Un homme, une équipe

Pierre-Antoine de Selancy réinvente le private equity secondaire

le 27/06/2013 L'AGEFI Hebdo

Chez 17Capital, son duo avec Augustin Duhamel a élaboré un mode de refinancement unique pour les investisseurs en non-coté.

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nFrance, on n’a pas de pétrole mais on a des idées. » Celle-là, ingénieuse en matière de refinancement de private equity, n’a pas été recopiée, sans doute du fait de la conjoncture, depuis que Pierre-Antoine de Selancy et Augustin Duhamel ont cofondé 17Capital en 2008. A ce moment-là, le premier a quinze ans d’expérience dans le private equity, dont dix en secondaire. Comme son collègue, Augustin Duhamel a débuté chez Paribas à Hong Kong, où ils se sont donc rencontrés en 1995, mais en financements structurés, avant de faire du conseil en management/restructuration (AT Kearney, Deloitte), puis du commerce d’art… jusqu’en 2007 quand son ami lui demande de l’aider à concrétiser une idée pour le marché secondaire. Ce segment consiste à racheter des parts de fonds ou des portefeuilles de participations à des investisseurs institutionnels en quête de liquidité, sachant que les fonds de private equity sont souvent fermés pour dix ans au moins. « Dans le secondaire, il existait, comme dans le 'private equity' direct, de l’investissement en fonds propres et du financement par la dette, mais rien entre les deux qui ressemble à du financement hybride », rappelle Pierre-Antoine de Selancy.

L'idée devient alors d'apporter de nouveaux financements sans que l'investisseur historique se désengage à 100 %. Une stratégie se précise autour de l’utilisation d’actions de préférence, afin de ne pas alourdir le passif des investisseurs sortants, qui restent ainsi en partie actionnaires des fonds ou portefeuilles ciblés, et continuent à profiter du potentiel de création de valeur sur leur investissement. « Cette logique de co-investissement est importante pour avoir des intérêts alignés avec les investisseurs initiaux : partager l’actionnariat tout en leur laissant l’essentiel de la plus-value future permet de s’assurer de la qualité des sous-jacents », ajoute Augustin Duhamel. La documentation prévoit une priorité « systématique » pour 17Capital sur les distributions provenant de la cession des actifs et de dividendes, en échange d’une moindre participation à la plus-value.

Actions de préférence

Début 2008, les deux cofondateurs installent donc leur start-up indépendante directement à Londres, « dans le but de recruter une équipe internationale, compétente et stable », avant un premier closing en juillet à hauteur de 23 millions d’euros levés notamment auprès de deux institutionnels, AGF Private Equity et Alpha Associates. Un closing signé avant même d'avoir un premier projet d'investissement, ce qu’ils ne regretteront pas vu la suite des événements cette année-là… Le closing final de 17Capital Fund interviendra en mai 2010 à hauteur de 88 millions.

Entre-temps, l’équipe a bouclé un deal emblématique de sa stratégie : au printemps 2009, Apax France cherche à augmenter de 30 millions d’euros la capacité d’investissement de son véhicule coté Altamir Amboise (300 millions d’euros à l’époque) sans endettement ni augmentation de capital ou vente des meilleurs actifs. Altamir Amboise a donc apporté dans un véhicule intermédiaire une part des titres qu’il détenait dans quatre sociétés non cotées (Faceo, InfoPro, Prosodie, Vedici) pour une valeur de 96 millions d’euros donnant droit à 66 millions de parts « ordinaires », plus 30 millions de parts « prioritaires » aussitôt rachetées par 17Capital (avec des co-investisseurs). « Cela reste du risque 'equity', mais pour nous avec une moindre subordination, et pour le gérant (ici Apax) la possibilité de céder les sociétés en portefeuille au moment opportun », développe Augustin Duhamel. « Avec une logique de dette en termes économiques », ajoute Robert de Corainville, directeur d’investissement, les actions « prioritaires » étant rémunérées sous forme d’intérêts capitalisés (7 % à 13 %) remboursables comme le principal au fur et à mesure des cessions d’actifs. La valeur de ces derniers, qui servent de garantie, représente en général entre 1,5 et 3 fois l’investissement de 17Capital.

« Ce montage peut se décliner sur mesure dans de nombreux cas, que les investisseurs en non-coté n’imaginent souvent même pas, note Augustin Duhamel. La seule condition : avoir au minimum quatre sociétés sous-jacentes pour diversifier les risques. » Dans l’opération Altamir, 17Capital « accélérait » la liquidité du fonds pour le compte d’un investisseur (cash-out) : « C’est une tendance forte : les investisseurs cherchent aujourd’hui à réallouer leur portefeuille vers d’autres fonds, secteurs ou géographies, si possible sans céder leurs premiers investissements dans l’urgence, c'est-à-dire avec de fortes décotes », expose Pierre-Antoine de Selancy. Autre cas de figure : l’équipe peut intervenir aux côtés d’investisseurs momentanément à court de liquidités en apportant du capital supplémentaire (« cash-in »), comme en 2010 pour ce fonds de fonds américain obligé de répondre aux appels de ses fonds de LBO (leveraged buy-out) les plus récents sans avoir encore reçu assez de distributions des plus anciens.

Enfin, l’équipe peut aussi apporter du financement et co-investir avec des acheteurs secondaires pour leur permettre d’augmenter leur taille de transaction et d’améliorer leur performance. Dans ce genre de cas, l’investisseur d’origine cède l’intégralité de son portefeuille.

Retours rapides

17Capital se distingue des autres fonds de secondaires par une sélection très stricte des dossiers liée à ses critères d’investissement : à la fois la qualité du gérant et des sous-jacents, ainsi que la structure de la transaction elle-même. « Nos retours sont aussi plus prévisibles, grâce aux intérêts capitalisés fixés à l’avance, conjugués à une participation sur la plus-value finale, et plus rapides, comme en témoigne la durée des fonds fixée à six ans », précise Pierre-Antoine de Selancy. Un argumentaire convaincant puisque 17Capital a bouclé en décembre son deuxième fonds à hauteur de 208 millions d'euros, en ayant déjà redistribué un tiers du premier fonds. Les investisseurs historiques, fonds de pension et assureurs nord-américains et européens, ont contribué aux trois quarts du nouveau véhicule.

Au quotidien, l’organisation passe par une équipe autonome de neuf professionnels, dont cinq investisseurs de nationalités et profils (dette/equity) différents, capables d’étudier ou d’inventer ces montages un peu partout en Europe, en général en binômes avec l’un des deux cofondateurs, notamment pour la structuration financière et pour l’origination. « Nous avons développé un outil interne de suivi du marché sophistiqué, qui permet à notre équipe d’être très soudée, transparente et surtout réactive sur ce métier du ‘secondaire’ où peu d’autres arrivent à proposer une solution en une semaine », conclut Robert de Corainville, cependant conscient que son très fort potentiel de développement apportera vite à 17Capital de nouveaux défis.

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