Négociations salariales, le bras de fer s'engage

le 13/12/2012 L'AGEFI Hebdo

Les dernières années de crise ont tendu le dialogue social et font naître aujourd’hui des craintes sur l’emploi dans les réseaux.

Négociations salariales, le bras de fer s'engage

L'ambiance est électrique pour ces négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires. « Le 20 novembre, date du début de la NAO pour la branche Caisse d’Epargne, 200 salariés de BPCE se sont rassemblés devant le siège du groupe pour exprimer leur mécontentement », raconte Patrick Saurin, membre de l’exécutif national de Sud BPCE. Pour faire entendre ses revendications (un salaire net mensuel minimum à 1.700 euros - quand le Smic est à 1.118 euros net - avec 300 euros d’augmentation générale), le syndicat dénonce les émoluments des dirigeants des Caisses d’Epargne : « Certains ont vu leurs rémunérations bondir. Ainsi, le président du directoire de la Caisse d’Epargne Ile-de France, avec plus de 700.000 euros par an, touche deux fois le salaire du président de la Banque centrale européenne ou de la directrice générale du Fonds monétaire international ! Quant au président du conseil d'orientation et de surveillance de cette même caisse, sa rémunération est passée de 46.500 euros à 60.000 euros, soit 29 % d’augmentation. »

Une conjoncture défavorable

En début d’année prochaine, ce sera au tour de Société Générale de se mobiliser, les organisations syndicales ayant appelé les salariés à une journée de grève nationale le 8 janvier. « La direction nous a dit : 'zéro pour les augmentations collectives'. Donc, il faut faire monter la pression », déclare Michel Marchet, délégué central CGT (lire aussi le témoignage de Maryse Gauzet page 44). Même s’ils tentent de peser sur les discussions, les syndicats ne se font pas beaucoup d’illusions sur leur issue, dans un climat qui reste marqué par les récents plans de départs volontaires dans les principales banques françaises. D’autant que la conjoncture générale est peu propice aux revalorisations salariales en 2013. « L’enveloppe des augmentations de salaires pour l’an prochain sera limitée : 2,5 % contre 2,6 % en 2012 selon notre enquête annuelle de rémunération, indique Bruno Rocquemont, responsable des enquêtes de rémunération chez Mercer, cabinet de conseil spécialisé en ressources humaines. Les managers et les DRH vont s’appuyer sur des systèmes de gestion de la performance qui permettront d’être 'discriminants'. Il faudra maîtriser l’art de distribuer de façon agile mais aussi honnête et transparente. »

Disparités

Chez BNP Paribas, première banque à ouvrir la saison des NAO, les négociations ont finalement abouti à une solution assez favorable pour les salariés : une hausse de 0,5 % des salaires fixes avec un plancher de 220 euros, assortie d’un complément d’intéressement de 730 euros. « Un autre syndicat voulait le remboursement d’une quote-part de la cotisation mutuelle à hauteur de 240 euros par an. Nous n’y étions pas favorables car cette proposition, indépendamment du fait qu’elle ne concernait pas le salaire proprement dit, dénaturait l’esprit même des négociations, explique Joël Debeausse, délégué national adjoint du Syndicat national de la banque (SNB)/CFE-CGC, syndicat majoritaire chez BNP Paribas. Nous voulions que ce soit le salaire qui augmente. La signature de cet accord ne permet toutefois pas de réduire les écarts trop importants entre les salariés et les dirigeants. »

