Dossier MBA

Des révélateurs de compétences

le 23/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Accélératrices de carrières, ces formations peuvent aussi susciter des vocations de chefs d'entreprise.

Séance de cours à l’Insead. Photo : Insead

Les MBA (masters of business administration) n’attirent plus uniquement les cadres désireux de grimper les échelons dans l’organigramme de leur entreprise. Dans un marché de l’emploi morose en France comme sur d’autres places internationales, ces programmes perçus comme des accélérateurs de carrières sont aussi prisés des cadres qui mûrissent l’idée de créer et de développer leur propre entreprise ou activité. « C’est une réalité ! déclare Peter Zemsky, doyen des programmes diplômants et curriculum de l’Insead, seule école française à figurer dans le peloton de tête - au sixième rang en 2012 - du classement réalisé chaque année par le Financial Times (voir le tableau). Les candidats aux MBA montrent de façon générale un intérêt croissant pour l’entrepreneuriat. Parmi les cours électifs que choisissent nos étudiants, plus de 25 % sont liés à ce sujet. Ils nourrissent une envie forte de diriger un jour leur propre société. »

Même les participants de l’European Executive MBA (EMBA) de l’ESCP Europe, différents de ceux d’un MBA car il s’agit de cadres plus âgés et identifiés parfois comme de « hauts potentiels » dans leur entreprise (qui finance alors leur EMBA pour les faire évoluer), montrent de l'intérêt pour les thèmes liés à la création d’entreprise. « Nos cours électifs sur l’entrepreneuriat connaissent un certain succès, indique Frédéric Fréry, responsable de l’European EMBA de l’ESCP Europe. Par ailleurs, lorsque nos étudiants travaillent en petits groupes sur 'l’international consulting project' qu’ils doivent réaliser au cours des dix-huit mois du programme, beaucoup choisissent un sujet de création d’entreprise. Et parfois les projets se concrétisent, des sociétés naissent ! » Si ces formations suscitent chez certains participants des vocations de futurs chefs d’entreprise, c’est parce que leur contenu répond aux attentes d’entrepreneurs. « Un MBA vise à offrir un bagage solide dans plusieurs domaines : la finance, la comptabilité, le marketing, etc., fait remarquer Peter Zemsky. Ce sont des disciplines qu’il faut maîtriser lorsque l’on veut diriger une nouvelle activité. »

Exhaustivité

Et si les MBA anglo-saxons de Harvard ou de la London Business School font rêver les Français, les MBA des écoles de commerce tricolores n’ont pas de mal à capter des Anglo-Saxons. Avocat d’affaires durant plusieurs années à Londres et en Amérique latine, Adrian Calvert a 33 ans en 2005 lorsqu’il entreprend le MBA de l’Insead. A 37 ans, il vient de créer à Londres WindRose Capital, une société de capital-investissement spécialisée dans l’énergie et les infrastructures : « J’avais déjà lancé une précédente société de capital-investissement lorsque j’ai suivi ce MBA. J’avais besoin de me doter d’une solide base de compétences, à la fois diverses et techniques, pour m’aider à la développer. Ce que j’ai appris, en marketing notamment, m’a beaucoup apporté pour positionner mon activité de services et même recruter des professionnels. » De nationalité américaine, Peter Levant a, lui, effectué un beau parcours dans la finance aux Etats-Unis (Dean Witter Reynolds, Morgan Stanley), puis de dirigeant d’une société de recherche et d’analyse financière avant de rejoindre le MBA de l’Edhec à Nice en 2006. « J’avais déjà mon entreprise Northern Advisors mais elle était petite et je voulais la faire grandir. J’ai donc pensé à un MBA et en visitant le campus de l’Edhec, j’ai été impressionné, raconte ce spécialiste des marchés financiers. Le MBA m’a appris à segmenter les fonctions au sein de ma structure (comptabilité, marketing, stratégie, etc.). Aujourd’hui, je les connais bien et je sais mieux comment demander et obtenir (en interne comme à l’extérieur) ce dont j’ai besoin pour mon activité. En outre, comme les travaux du MBA sont très souvent menés en équipe, on apprend aussi à conduire des projets à plusieurs, comme cela se fait dans une petite entreprise. »

