Les métiers de l’immobilier, c’est du solide !

le 24/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Pour développer leurs activités qui se portent bien dans un contexte morose, les filiales immobilières des grandes banques recrutent.

Le siège de BNP Paribas Real Estate à Issy-les-Moulineaux. Xavier Popy/REA

Dans les banques, les métiers de la pierre profitent d’un mur « anti-crise » ! Avec 3.300 collaborateurs présents dans 18 pays sur six lignes d’activités (promotion, transaction, conseil, expertise, property management et investment management), BNP Paribas Real Estate prévoit ainsi 300 recrutements en 2013, plus une soixantaine de nouveaux contrats en alternance. « Dans le cadre d’un plan de développement sur trois ans, nous embauchons des consultants juniors dans le métier de la transaction, indique Anne du Manoir, DRH. De niveau bac+4 à bac+5, ils sont issus d’écoles de commerce ou de facultés de droit et ont en général une première expérience en agence immobilière ou dans un réseau concurrent. Nous recherchons également des profils plus expérimentés lorsque nous avons besoin d’une expertise particulière sur un secteur d’activité ou

une typologie de clients. »

C’est le cas d’Antoine Mabilon, responsable du développement hôtelier chez BNP Paribas Immobilier Promotion : « J’étais responsable de programme tertiaire chez Altarea Cogedim, avec une double casquette de référent hôtelier, lorsqu’un chasseur de têtes est venu me proposer ce poste en m’expliquant que BNP Paribas Immobilier Promotion souhaitait relancer l’activité hôtelière pour lui donner un souffle nouveau. J’ai accepté ce défi sans hésiter. » Au quotidien, le jeune cadre de 33 ans étudie les dossiers à potentiel qui lui sont transmis par les différentes entités du groupe et recherche de nouvelles opportunités foncières ou immobilières. « Le dernier volet de mon travail consiste à animer un réseau de contacts, notamment auprès des exploitants hôteliers et des investisseurs qui sont mes clients finaux. Ces activités m’amènent à voyager deux à trois fois par mois en France ou à l’étranger. »

Profils techniques

Pour préparer les années à venir, les filiales immobilières des grandes banques recrutent des prospecteurs fonciers dotés d’une bonne connaissance du marché immobilier et d’un solide carnet d’adresses. Ils recherchent également, pour piloter leurs projets de construction, des experts plus pointus comme des chargés d’opérations et des responsables de programmes qui affichent généralement sur leur CV un diplôme d’école d’ingénieur, de commerce, d’architecte ou encore d’école spécialisée dans l’immobilier. Pour exercer ce métier de chef d’orchestre, il faut évidemment bien connaître le secteur, mais aussi être doté de compétences en conduite de projet et de notions juridiques et financières. Un profil conforme à celui de Thomas Péridier, 35 ans, directeur de programmes à la promotion tertiaire chez Crédit Agricole Immobilier Entreprise. Cet ancien diplômé de l’Ecole supérieure des professions immobilières (Espi) a été recruté en juillet 2011 après un parcours de responsable de programme, puis de chef de groupe chez Bouygues Immobilier et Cogedim. « C’est Caroline Vaubourgoin qui a souhaité que je la rejoigne après qu’elle eut pris la direction générale de Crédit Agricole Immobilier Entreprise. J’ai accepté car j’avais alors la volonté de rejoindre un promoteur travaillant sur des projets d’envergure en Ile-de-France et en région, avec des perspectives d’évolution intéressantes, raconte celui qui encadre aujourd’hui une équipe de sept responsables de programmes à qui il fixe la feuille de route et les objectifs. Je dois leur faire bénéficier de mon expertise et de mon expérience. Nous travaillons en effet sur des projets de grande ampleur qui nécessitent une implication très opérationnelle de ma part, notamment dans le montage des dossiers et la négociation des contrats. »