Dans d’autres banques, syndicats et directions peinent à trouver un terrain d’entente. Ainsi, la NAO, qui s’est achevée fin novembre chez HSBC France, n’a pas débouché sur un accord. « Lors des négociations, l’ensemble des organisations syndicales ont revendiqué une assiette plus large de salariés bénéficiaires de l’augmentation générale, car la mesure proposée (une hausse de 1 % pour les salaires inférieurs à 32.999 euros avec un plancher de 275 euros) ne concernait que 2.400 bénéficiaires sur près de 9.000 salariés et les cadres en étaient exclus », précise Angélique Faria, déléguée syndicale nationale adjointe FO chez HSBC France. Après deux réunions, les débats au sein de la branche Banque Populaire n’ont pas non plus permis de parvenir à un accord. La direction avait proposé une hausse de 0,5 % des salaires fixes avec un plancher de 150 euros. « En cas de non-obtention d’un accord, il avait été indiqué qu’il y aurait soit une mesure inférieure à la première, soit rien du tout. En fait, dès le départ, nous sentions qu’il n’y avait pas de volonté de réellement discuter et d’aboutir à un accord », soupire Jean-François Lagnier, délégué syndical CGT de la branche Banque Populaire.

Au Crédit Agricole, les NAO démarreront en janvier prochain et se dérouleront en deux parties, avec d’un côté celles de Crédit Agricole SA dont la convention collective dépend de celle de l’Association française des banques, et de l’autre celles des caisses régionales regroupées au sein de la Fédération nationale du Crédit Agricole (et dotées d’une convention qui leur est spécifique). « Les deux tiers de la rémunération sont décidés au niveau national, précise un syndicaliste. Les primes, les tickets restaurant, la mutuelle, etc., sont ensuite discutés au sein de chaque caisse régionale entre février et septembre. »

Les réseaux

Au-delà des politiques salariales pour 2013, les responsables syndicaux sont vivement préoccupés par un autre sujet lié aux signes d’essoufflement constatés dans la banque de détail : l’emploi. Aucun syndicat n’ignore que des réaménagements des dispositifs commerciaux sont actuellement à l’étude dans tous les grands établissements. « C’est une source d’inquiétude », confie Valérie Lefebvre Haussmann, représentante syndicale nationale CGT de la branche Caisses d’Epargne. « Il y a des craintes dans les réseaux car BPCE a clairement indiqué son intention de revoir les modèles d’organisation, ajoute Jean-François Lagnier. Pour l’heure, il n’y a pas de licenciement économique ou de plan de sauvegarde de l’emploi dans les Banques Populaires, mais les départs naturels (retraite, démissions, licenciements) ne sont pas remplacés. De plus, des dispositifs de 'plaques régionales' commencent à être mis en place afin de mutualiser certains services de production communs aux deux enseignes, comme ce qui a été fait en 2010 avec I-datech pour le traitement de chèque. » Et le syndicaliste de souligner : « Ces inquiétudes sur l’emploi créent une forme de chantage sur les NAO par les directions car on justifie l’absence de revalorisation des salaires par le maintien des emplois. »

De son côté, l’intersyndicale de Société Générale avertit que « les négociations engagées à marche forcée jusqu’à mi-janvier ont pour objectif officiel 'd’anticiper les transformations nécessaires en 2013', formule politiquement correcte pour désigner la gestion des suppressions d’emplois à venir dans les services centraux et le réseau ». « Au sein de HSBC France, le plan stratégique est en cours jusqu’en 2014 et de nombreuses réorganisations ont déjà eu lieu, rappelle Angélique Faria. Néanmoins, les salariés se posent des questions, notamment dans les sites administratifs, car ils voient leurs activités externalisées à l’étranger, comme le centre d’appels RH qui est à Cracovie, ainsi que de nombreuses tâches administratives de back-office désormais en Inde... » Mais plus généralement, les DRH du secteur bancaire voudraient aussi prendre un peu de distance avec la culture des augmentations collectives octroyées chaque année, et instiller davantage la notion de lien direct entre performance et rémunération dans les mentalités. « L’enjeu est d’essayer de s’éloigner du modèle franco-français qui consiste à octroyer tous les ans des hausses générales, et de se rapprocher davantage de la philosophie anglo-saxonne 'pay for performance' où les arbitrages entre salariés sont plus tranchés, analyse Bruno Rocquemont. Cette approche est évidemment plus ou moins facile à déployer selon les entreprises et les secteurs d’activité. » Les syndicats au sein des banques sont d’ailleurs tous mobilisés pour en faire la démonstration.

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