Une femme, une équipe

Nathalie Masset ranime les marchés obligataires chez Nyse Euronext

le 12/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Entre évolutions réglementaires et demande de transparence des investisseurs, Nyse BondMatch veut améliorer l’accès au marché des obligations privées.

Nathalie Masset ranime les marchés obligataires chez Nyse Euronext

Cette passionnée d’astronomie était prédestinée pour mener à bien le projet Nyse BondMatch chez Nyse Euronext, la plate-forme électronique paneuropéenne pour la négociation d’obligations corporate, financières et foncières mise en place suite aux travaux du comité Cassiopée. Nathalie Masset n’en est pas à sa première mission d’envergure au sein de l’entreprise de marché. Elle a déjà piloté plusieurs migrations, notamment au moment de la création d’Euronext. Nyse BondMatch est un nouveau défi pour elle. D’autant qu’elle a dû remplacer, plusieurs mois avant le lancement de la plate-forme, Philippe Musette, l’initiateur du projet, parti pour des raisons personnelles... Un passage de témoin facilité par plusieurs années d’étroite collaboration.

Les observateurs s’étonnent néanmoins de la lenteur avec laquelle le projet avance. « C’est un nouvel outil qui bouscule les modèles de marché du ‘sell-side’ et la façon de travailler des ‘buy-side’, et qui est né de la crise financière et du tarissement brutal de la liquidité sur le marché obligataire en 2008, analyse Nathalie Masset. Nous savions dès le départ que c’était un défi de taille en raison des profonds changements qui devaient s’opérer en parallèle du lancement de la plate-forme. » La majorité des transactions sur ces actifs se traite, actuellement, de gré à gré dans une relative opacité sur les prix. Le but est d’apporter davantage de transparence et de liquidité à ce marché par le biais d’un système électronique de trading organisé permettant à l’offre (sell-side) et à la demande (buy-side) de se rencontrer dans le cadre d’un carnet d’ordres visible par tous les membres et recueillant exclusivement des ordres fermes.

Après une première phase de conception fonctionnelle et technique, en partenariat avec les équipes informatiques (le système existant du marché actions a été réutilisé), de mise en œuvre et de tests, la plate-forme a été officiellement lancée en juillet 2011. Les journées ont ensuite été consacrées à la rédaction des supports marketing et à présenter le projet auprès des membres et clients potentiels. « Comme pour toute innovation, il a fallu convaincre les acteurs du marché et faire preuve de beaucoup de pédagogie », souligne Nathalie Masset qui a d’abord ciblé les banques dont la connexion était plus aisée. Aujourd’hui, Nyse BondMatch compte 25 membres et clients. La plate-forme reçoit 300.000 à 400.000 ordres par jour sur 500 à 600 titres (1.300 sont référencés). Mais Nyse Euronext se refuse, pour l’heure, à dévoiler le niveau d’activité réel, c’est-à-dire le nombre de transactions effectuées, car les chiffres sont peu significatifs à ce stade. L’équipe de Nathalie Masset se donne deux ans pour faire un premier bilan. « Nyse BondMatch compte déjà deux investisseurs institutionnels parmi ses participants actifs et l’un d’eux a passé ses premiers ordres il y a deux semaines », se réjouit la responsable, pour qui l’essentiel du travail est désormais d’attirer ces clients buy-side sur la plate-forme.

