Le nouvel horizon des «travel managers»

le 19/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Dans le secteur de la finance, ces spécialistes des voyages voient leur action s’étendre au contrôle des coûts avec la crise.

Le nouvel horizon des «travel managers»

Souvent, le budget de voyages est le premier poste de dépenses de l’entreprise après les salaires et les achats de production», signale un spécialiste du voyage d’affaires. Pourtant, le métier de travel manager (gestionnaire de voyages) est assez nouveau dans les entreprises françaises. Il s’est structuré dans les années 90 dans les grandes entreprises telles que les établissements financiers, dont l’internationalisation a contribué à accroître les déplacements professionnels des collaborateurs. C’est en effet à partir d’un certain volume, et donc d’un budget substantiel, que la création d’un poste dédié revêt du sens.

Contrôle des coûts

Rattaché le plus souvent aux directions achats ou finances, le travel manager conduit la politique des déplacements professionnels dans une entreprise, mais négocie aussi avec les fournisseurs et les agences de voyages, met à jour les documents et procédures internes, assure le suivi des profils voyageurs, participe au choix de l’outil de réservation, des notes de frais et du reporting. Avec la crise, cette fonction prend une nouvelle dimension: «La nomination d’un ‘travel manager’ permet de travailler en profondeur sur l’optimisation des coûts et des processus», explique celui d’une grande banque. «C’est un métier qui recrute pour des raisons de contrôle des coûts au sein des entreprises», poursuit Estelle Camusard, responsable de la commission formation au sein de l’Association française des travel managers (AFTM). Et d’ajouter: «Certaines sociétés sont intéressées par la création d’un tel poste mais ne disposent pas du budget. En attendant, une personne du département achats ou des services généraux occupe cette fonction en plus de sa mission habituelle.» Dans les établissements financiers où le budget voyages se compte en dizaines de millions d’euros par an, un responsable de pôle est souvent épaulé par un travel manager et par plusieurs collaborateurs chargés du suivi des dépenses, des contrats et des projets.

Diversité des cursus

Le parcours de ces gestionnaires est de fait varié d’une entreprise à l’autre. Françoise Nègre, travel manager de BNP Paribas, possède un diplôme de troisième cycle en finance. Un chargé de voyages d’une banque française concurrente est, lui, titulaire d’une maîtrise en droit des affaires. Un autre affiche un BTS de maintenance industrielle et a exercé comme responsable du service clientèle puis logistique, avant de passer à la gestion des déplacements. Ces professionnels viennent évidemment aussi du secteur du tourisme, comme ce titulaire d’un BTS tourisme qui, après avoir été billettiste, a travaillé pour une compagnie aérienne avant de prendre cette fonction. En 1995, quelques années après son BTS action commerciale, Isabelle Granger, aujourd’hui chez Aviva, a entamé une maîtrise de sciences et gestion dans le cadre d’un Fongécif (fonds de gestion du congé individuel de formation). «La reprise de mes études m’a permis d’accéder à des postes de niveau bac+4», raconte celle qui enchaîne depuis les doubles missions, les unes visant à renouveler le parc d’ordinateurs, les secondes en tant que premier travel manager d’Aviva et de ses filiales depuis octobre 2010. «La direction m’a proposé le poste car j’ai piloté le déploiement de l’outil de réservation online en partenariat avec notre agence de voyages», précise Isabelle Granger qui est rattachée à la direction logistique. Depuis dix ans chez Allianz après avoir obtenu une maîtrise de sciences économiques à l’université Paris-Dauphine, Clarisse Vuong est pour sa part passée par le contrôle de gestion, puis la direction commerciale. C’est en 2009 qu’elle intègre la direction des achats comme acheteur/travel manager pour les 11.800 collaborateurs qui se déplacent chaque année en France et dans le monde.

