir un stage de six mois en M&A. Pour se préparer à ces processus de recrutement sophistiqués, ce diplômé d’une école de commerce parisienne a décidé fin 2012 de suivre une formation d’un genre inédit. « Le séminaire s’est déroulé un dimanche avec une vingtaine d’étudiants dans une salle de réunion d’un hôtel parisien avec un financier de Goldman Sachs, un autre de JPMorgan et encore un de BNP Paribas, et tous en poste depuis deux ou trois ans, relate-t-il. Je devais justement passer un entretien pour un stage chez BNP Paribas et j’ai pu en parler au jeune cadre de cette banque car chacune a ses spécificités pour l’embauche de ses stagiaires. » Pour cette formation d’une durée de huit heures, il a déboursé entre 30 et 40 euros de l’heure. « C’est un peu cher mais les cours particuliers dans l’enseignement supérieur sont aussi à ce tarif et les stages en finance sont assez bien rémunérés, autour de 2.000 euros brut, poursuit-il. C’est un bon investissement, je me suis même servi, pendant mon stage, des documents remis lors de la formation. »

Coaching et parrainage

L’idée de ces séminaires de préparation est venu de Michael Ohana, ancien étudiant de l’Essec, dont il a d’ailleurs formé les étudiants du mastère techniques financières lors de la rentrée 2012. Il y a deux ans et demi, il décline une offre d’emploi aux Etats-Unis après un stage, pour créer sa société de formation en France. « Lors d’un échange universitaire en MBA à la Tuck School of Business, j’ai suivi un cours d’entrepreneuriat. C’est ce qui m’a poussé à concrétiser mon projet de création d’entreprise. J’ai lancé AlumnEye en mars 2012, explique l’entrepreneur de 24 ans. Les mastères en finance sont face à un défi : le placement de leurs étudiants. Les banques d’investissement ont réduit la voilure, et le 'brand name' du diplôme ne suffit plus pour être assuré d’avoir une offre de stage. » Sa formation, qui est divisée en plusieurs formules par types de métiers (M&A, finance de marché, conseil en stratégie), vise notamment les candidats aux graduate programs et summer interships, des stages très demandés que proposent notamment les grandes banques anglo-saxonnes. « Il y a entre autres de nombreuses questions très spécifiques auxquelles les étudiants ne sont pas préparés comme les 'brainteasers' (problèmes de logique, NDLR) et les test numériques en ligne, souligne Michael Ohana qui précise avoir formé plus de 175 étudiants. J’ai même eu une demande de formation de la part d’une personne expérimentée de 29 ans ! » « Les 'graduate programs' et 'summer interships' constituent la voie royale pour être recruté mais ce sont des procédures de recrutement très spécifiques, et il faut s’y prendre très tôt », fait remarquer Nicolas Dumoulin, président de Stratéfi 203, l’association du master 203 de l’université Paris Dauphine. Tous les ans à la mi-octobre (justement pendant la période de candidature aux graduates et internships), le master 203 organise un voyage d’une semaine à Londres pour aller à la rencontre de professionnels au sein de banques anglo-saxonnes.

Au sein des écoles, c’est le branle-bas de combat pour « coacher » les étudiants en vue des entretiens pour leurs stages de fin de mastère. « On met le paquet, insiste Philippe Thomas qui, à l’ESCP Europe, propose un séminaire de rentrée « Jobs in finance », un atelier « CV » et des simulations d’entretien avec un consultant extérieur. Ils peuvent aussi être parrainés par des anciens du mastère. » « Les recruteurs veulent des compétences techniques et opérationnelles mais aussi de la personnalité », note de son côté Myriam Lyagoubi, responsable du mastère ingénierie financière de l’EM Lyon, où intervient auprès des élèves une professionnelle du M&A diplômée en développement personnel. « Les banques ont des attentes fortes sur le comportement et l’attitude, confirme Eric Vernier, responsable du mastère analyse financière internationale à Reims Management School. A 22 ou 23 ans, cela peut poser des problèmes car c’est tout neuf et, surtout, ils n’ont pas confiance en eux. » Antoine Degardin, lui, a dépassé ce stade. A 26 ans, il est en volontariat international d’entreprise à New York dans une banque française. « A Reims Management School, une cellule dirigée par un ancien chasseur de têtes aide à réaliser les CV et lettres de motivation en français et en anglais, se présenter en entretien, avoir la capacité à réagir aux questions-pièges, énumère-t-il. Cette cellule m’a été très utile car maîtriser les éléments techniques purement financiers ne suffit pas. » En stage dans une société de gestion parisienne, Christophe Coz a aussi bénéficié de l’appui de ce service. « J’ai passé une journée entière à travailler mon CV et à faire des simulations d’entretien avec un spécialiste, et j’ai vu la différence. Après, il faut que le recruteur la voie également. L’entretien, c’est 'le' moment où il faut se différencier par rapport à tous les autres candidats », conclut le stagiaire de 23 ans.

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