Dossier MBA

Les programmes les plus prestigieux sont des accélérateurs de carrière

le 31/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Grâce à leurs réseaux, ces diplômes sont un tremplin pour des postes à responsabilités ou des fonctions stratégiques.

Avancement de carrière, développement des compétences, ouverture à un réseau (souvent international)…, tels sont les bénéfices couramment invoqués par les professionnels de la finance qui font le pari d’un MBA (master of business administration), ce programme coûteux (voir le tableau page 29) né aux Etats-Unis, plutôt prisé dans les grands établissements financiers. « La plus belle expérience de mon parcours professionnel !, considère Serge Savasta, responsable des énergies renouvelables chez Crédit Agricole Private Equity, diplômé du MBA de HEC, classé au 18e rang par le Financial Times en 2011. Ce que j’en retire en priorité ? La confiance en soi, l’envie d’oser. Auparavant, je travaillais au Crédit Agricole mais je n’aurais jamais osé postuler dans le capital-investissement, un métier d’experts où les places sont chères. Les seize mois de la formation à temps plein m’ont permis de prendre du recul sur mon parcours. J’ai réalisé que j’avais un goût profond pour la finance d’entreprise, plus que pour la finance de marché. Ingénieur de formation, je me sentais parfois en difficulté par rapport aux aspects liés au management. Le MBA m’a aussi donné des outils pour être plus à l’aise, par exemple dans l’animation d’équipes. »

Enrichissement intellectuel

Comme toute reprise d’études, un MBA fournit d’abord une occasion de se nourrir intellectuellement, dans un environnement plus international que dans n’importe quel autre programme d’enseignement supérieur. En particulier sur les campus quatre étoiles des prestigieuses universités américaines de Wharton, de Harvard, de Stanford ou du MIT (Massachusetts Institute of Technology), où se côtoient étudiants issus de diverses nationalités, professeurs émérites et prix Nobel. « Mon MBA a d’abord été une source d’enrichissement intellectuel, témoigne Fabien Favreau, responsable de l’actuariat vie chez Maaf à Niort, diplômé du MBA d’Audencia à Nantes. Ce n’est pas une révolution, mais j’ai le sentiment d’avoir une approche plus globale de l’entreprise. J’ai acquis des compétences en management, de l’aisance lorsque je suis amené à intervenir devant les membres du directoire. » « Après trois ans passés chez Goldman Sachs à Londres et auparavant chez BNP Paribas, et en pleine crise financière, alors que Goldman réduisait ses effectifs, j’en ai profité pour faire une pause, raconte Gautier Rousseau, investment manager chez Activa Capital, diplômé de l’Insead, le MBA français le mieux classé, au quatrième rang mondial en 2011. Le MBA reste une formation généraliste qui permet de s’intéresser à plusieurs domaines : du marketing au management, en passant par le 'supply chain' (chaîne logistique, NDLR) et la finance. Les participants viennent d’horizons professionnels et géographiques très variés, ce qui rend les échanges très riches, et le corps professoral est de très bon niveau. »

Une pause MBA dans l’emploi du temps chargé des cadres de la finance peut s’avérer être un tremplin à moyen terme vers des postes de direction ou des fonctions stratégiques. Généralement, un diplômé peut espérer un retour sur investissement trois ans après la fin du programme. Au sein des grandes banques, mais aussi dans le conseil et l’audit et les fonds d’investissement, il est de bon ton de brandir un MBA pour intégrer le club fermé des décideurs.

Référentiels de management reconnus partout dans le monde, ces diplômes peuvent aussi faciliter les expériences à l’international. Selon l’Insead, 86 % des diplômés de 2009 ont trouvé un emploi trois mois après la fin de leur MBA, dont 17 % dans la finance et 39 % dans le conseil. Nombreux sont ceux qui ont étoffé les rangs de McKinsey & Company, Boston Consulting Group, Bain & Company, AT Kearney, mais aussi Barclays, Goldman Sachs, Credit Suisse, Morgan Stanley… Plus de la moitié s’expatrient, 60 % changent de fonction et un tiers de secteur.

