DOSSIER FORMATIONS EN FINANCE

Les masters séduisent toujours

le 22/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Classés parmi les meilleurs diplômes en finance au monde, les très sélectifs cursus des écoles françaises restent prisés.

Une salle de cours aménagée en salle de marché sur le campus de HEC. PHOTO : Jérôme CHATIN/EXPANSION-REA

Les perspectives incertaines sur le front de l’emploi n’ont pas découragé les vocations aux métiers de la finance. En effet, cette année encore, les mastères spécialisés en finance n’ont pas eu de difficultés à faire le plein de candidats pour leurs promotions 2011-2012. La sélection à l’entrée (sur dossier et entretien individuel) est toujours sévère. En tête du classement du Financial Times des meilleurs mastères spécialisés en finance au niveau mondial (voir le tableau), le programme de HEC (mastère Finance internationale) a ainsi recueilli entre 350 et 400 candidatures pour n’en retenir qu’un peu plus de 60 dans ses deux filières (Accelerated Track et Business Track).

Etudiants internationaux

Cette sélectivité n’a pas non plus affecté la motivation des étudiants de nationalité étrangère, qui sont davantage présents dans les formations. A l’Essec, « nous avons reçu 260 candidatures, ce qui est stable par rapport à l’an dernier. Nous avons retenu 69 étudiants, dont plus d'une vingtaine d'étudiants étrangers (venant notamment de Tunisie, Algérie, Chine, Vietnam, Liban, Russie…), explique Michel Baroni, responsable du mastère Techniques financières. Le classement du Financial Times, dans lequel nous avons été classés premiers sur le critère 'international mobility', a eu un impact positif auprès des étudiants internationaux qui hésitaient entre les formations en finance aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne et celles proposées en France ». « Nous avons reçu plus de candidatures que les années précédentes, remarque aussi François Quittard-Pinon, responsable du mastère Finance de marché de l’EM Lyon. Nous en avons sélectionné 23 avec une composante internationale plus importante que l’an passé (quatre étudiants étrangers cette année dont deux Chinois et une Brésilienne). » Même phénomène pour le mastère Ingénierie financière de cette même école : « Les candidatures (entre 300 et 350 au total) sont cette année en hausse de 25 %. Je note qu’en termes de formation initiale et de maturité de réflexion sur le projet professionnel, les dossiers sont aussi meilleurs », relève Myriam Lyagoubi, responsable du programme qui comprend 70 élèves, dont 20 % venant de l’étranger. « La finance attire. La diversité des métiers, mais aussi la rémunération, sont des éléments d’attraction mais les étudiants ont une vision assez éthique des choses, ils prennent du recul par rapport aux actualités négatives, aux annonces, aux scandales… », note Philippe Thomas, codirecteur du mastère Finance de l’ESCP Europe, dont la promotion est constituée de 58 personnes, dont 18 venant de divers pays (Japon, Brésil, Canada, Pays-Bas…). « Si, avant la crise, l’attractivité de la rémunération apparaissait de façon claire lors des entretiens de sélection, c’est désormais un réel intérêt pour les métiers du 'corporate finance' qui se manifeste chez les étudiants, ajoute Myriam Lyagoubi. D’ailleurs, tous ont une petite expérience préalable dans le secteur de la finance. »

