Le sport au bureau ? J’adhère !

le 15/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Dépassement de soi, performance, respect… En adhérant au club sportif de leur entreprise, les salariés retrouvent les valeurs de leur vie professionnelle.

Illustration : Cire

L’esprit d’équipe (slogan publicitaire de Société Générale), la performance, le dépassement de soi, l’atteinte d’objectifs, le respect des règles… Le vocabulaire sportif est couramment utilisé dans les entreprises par les managers qui y voient des représentations positives pour motiver et fédérer leurs équipes. Le secteur bancaire, où la compétition est vive, ne fait pas exception. Mieux encore : les établissements dotés de clubs sportifs permettent non seulement aux salariés de pratiquer une ou plusieurs disciplines, mais aussi de s’imprégner davantage de toutes les notions qu’ils côtoient au quotidien lors de leurs réunions de travail, échanges entre collègues, rencontres avec les clients, etc.

Cohésion interne

En retrouvant dans leur activité sportive favorite les valeurs cultivées par leur entreprise, les professionnels peuvent aiguiser certaines compétences. « La voile est un sport d’équipe qui nécessite des notions de management et de ‘leadership’ car le skipper doit fédérer son équipage autour d’un même objectif », illustre Nicolas Getti, chef de projet à la direction informatique de Natixis et passionné de voile. « La course à pied, c’est une école de rigueur, complète Thierry Doassans, responsable des systèmes d’information RH de LCL, qui a découvert cette discipline il y a trois ans après un accident de moto. Pour obtenir des résultats, il faut suivre un programme d’entraînement adapté à ses objectifs et surveiller de près son alimentation. Au travail, c’est la même chose. Pour être performant, il faut se donner les moyens et être rigoureux. » Au-delà du résultat sportif, les compétitions inter et intra-entreprises constituent aussi un levier très efficace de cohésion interne, comme l’explique Bernard Jean-dit-Talon, président de l’Association nationale des sports du Crédit Agricole Mutuel (Anscam) : « L’un des objectifs de l’Anscam est d’utiliser le sport comme un outil d’intégration. Dès qu’un jeune rejoint le groupe ou qu’un collaborateur est muté dans une nouvelle région, on s’arrange toujours pour qu’un membre du club sportif local leur présente la structure. » Par ailleurs, le fait de pratiquer un sport aux couleurs de son entreprise renforce le sentiment d’appartenance. « La création de Natixis est le fruit de quatre fusions, rappelle Nicolas Getti. Au départ, nous avions un peu de mal à nous identifier à l’entreprise. Mais depuis un ou deux ans, les choses ont changé et je suis persuadé que le sport a contribué à fédérer les équipes. » « En ce qui me concerne, je suis très fier de porter les couleurs jaunes et vertes du club CACL (Crédit Agricole Crédit Lyonnais, NDLR), poursuit Thierry Doassans. Je suis même un peu frustré que mon appartenance au groupe Crédit Agricole ne soit pas affichée de manière plus explicite ! » Et lorsque, au cours d’un marathon, ce salarié de LCL se retrouve aux côtés de coureurs de BNP Paribas ou Société Générale, sa motivation est d’autant plus grande : « C’est une course dans la course. Dès que l’on a la possibilité d’en dépasser un, on le fait avec une certaine délectation, et vice-versa ! »

Attrait économique

Les clubs sportifs d’entreprise sont loin d’être nouveaux dans les banques. Chez LCL, la création de la première association sportive remonte à 1900, et aujourd’hui, le CACL revendique 1.800 adhérents actifs en Ile-de-France. Chez BNP Paribas, les chiffres sont encore plus éloquents puisque l’amicale sportive et culturelle du groupe créée après la Seconde Guerre mondiale revendique 24.000 adhérents, retraités et apparentés compris. Football, handball, rugby, golf, athlétisme, tennis, voile…, la palette des sports proposés par ces associations est vaste. Et les prix pratiqués défient toute concurrence. « Nos membres payent une adhésion de 10 euros, à laquelle vient s’ajouter une cotisation de 30 à 60 euros par an, indique Nadine Villani, responsable des sports chez Natixis, détachée par la DRH au comité d’établissement. Pour ce prix, les membres de la section tennis peuvent réserver un court autant de fois qu’ils le souhaitent, mais aussi prendre des leçons hebdomadaires avec un professeur et participer aux championnats par équipes. » Pour bénéficier des mêmes services dans un club privé, le budget annuel s’élève facilement à plus de 1.000 euros…