Toujours en 2009, au creux de la vague, le salaire médian de ceux qui s’orientaient dans la finance s’élevait à 71.200 euros, contre 89.000 euros dans le capital-investissement. « Le MBA m’a clairement permis un changement de carrière, témoigne Gautier Rousseau. Dans le secteur du capital-investissement, les MBA font la différence auprès des recruteurs et des souscripteurs. » Les retombées en termes de progression salariale peuvent aussi être rapides, sans pour autant être systématiques.

Attention donc aux désillusions. En particulier, il y a un monde entre le « Top » 10 des MBA de renommée mondiale et les MBA plus ancrés sur leur territoire régional qui, même s’ils sont d’un bon niveau académique, n’ont pas tout à fait le même retentissement sur une carrière. Franck Noiret, directeur associé chez CDC Innovation, diplômé de Wharton en 1995 et par ailleurs ancien président du Club des anciens à Paris (lire l'entretien page 30), se félicite d’avoir triplé son salaire entre le début et la fin de son MBA. Pour sa part, Serge Savasta considère que son « MBA a été un accélérateur de carrière, le retour sur investissement a été réalisé dans les deux à trois ans qui suivaient ».

Fabien Favreau, diplômé depuis maintenant six mois, n’a pas encore connu d’évolution professionnelle, ni d’augmentation de salaire. Tout comme Philippe Trolez, directeur juridique chez Crédit Agricole Private Equity, diplômé de l’executive MBA de HEC depuis juin 2010 : « Idéalement, je souhaiterais évoluer vers un poste plus transversal dans la filiale ou dans le groupe. Mais d’ores et déjà, le MBA est une formation complémentaire qui m’a apporté une vision plus globale de l’entreprise. Cette formation me permet d’appréhender les dossiers avec un angle de vue plus large. Je comprends mieux par exemple certaines contraintes stratégiques et opérationnelles. J’ai l’impression aujourd’hui de parler le même langage que nos partenaires, notamment dirigeants d’entreprise. Quand on fait du capital-investissement, comprendre le fonctionnement de l’entreprise permet de mieux s’adapter aux contraintes des dirigeants et de leur apporter une solution plus facilement. »

Des relations fortes

L’autre force de frappe des MBA tient en un mot : le réseau. Surtout pour ceux affiliés aux plus prestigieuses business schools anglo-saxonnes, où les chiffres évoquant la taille des réseaux d’anciens donnent le vertige. La London Business School compte ainsi plus de 30.000 anciens, Wharton en affiche 90.000 et à Harvard, près de 600 employés sont dédiés à la gestion du réseau réunissant près de… 300.000 anciens ! Accéder à l’annuaire de la plus ancienne université américaine permet d’ouvrir des portes.

Et pas n’importe lesquelles. Disséminés aux quatre coins de la planète, les anciens étudiants de ces MBA se trouvent souvent dans les équipes dirigeantes de grandes entreprises. Ce qui, pour un banquier, est évidemment loin d’être négligeable. Besoin d’informations sur une entreprise ? Besoin de conseils pour une opération ? Il y aura toujours un ancien pour apporter son aide. Et surtout, il y en aura toujours un pour glisser le CV d’un camarade. « Un des bénéfices du MBA réside dans la richesse humaine des hommes et du réseau, confirme Gautier Rousseau. J’ai créé des relations fortes avec ma promotion, les associations d’anciens demeurent assez actives. Lorsque j’étais président du club 'private equity' de l’Insead, nous rencontrions régulièrement des anciens qui prenaient le temps de nous expliquer leur métier, leurs activités. Aujourd’hui, je passe facilement par le réseau pour avoir des informations sur des marchés, des entreprises ou plus généralement des conseils professionnels. »

Serge Savasta en a déjà fait l’expérience : « A l’issue de mon MBA, les hasards de la vie ont fait que je suis finalement revenu au Crédit Agricole. Mais jamais un ancien du MBA de HEC n’a refusé de me rencontrer lorsque je cherchais un emploi. » De quoi convaincre de leur pertinence et de leur efficacité les plus récalcitrants à ces programmes.

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