DOSSIER BONUS

Un nouveau tour de vis

le 25/04/2013 L'AGEFI Hebdo

La plupart des primes sont en baisse cette année. Le Parlement européen a décidé de les plafonner.

Source photo: Parlement européen.

Cette année encore, la saison des bonus a été morose pour les financiers parisiens. A quelques exceptions près, tous les métiers ont vu leurs primes variables versées au titre de l’année 2012 décliner, voire réduites à zéro dans certains cas, comme le montre la septième édition de l’enquête annuelle de L’Agefi Hebdo réalisée en partenariat avec les cabinets de chasse de têtes Vendôme Associés, Singer & Hamilton, Eric Salmon & Partners, et Hudson. Dans la plupart des banques de financement et d’investissement (BFI) françaises* où s’appliquent depuis maintenant trois ans les règles de la directive CRD 3 (bonus différé sur plusieurs années avec une partie en actions, clause de malus avec le « claw-back »), les « bonus pools » se réduisent.

« Chez Natixis, l’enveloppe de bonus pour les 'material risk takers' (MRT) s’est établie en 2013 à 88 millions d’euros, en baisse de 7 %, déclare Alain Delouis, DRH de Natixis. Elle avait reculé l’an dernier de 33 %. » Cette enveloppe a concerné 721 MRT (contre 749 l’an dernier) qui incluent notamment les front-offices des activités de marchés, les responsables des fonctions de contrôle (audit interne, conformité et risques), les responsables d’autres lignes métiers (notamment pour les activités de financement) ainsi que le comité de direction générale de Natixis. En outre, « au titre de l’exercice 2012, 1,5 million d’euros de bonus différés n’ont pas été versés sur la base du 'claw-back', qui consiste à ne pas payer la part différée du bonus si les conditions de performance qui l’accompagnent ne sont pas réunies », précise le DRH de la filiale du groupe BPCE.

La tendance est aussi baissière chez Crédit Agricole Corporate & Investment Bank où les bonus distribués devraient afficher une diminution de 9 %. A l’inverse, ceux de Société Générale devraient être en hausse d’environ 20 % après avoir été réduits en 2012 de 44 % à 410 millions d’euros pour 3.546 collaborateurs. « Il s’agit de faire un petit rattrapage après la chute de l’année dernière », confie un salarié de la banque de La Défense. Chez BNP Paribas, un syndicaliste indique que « 

les bonus devraient rester stables cette année, après avoir été divisés par deux l’an dernier ». En 2012, ils avaient atteints 489 millions d’euros pour 3.479 personnes concernées. Si l’encadrement des bonus est désormais bien intégré par les groupes bancaires, le périmètre des collaborateurs qu’il vise reste un sujet sensible. « C’est une spécificité française : nous avons une lecture large de la population dite 'régulée' alors que d’autres banques en Europe ont une application plus restrictive », regrette un banquier qui souhaite rester anonyme. « Le problème n’est pas la réglementation elle-même mais son application qui n’est pas homogène sur le plan géographique. De même, la définition de 'material risk takers' n’est pas forcément identique partout, pointe Alain Delouis. Cela peut constituer un handicap pour nous en termes de compétitivité par rapport à d’autres banques, notamment américaines ou asiatiques, même si nous parvenons toujours à recruter aux Etats-Unis et en Asie. » Pour rester attractives, les BFI françaises ont augmenté les salaires fixes mais cette stratégie a ses limites. « Depuis trois ans, nous avons réévalué des salaires fixes dans certains métiers spécifiques, explique le DRH de Natixis. Mais face à ce problème de compétitivité, l’augmentation généralisée des salaires fixes ne peut pas être une solution en soi car nous ne pouvons pas augmenter notre 'point mort'. »

Mise en place en 2015

Ce souci de compétitivité n’est pas près de disparaître avec le nouveau coup que viennent de porter les eurodéputés aux bonus bancaires, en décidant de les plafonner. La récente adoption par le Parlement européen de la directive CRD IV prévoit que les bonus ne pourront pas dépasser le montant total de leur salaire fixe. Ils pourront atteindre le double si la majorité des actionnaires donne son approbation. Ce plafonnement s’appliquera aux primes versées en 2015 au titre de 2014. Dans la même logique, les banquiers français « preneurs de risque » devront se soumettre au principe du « say on pay ». Fin mars, le Sénat a adopté un amendement prévoyant la consultation annuelle de l’assemblée générale des actionnaires sur les rémunérations des mandataires sociaux et des salariés « dont les activités ont une incidence significative sur le profil de risque des banques (essentiellement les 'traders') ». Un second amendement prévoit, en cas de crise bancaire, des clauses de renoncement à tout ou partie de leur rémunération variable dans leurs contrats de travail. Mais la réglementation sur ce sujet n’est pas achevée, puisque les députés européens prévoient désormais d’inclure aussi les gestionnaires d’actifs dans les règles de plafonnement des bonus dans Ucits V. Pour l’heure, les professionnels du secteur, qui craignent aussi l’impact du projet de taxe sur les transactions financières, tentent de faire entendre leur désaccord. Comme l'ont fait l’an dernier les banquiers pour essayer d'échapper à la limitation de leurs primes…

*Les banques doivent communiquer des données quantitatives sur leurs bonus fin avril courant mai avant la tenue de leurs assemblées générales.

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