Solutions d’intermédiation

Elle est épaulée dans cette entreprise d’évangélisation par une jeune équipe de collaborateurs motivés. Philippe Reynier, un véritable bras droit pour Nathalie Masset, fait partie de ce quatuor depuis plus de deux ans et a notamment participé aux différents comités ayant travaillé, au sein de Nyse Euronext, à l’élaboration du projet Nyse BondMatch (infrastructure technologique, juridique, réglementation…). Il connaît tous ses rouages. « Il me seconde lorsque je suis en déplacement et pour des présentations clients par exemple », indique Nathalie Masset qui passe une grande partie de son temps avec des clients et prospects à l’étranger. En tant que product manager, Philippe Reynier est aussi en charge de différents projets de développement du marché, du support aux vendeurs, et de préparer les roadshows. « Parmi les développements récents, nous avons voulu proposer un contrat standard d’apporteur de liquidité pour les émetteurs sur Nyse BondMatch, explique Philippe Reynier. Il a donc fallu réfléchir au projet, définir ce nouveau service, travailler avec les vendeurs sur le produit et les accompagner lors des contacts avec les banques. » « Actuellement, nous aidons les investisseurs institutionnels à trouver des solutions d’intermédiation pour accéder à Nyse BondMatch, ajoute Wail Azizi, deuxième product manager de l’équipe qui vient d’être embauché. Nous répondons à leurs questions concernant le modèle de marché de Nyse BondMatch, le passage des ordres… » L’équipe ne serait pas au complet sans force commerciale. Thibault Desouches, senior sales manager sur les marchés cash actions et obligations, a la lourde tâche de promouvoir Nyse BondMatch. Pour cet ancien originateur sur le marché primaire obligataire chez Natixis, « participer au lancement de ce nouveau modèle de marché pour la négociation d’obligations d’entreprises est très motivant, d’autant que Nyse BondMatch répond à un besoin clairement exprimé et défini par les différents acteurs du marché, aussi bien du côté ‘buy-side’ que ‘sell-side’ ».

Marché des particuliers

Mais le travail de l’équipe ne s’arrête pas là. Nyse BondMatch fait partie de la direction « marchés obligataires européens » (European Debt Markets) de Nyse Euronext, qui est aussi en charge du marché obligataire réglementé (où la liquidité est très limitée) ouvert à tous les investisseurs, contrairement à Nyse BondMatch réservé aux professionnels. Là encore, l’équipe dirigée par Nathalie Masset cherche à développer l’activité sur le marché obligataire. Après la crise et la directive MIF 2, il est sorti de l’oubli. « L’équipe a lancé plusieurs projets pour redynamiser ce marché », relève-t-elle. L’essentiel du travail a été de le promouvoir auprès des différents acteurs du marché (banques, émetteurs…). « Nous avons réussi à rapatrier de grands émetteurs ‘corporate’ français sur la cote parisienne, ajoute Nathalie Masset. Pour cela, plusieurs initiatives ont permis de rendre la place de Paris aussi compétitive que le Luxembourg. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec la direction listing pour le primaire obligataire. » Aujourd’hui, 65 % des émissions de 24 sociétés françaises engagées dans ce projet ont lieu à Paris, contre 22 % en 2010. Les mêmes efforts ont été menés auprès des banques pour accroître le nombre de teneurs de marché : « Nous en avons désormais 18 contre 5 en 2010 qui s’engagent à offrir un prix tous les jours sur un périmètre d’obligations choisi. »

Elle compte s’attaquer à un nouveau défi : le marché des particuliers. « Lors des nombreux déplacements que j’ai pu effectuer en Europe, je me suis aperçue que les épargnants français avaient une connaissance relative et une utilisation limitée du marché obligataire par rapport à d’autres pays, rapporte-t-elle. Nous allons donc réfléchir, dans un premier temps, à comment informer et intéresser de nouveau le grand public à cette classe d’actifs sur le marché réglementé. »

Nyse BondMatch reste toutefois pour l’instant au cœur des préoccupations de l’équipe, notamment avec l’arrivée annoncée de deux nouveaux concurrents (Galaxy de TradingScreen et MTS). Nathalie Masset se montre toutefois sereine : « Nous avons été les premiers à lancer notre plate-forme et sommes pour le moment les seuls à être actifs », constate-t-elle. Un avantage qu’elle espère décisif.

L'EQUIPE

Thibault Desouches, 35 ans, senior sales & relationship manager

Wail Azizi, 27 ans, product development manager

Nathalie Masset, 50 ans, directeur de la division European Debt Markets

Philippe Reynier, 27 ans, product development manager

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