L’autre point fort de ces programmes consiste en leur capacité à révéler les aptitudes des participants venus justement pour une remise à plat de leur carrière et de leurs compétences. Après avoir passé plus de dix ans à Londres chez Citigroup, Bruno Chataigner éprouve « le besoin de prendre du recul. Je voulais préparer la prochaine étape de ma carrière. J’ai donc cherché un EMBA qui me correspondait sur le plan académique, avec une ouverture sur l’Europe et l’Asie ». En 2007, il quitte Citigroup pour Natixis à Paris où il utilise ses congés pour suivre les cours de l’EMBA de l’Essec (qu’il finance lui-même). « Je me suis lancé avec une idée, et j’ai fini avec des idées », commente le banquier qui a été diplômé en 2009. Il porte aujourd’hui « trois casquettes » : chargé de stratégie dans le métier de cash management de Natixis, chercheur en innovations dans les services bancaires (avec deux universités étrangères) et coach professionnel (certifié) au sein de l’Erikson College France. Récente, cette dernière activité est éloignée de son parcours professionnel. « Avant l’EMBA, je n’avais pas de volonté de faire du coaching, puis c’est devenu une évidence, j’en ai pris conscience avec cette formation, explique ce cadre de 44 ans. Sans cet apprentissage, je ne me serais pas investi dans toutes ces activités. »

Des contacts étendus

L’EMBA de l’ESCP Europe qu’il décroche en 2004 produit le même effet révélateur sur Laurent Sachs, ancien cadre de la finance qui a fondé l’an dernier L.T. Sachs, une firme de capital-risque basée à Paris. « Il m’a fallu un peu de temps après ce programme pour avoir le courage de créer ma société, confie ce capital-risqueur de 51 ans. Je suis encore en phase de démarrage mais j’ai plusieurs starts-up dans mon portefeuille. L’EMBA m’a permis de faire éclater mon écorce, de repousser mes limites. C’est un lieu où se confrontent en permanence un corps professoral de qualité et une promotion d’élèves autour de cours de 'savoir-être', de partage d’expériences, de mises en situation… » Lui aussi s’est lancé tout récemment dans le coaching en suivant une formation à l’école International Mozaik : « Mon activité chez L.T. Sachs avec des entrepreneurs nourrit mes missions de coaching. J’accompagne actuellement plusieurs dirigeants. » L’expérience d’un MBA est aussi un excellent levier pour étendre ses contacts. Ainsi, le réseau d’alumni (les anciens élèves) de l’ESCP Europe affiche 40.000 membres dans le monde tous diplômes confondus, dont 2.500 sont issus de l’EMBA. Diplômé du MBA de l’Insead en 2005 après avoir été avocat d’affaires, Daniel Oliver crée, quatre ans plus tard, Myrmikan Capital, un hedge fund basé à New York. Le temps n’a pas rompu les liens avec ses anciens partenaires de promotion. « Je me suis lié à des personnes qui viennent de divers pays et exercent aujourd’hui dans la finance, précise ce financier de 38 ans. Lorsque j’ai des questions - par exemple sur le marché de l’or que je suis de près pour mes investissements -, je les appelle. Nous avons vécu ensemble ce MBA à l’Insead, c’est plus qu’avoir simplement échangé des cartes de visite ! » « Je pense recourir davantage au réseau d’anciens élèves de l’Edhec car j’ai entendu dire de personnes qui l’ont utilisé qu’il fonctionne bien », confie de son côté Peter Levant. Son profil sur le réseau social professionnel Linkedin affiche d’ailleurs une recommandation très enthousiaste… d’un de ses anciens camarades de l’Edhec.

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