Dans certaines formations, les métiers liés à la gestion des risques, au contrôle interne et à la conformité, très recherchés depuis la crise de 2008, suscitent l’intérêt des financiers en herbe. « Evidemment, une part des étudiants voudrait s’orienter vers les métiers purement de marchés ('sales', structuration de produits, etc.), mais comme nous avons beaucoup de cours sur les risques et la conformité, ils savent que ces métiers proposent désormais aussi des débouchés », affirme Gaëlle Le Fol, responsable du master 203 Financial Markets de l’Université Paris Dauphine (programme qui avait été suspendu en 2009 pour reprendre en septembre 2010). Mais ces fonctions continuent à souffrir d’un déficit d’image, comme le constate François Quittard-Pinon : « Les étudiants sont intéressés par la finance de marché et le 'trading' où ils estiment qu’ils pourront facilement utiliser leurs connaissances. Moins nombreux sont ceux qui veulent rejoindre les métiers de contrôle et gestion des risques, qu’ils imaginent souvent et à tort, trop administratifs. » Pourtant, ce n’est pas faute d’aborder ces activités et ces professions à travers des cours spécifiques et renforcés d’année en année. Plus que jamais, les professeurs de finance veulent aller au-delà de l’enseignement purement financier pour éviter de trop mettre l’accent sur l’expertise technique de leurs élèves. « Il ne s’agit pas de former seulement au 'trading' quantitatif ! », avertit ainsi François Quittard-Pinon. A Paris-Dauphine, « l’idée du master est de former des professionnels de qualité d’un point de vue technique, ayant une grande connaissance des produits mais également des enjeux déontologiques, sociétaux et systémiques », tient à préciser Gaëlle Le Fol. D’ailleurs, « dans la continuité de l’élan de l’année dernière », souligne la responsable, les heures de cours en gestion des risques, déjà doublées l’an passé, ont à nouveau été accrues. A l’EM Lyon, dans le cadre des prochains séminaires « éthiques » (réunions obligatoires qui avaient été lancées en 2005-2006 pour clore les mastères sur des thématiques transversales), « nous aimerions convier des spécialistes de la gestion des risques dans les banques et aborder le sujet de la logique comportementale dans les objectifs financiers des établissements bancaires », déclare Myriam Lyagoubi.

La question de l’emploi

A présent, le sujet qui préoccupe principalement les responsables pédagogiques des écoles est l’insertion des diplômés de la promotion précédente, 2010-2011, sur le marché de l’emploi. Actuellement en stage de fin d’études, ces derniers devraient achever leur période d’apprentissage d’ici à début 2012. Une phase cruciale puisque les métiers de banque de financement et d’investissement recrutent essentiellement par ce canal. Dans l’ensemble, les stagiaires n’ont pas eu de mal à se placer et, conscients de la taille relativement restreinte du marché parisien, ils sont de plus en plus tentés par une expérience à l’international, notamment en Asie (Japon, Chine, Singapour, Hong Kong). « Depuis quelques années, les participants du mastère Ingénierie effectuent de plus en plus nombreux leur mission à Genève, Londres, Luxembourg ou encore New York dans des institutions telles que Société Générale, GE Capital Equity, Barclays Capital, Axa… », observe Myriam Lyagoubi. « Nous plaçons toujours autour de deux tiers de nos étudiants à l'étranger, principalement à Londres, rapporte Jacques Olivier, responsable du mastère de HEC. Cela dit, Dubai, l'Asie, l'Australie sont des destinations vers lesquelles j'oriente nos étudiants. »

Mais à l’étranger comme en France, leur avenir « post-stage » est très flou. « Certaines grandes banques européennes m'ont informé qu’elles avaient peu de visibilité sur l'embauche. Les grandes structures, tout comme les cabinets de conseil, en 'corporate finance' sont touchées par la crise, le contexte est incertain… », confie Michel Baroni. A l’ESCP Europe, « c’est la 22epromotion de notre diplôme, rappelle Philippe Thomas. Nous avons un réseau de 40.000 anciens sur lequel nous pouvons nous appuyer ! Je suis soucieux, mais je n’anticipe pas de problème majeur. » Chez HEC, Jacques Olivier ne veut pas être alarmiste : « Nous avons 30 % de placement direct en CDI sans même passer par la case stage. Pour l'instant, les retours que j'obtiens d'étudiants qui viennent de finir leurs 'summer internships' (stages d’été, NDLR) sont très positifs en ce qui concerne la conversion en CDI. Cela dit, mes étudiants me disent ensuite : 'C'est bon pour moi, mais ils ont dit non à mes costagiaires qui venaient de London School of Economics, Oxford...' Le marché est donc difficile, voire très difficile, mais il y a une prime à 'l'éducation à la française'. » Reste à espérer que cette « prime » aux diplômes tricolores perdure malgré la crise de l’emploi qui se dessine dans l’industrie financière…

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