Le métier est loin d’être figé. «Il n’y a pas de monotonie car les choses changent tous les jours grâce à l’innovation technologique, l’évolution de la législation, les relations avec les fournisseurs...», souligne Estelle Camusard. Le périmètre d’action s’est en outre étoffé ces dernières années jusqu’à parfois intégrer la gestion de la flotte de véhicules de l’entreprise et celle des événements. «Il est possible de mener des actions si le ‘travel manager’ est force de proposition. Il est en effet situé à la croisée des chemins, considère Clarisse Vuong. Je travaille avec les services comptabilité, informatique et pilotage pour tout ce qui touche aux statistiques, à la facturation et surtout aux décisions stratégiques. J’ai pour objectifs également d’améliorer le processus de facturation et de mettre en œuvre de nouveaux moyens de paiement.» Le déploiement d’un outil de gestion des notes de frais au niveau européen peut ainsi échoir à ces gestionnaires dont la mission est aussi d’améliorer le contrôle des dépenses. «Allianz ayant signé la charte de l’association des Acheteurs de France régissant les relations entre les grands donneurs d’ordre et les PME, je cherche des pistes pour que nos collaborateurs voyagent plus ‘vert’ », ajoute Clarisse Vuong. Ces spécialistes ont aussi pris en main les questions de sécurité et de gestion du risque pour mettre en place des procédures de conseil pour les voyageurs avant leur départ et les suivre dans leurs déplacements, a fortiori dans des pays à risque. Ils sont enfin amenés à s’intéresser aux nouvelles technologies et à l’émergence des outils de mobilité. « Nous partageons les bonnes pratiques entre nous», confie Estelle Camusard. Outre les formations de l’AFTM, les travel managers participent aux salons professionnels, colloques et présentations de produits des fournisseurs. Beaucoup assistent également aux réunions internationales de l’Association of Corporate Travel Executive, ainsi qu’aux débats de Marco Polo, un club français de réflexion sur les voyages d’affaires. «C’est un monde de réseau où l’on échange beaucoup pour comparer les politiques voyages et faire du ‘benchmark’», mentionne un autre travel manager. Une particularité à noter, le secteur banque-assurance fait la part belle aux femmes, qui gèrent les budgets voyages d’Allianz, d’Aviva, de BNP Paribas, de Groupama, de Crédit Agricole, de la Banque de France, de HSBC... «Il y a de plus en plus de femmes qui prennent des postes à responsabilités même si beaucoup de chemin reste à parcourir», estime l’une de ces responsables. «La profession est assez fortement masculinisée, surtout dans le haut de la hiérarchie, note l’un de ses homologues chez un grand assureur français. Mais les choses évoluent, notamment dans les structures de petite ou moyenne taille.»

Salaires à la hausse

La reconnaissance du métier et l’étendue des missions qui lui sont confiées poussent les rémunérations à la hausse. «Les salaires ont eu tendance à augmenter en raison de la professionnalisation de la fonction et de la prise de conscience de son importance par la direction générale, ajoute-t-il. Il n’en reste pas moins que les écarts de salaires peuvent être importants entre un chargé de voyages d’une PME et un ‘travel manager’ d’une société du CAC 40.» Les professionnels sont peu bavards sur le sujet. «C’est tabou, glisse une gestionnaire. Nous n’abordons pas cela entre nous.» Le salaire annuel d’un débutant et diplômé de bac+4 ou +5 s’élèverait à 28.000 euros brut par an. Il se situerait à 46.000 euros annuels pour une personne expérimentée et grimperait à 52.000 euros annuels si le travel manager gère une équipe, selon une étude réalisée en 2009 par l’AFTM. Malgré l’intérêt de la fonction, la question de l’évolution de carrière taraude les plus anciens. Pour ceux qui le peuvent, la prochaine étape sera d’étendre leur territoire d’opération de la France à l’Europe, voire à l’ensemble des filiales dans le monde. L’autre option peut être de filer à la concurrence. «Rejoindre une plus grande société n’est pas un objectif en soi, nuance un professionnel. Il y aura plus de volume à gérer mais il n’y aura pas de changement en termes de stratégie d’achat.» Si quelques travel managers envisagent de passer de l’autre côté du miroir en travaillant ou en se lançant dans le conseil auprès de fournisseurs, la plupart espèrent profiter de la diversité des métiers existants au sein de leur entreprise pour prendre un nouvel envol.

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