Du stage à l’embauche, rien n’est joué !

le 16/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Pour trouver un emploi dans la finance, mieux vaut être stagiaire à l’étranger qu’en France, où la donne a changé.

Du stage à l’embauche, rien n’est joué !

A quelques semaines de l’obtention de leur diplôme, les étudiants des formations en finance se projettent déjà sur l’étape suivante : leur entrée sur le marché de l’emploi. Mais avant de signer un premier contrat, il leur faut d’abord passer par la case « stage ». Si la crise est toujours là et pèse sur les plans de recrutements des établissements financiers, les stages, eux, semblent échapper à cette morosité. « Cette année, la situation s’est nettement améliorée, observe Elyès Jouini, directeur du master 222 gestion d’actifs de Paris Dauphine. Contrairement à la promotion 2010-2011, et dans une moindre mesure à la promotion 2011-2012, les étudiants n'ont rencontré aucun problème pour trouver leur stage en alternance. » Même constat à l’Essec où Michel Baroni, responsable pédagogique du mastère spécialisé techniques financières, explique que « même si les recherches se révèlent plus longues qu’avant 2007, tous nos étudiants ont réussi cette année à trouver de bons stages sans réelles difficultés ». Futur diplômé du mastère spécialisé finance de marché de l’EM Lyon, Amine Fennane n’a mis que quatre semaines pour obtenir son stage de fin d’études au CIC à Paris, au sein du département du risque. « J’ai commencé mes recherches dès novembre en ciblant les offres concernant le 'trading' et le 'risk management' dans les grandes banques françaises et étrangères implantées en France et à Londres, raconte cet ingénieur de formation diplômé de Télécom Saint-Etienne. A la suite d' une candidature spontanée sur le site internet du CIC, le département du risque m’a appelé le soir même. Après une série de tests et d’entretiens, ils m’ont proposé un stage de six mois. » Etudiante du master of science « Financial markets and investments » de Skema Business School, Marion Juric a elle aussi décroché son stage avec facilité. Ce mois de mai, elle a intégré la banque privée du Crédit du Nord pour y assister durant six mois le chef des produits structurés. « Comme je voulais une mission qui corresponde vraiment à mes attentes, j’ai pris tout mon temps, relate-t-elle. Je me suis concentrée uniquement sur des offres d’assistant sales en BFI (banque de financement et d’investissement, NDLR), et sur des missions en gestion d’actifs et en banque privée. » Après avoir envoyé près de 150 candidatures à des annonces publiées sur le career center de Skema Business School ou sur le site d’eFinancialCareers, elle a sélectionné les dix stages qui l’intéressaient le plus. « J’ai retenu les cinq propositions les plus séduisantes pour passer des entretiens. Finalement, j’ai choisi celle que me proposait le Crédit du Nord parce qu’elle me permet de découvrir un nouveau métier. J’ai en effet déjà travaillé comme assistante 'sales' chez Crédit Agricole CIB pendant mon année de césure à Skema Business School. »

Des banques qui ont changé

Mais cette dynamique autour des stages en cache une autre, moins positive : les recruteurs ne considèrent plus cette période d’apprentissage comme du pré-recrutement. Comme la plupart de ses camarades, Jérémie Mrejen, actuellement en master 2 recherche finance de marché à la Sorbonne, le sait. « J’ai passé au total huit entretiens pour des stages, et jusqu'à présent, personne ne me les a présentés sous cet angle. » Amine Fennane, lui, a eu plus de chance car si tout se passe bien, il sera recruté au CIC. « Lors de l'entretien, mon interlocuteur m'a précisé qu’il s’agissait bien d’une forme de pré-embauche. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’a incité à accepter sa proposition, la principale étant que le 'risk management' correspond à mon projet professionnel initial. Lorsque l’on connaît l’état du marché de l’emploi, avec très peu de postes pour beaucoup de concurrence, j’ai eu de la chance. Le fait d’avoir la double compétence ingénieur et finance m’a aussi servi car ce profil est recherché actuellement. » Les responsables des formations portent un regard lucide sur le marché de l’emploi qui attend leurs futurs diplômés. « Avant la crise, 80 % de nos étudiants étaient placés à la sortie du programme, les autres dans les trois mois, confie Elyès Jouini. L’an passé, la moitié de nos diplômés ont trouvé un emploi à la sortie de la formation, 80 % dans les trois mois. Les autres ont choisi de prolonger leur stage ou leurs études. » De fait, les entreprises financières ont beaucoup changé ces dernières années, sous l’effet des réorganisations et des réductions d’effectifs. Du côté des salles de marché, les BFI françaises ont de longue date fermé leurs portes. « Cela a contraint nos étudiants à changer leur fusil d’épaule, constate Michel Baroni. Aujourd’hui, ceux qui s'orientent vers les métiers de la finance 'corporate' sont plus nombreux que ceux qui décident de tenter leur chance dans la finance de marché, alors qu’autrefois, c’était l'inverse. »