Pour Thierry Doassans, l’attrait économique est le facteur déterminant pour le succès du sport en entreprise. « En course à pied, un dossard coûte entre 20 et 70 euros. Participer à une douzaine de compétitions par an représente un budget conséquent avec les frais de déplacement et d’hébergement. La prise en charge par le club CACL de l’essentiel de ces coûts pour les principales courses classiques nationales est donc tout à fait essentielle pour assouvir notre passion. » Nicolas Getti a, lui, rejoint la section voile de l’Union Sportive Natixis dès son arrivée dans l’entreprise en 2001. « Nous naviguons entre trois et cinq week-ends par an au Deauville Yacht Club qui a signé avec l’association un accord de mise à disposition de ses bateaux. Ceux qui le désirent peuvent également s’entraîner pour préparer les régates que nous courons dans la Baie de Seine. Nous avons également envoyé pour la première fois l’année dernière huit équipages au challenge voile organisé par BPCE, le meilleur de nos bateaux terminant 4esur 28. » Lors de tous ces déplacements, les membres de la section assument financièrement le voyage, la nourriture et l’hébergement. Tout ce qui concerne la voile est entièrement pris en charge par le club. Afin de pouvoir utiliser des infrastructures sportives, les associations s’appuient sur des partenariats avec des structures privées ou publiques de proximité. « Le siège de notre comité d’établissement étant basé à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne), nous avons signé un accord avec la municipalité qui nous donne accès aux terrains de football, aux gymnases et à la fosse pour la plongée, détaille Nadine Villani. Pour le tennis, nous louons trois terrains à l’année au Forest Hill d’Ivry tous les mercredis de 19h à 22h. » Pour courir, Thierry Doassans se rend, lui, au bois de Vincennes où ses collègues le rejoignent le soir ou le week-end. Des moments où la frontière entre vie privée et professionnelle s’efface au profit du partage d’une même passion. « Au club, je côtoie des collègues de tous les horizons et de tous les âges. Nous avons dans la section des champions de France, mais aussi des retraités de 70 ans en pleine forme !, note le responsable de LCL. Pour cultiver l’esprit d’équipe, nous essayons de partager des moments agréables en dehors du travail. Par exemple, avant le semi-marathon de Fontainebleau en mai dernier, tous les coureurs du club se sont retrouvés pour un week-end dans un château que le comité d’établissement possède à proximité. »

Compétitions

Evidemment, la convivialité n’empêche pas d’avoir un sens aigu de la compétition. Ces salariés s’illustrent donc régulièrement dans les différentes épreuves auxquelles ils participent. Lors du dernier marathon d’Istanbul, le premier Français était un coureur de Natixis, André Blavette, responsable support back-office à la direction des systèmes d’information achats logistique. Dans un autre registre, une des équipes de football de BNP Paribas a terminé deuxième du groupe B du championnat national de la Fédération française du sport d’entreprise, l’équivalent de la ligue 1 pour le football d’entreprise. Cet esprit compétitif transparaît aussi dans les épreuves internes organisées par les associations sportives. « Au sein du groupe BNP Paribas, c’est même une marque de fabrique, souligne Gilbert Coulombel, président de l’Amicale sportive et culturelle de la banque de la rue d’Antin. Plutôt que la participation aux championnats interentreprises, nous privilégions l’organisation de championnats nationaux BNP Paribas qui réunissent chaque année 500 équipes dans onze disciplines. » L’Anscam organise elle aussi chaque année ses propres championnats de France dans 23 disciplines qui mobilisent plus de 1.500 compétiteurs. Mais le temps fort du calendrier sportif du groupe reste sans conteste les Jeux omnisports du Crédit Agricole (les « Joca ») qui se déroulent tous les trois ans. « Lors de la dernière édition à Vichy en 2010, nous avons réuni pendant quatre jours plus de 3.000 participants, ce qui fait des Joca la plus grande manifestation du sport d’entreprise en France », se félicite Bernard Jean-dit-Talon. Rendez-vous en 2013 à Fréjus pour les prochains « Joca » de la banque verte.

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