Les jeunes diplômés ne sont pas en reste. Dans la filière property management, qui consiste en la gestion pour le compte de tiers de biens immobiliers en portefeuille, les gestionnaires techniques sont particulièrement prisés. Les recruteurs vont les dénicher parmi les étudiants d’écoles d’ingénieurs ou de gestion qui se distinguent par une réelle appétence pour le suivi d’actifs immobiliers et le sens du contact avec le client. Les spécialistes de l’asset management recrutent de leur côté des asset managers, des contrôleurs de fonds mais aussi des analystes juniors. C’est notamment le cas d’AEW Europe. Cette filiale de Natixis, qui emploie près de 300 collaborateurs en France et en Europe, table sur une vingtaine de recrutements en 2013. « Pour trouver nos 'asset managers', nous nous adressons en priorité aux formations immobilières que sont le master 246 de Paris Dauphine et le master management immobilier de l’Essec, explique Anne Bergeron, DRH. En nous orientant vers des profils seniors et juniors car il est nécessaire de maintenir notre pyramide des âges avec des jeunes qui ont vocation à prendre la relève. Pour recruter des contrôleurs de fond et des analystes juniors, qui évolueront ensuite vers des postes de responsable ou de directeur d’investissement, nous ciblons aussi les formations financières délivrées par HEC, l’Essec et les écoles de commerce. »

Côté rémunération, les métiers de l’immobilier se sont dans l’ensemble distingués par une certaine stabilité, même si pour des professions telles que prospecteur foncier, commercial ou gestionnaire technique, les salaires ont eu tendance à augmenter. Un prospecteur foncier junior est aujourd’hui recruté aux alentours de 30.000 euros brut par an, auxquels il faut ajouter une part variable d’environ 30 %. Un commercial en début de carrière émarge, lui, à 28.000-32.000 euros, avec une part variable qui peut aller jusqu’à 40 %. Les chargés d’opération et les administrateurs sont quant à eux embauchés aux alentours de 35.000 euros par an, et peuvent espérer toucher de 40.000 à 45.000 euros à horizon cinq ans. La DRH de BNP Paribas Real Estate invite d’ailleurs les nouvelles générations à porter plus d’attention au secteur : « La plupart de nos métiers restent méconnus auprès des jeunes. Pourtant, l’immobilier leur réserve de réelles opportunités puisque 40 % de nos embauches leur sont adressées. Nous développons d'ailleurs des partenariats avec plusieurs écoles (Ecole spéciale des travaux publics, Essec, Paris Dauphine, ESPI, Université de Marne-la-Vallée...) qui préparent aux métiers de la promotion, de l'expertise, du 'property management' et de l''asset management'. »

Mobilité interne

Les DRH favorisent ensuite la mobilité interne pour fidéliser leurs collaborateurs dans un secteur où le turnover reste assez important, surtout dans la transaction. « Sur ce segment, 100 % de nos directeurs d’équipes sont arrivés chez nous comme jeunes consultants et ont ensuite évolué au fil du temps pour prendre plus de responsabilités managériales », assure Anne du Manoir. Plus de responsabilités, c’est ce que souhaite à terme Thomas Péridier qui n’envisage pas pour l’instant de s’orienter vers une autre branche de l’immobilier : « Ce que j’aime dans ce métier, c’est que l’on passe d’une feuille blanche à la réalisation d’un immeuble conçu sur mesure pour son utilisateur. J’apprécie aussi beaucoup la dimension humaine. Je manage des responsables de programmes aux profils très différents, et je suis en contact au quotidien avec des notaires, des architectes et des élus, avec pour obligation d’écouter, de m’adapter, et de concilier des objectifs qui se révèlent souvent contradictoires. Tout cela fait que je ne m’imagine pas quitter la promotion immobilière pour évoluer par exemple vers les métiers de l’investissement. » Antoine Mabilon a lui aussi du mal à se projeter dans un autre univers. « J’ai toujours été attiré par l’hôtellerie qui regroupe plusieurs de mes passions : l’architecture, le business, les voyages, le bien-être auquel j’ajouterai une pincée de luxe. » Alors, quand on demande à ce trentenaire où il se voit dans cinq ans, il répond tout de go : « A la tête d’une petite équipe pour accélérer le développement de l’activité hôtelière de BNP Paribas Immobilier Promotion. A plus long terme, je me vois bien travailler au développement au sein d’un groupe hôtelier ou alors m’orienter vers les autres formes de l’immobilier tertiaire, car je n’oublie pas que l’hôtellerie ne représente que 7 % des volumes d’investissements en France et en Europe. »

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