Malgré ce contexte, beaucoup d’étudiants sont déterminés à intégrer des salles de marché. C’est le cas de Jérémie Mrejen qui, pour y arriver, cible un domaine bien précis. « Je concentre mes recherches en priorité sur la structuration car la modélisation des produits financiers est une activité qui m’attire. Elle nécessite beaucoup de réflexion, de solides connaissances en finance et certaines compétences en mathématiques. » Pour atteindre son objectif qui était de rejoindre le summer ou le graduate program (stages longs au cours desquels les jeunes découvrent plusieurs métiers) d’une grande banque internationale sur les activités de marché, un étudiant du mastère spécialisé finance de l’ESCP, qui préfère garder l’anonymat, a choisi de postuler uniquement auprès des dix plus grandes banques mondiales. Après avoir franchi avec succès les différentes étapes de la candidature sur internet, il est finalement invité par Goldman Sachs, Morgan Stanley, Credit Suisse et Commerzbank au cocktail que ces banques organisent tous les ans dans de grands hôtels parisiens afin de rencontrer les candidats qu’elles ont présélectionnés. « A l’issue de ces événements, rapporte-t-il, j’ai été convié par deux de ces établissements à Londres pour participer à un 'assessment center'. Ces journées ont été très denses et la sélection redoutable puisque la moitié des candidats présents a été éliminée à l’issue des entretiens de personnalité et de motivation du matin. » Après une dernière série d’entretiens plus techniques l’après-midi, il apprend une double bonne nouvelle : « La première banque a accepté que je rejoigne son 'summer program', la seconde m’a recruté pour son 'graduate program'. »

L’international, une porte de salut

Comme cet étudiant, de nombreux jeunes diplômés français devraient quitter l’Hexagone pour faire leurs premiers pas dans les métiers de la finance. « Pour beaucoup de nos diplômés, l’international constituera, cette année encore plus que les années précédentes, une porte de salut, estime Michel Baroni. Il y aura assez peu d’opportunités en France. » Elyès Jouini observe le même phénomène pour ses étudiants du master 222 gestion d’actifs. « Il y a trois ans, les étudiants qui se plaçaient à l’étranger dès la sortie du master faisaient figure d’exception. Aujourd’hui, ils se positionnent d’emblée sur un marché mondial. Nous avons de plus en plus de jeunes qui partent dans les métiers de la gestion d’actifs au Luxembourg, en Suisse, dans les pays du Golfe, à Londres... » Le choix de l’expatriation n’est pas uniquement lié à la crise. Il s’explique aussi par la taille réduite de la place parisienne alors que l’essentiel des effectifs des grandes banques d’investissement est basé hors de France. « C’est donc là que les opportunités sont les plus nombreuses, souligne l’étudiant de l’ESCP qui s’apprête à boucler ses valises pour la City. Au Royaume-Uni, les recruteurs misent aussi plus volontiers sur les jeunes talents et leur formation en interne. En France, où cette culture de formation est moins répandue, je n’aurais pas pu décrocher cette opportunité dès la sortie de mon cursus. Cela aurait pris plus de temps, on m’aurait demandé de faire un stage de six mois, puis un VIE (volontariat international d’entreprise, NDLR) d’un an et demi... ». Un constat qui pourrait aussi inciter d’autres étudiants à faire leurs bagages...

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