Marc-Antoine Guillen impose Invest Securities sur le marché midcaps

le 07/03/2013 L'AGEFI Hebdo

La structure a conseillé ses entreprises clients au fil de 2,2 milliards d’opérations depuis sa création et se classe premier introducteur sur Alternext et Euronext.

Le renforcement des fonds propres des entreprises moyennes est à la peine mais Invest Securities résiste. Mieux, à la fois intermédiaire de marché et conseil en fusions-acquisitions, la société dirigée par Marc-Antoine Guillen étend sa palette d’opérations de haut de bilan. Elle vient par exemple de s'emparer de la nouvelle formule d'émissions d'obligations souscrites par les particuliers proposée par Nyse-Euronext et en a fait profiter Agrogénération, avec la levée de 9,4 millions d'euros en juillet 2012.

Déjà à sa création en 2001 par Jean-Emmanuel Vernay, actuel directeur général délégué, la société s’est déjouée de l’adversité liée à la bulle internet. « La crise de 2001-2002 nous a permis d’émerger, alors que les banques fusionnaient et n’accompagnaient plus les petites opérations », explique Jean-Emmanuel Vernay. A partir de 2006, la prise de contrôle par Marc-Antoine Guillen et le rachat d’une nouvelle structure, Champeil, allaient pourvoir Invest Securities des agréments d’entreprise d’investissement. Les deux associés collaboraient depuis 2002 où ils avaient mené ensemble, via des structures partenaires, le retrait de cote de Nocibé. Fin 2007, la société de gestion Amplégest était lancée, complétant la palette des activités de marché et d'appels de fonds. Là encore, les difficultés de l'environnement, en gestion cette fois, ont été plutôt bénéfiques puisqu’Amplégest, forte de 18 employés dont 10 associés, atteint 560 millions d'euros d'encours sous gestion cumulés dans ses activités de gestion privée et gestion collective à fin 2012. Elle a été distinguée comme l'une des cinq meilleures jeunes sociétés de gestion de moins de cinq ans par Morningstar. « Sans la crise, nous n’aurions pas réussi !, s’amuse Marc-Antoine Guillen. La concentration du secteur aboutit à des mastodontes et notre maison se démarque de cette tendance et parvient à tirer son épingle du jeu par la proximité qu’elle crée avec ses clients. Et malgré les incessantes nouvelles réglementations qui pèsent sur les petites et moyennes structures, nous comptons sur notre inventivité pour surmonter ces difficultés. » En attendant, Invest Securities vient de connaître un nouveau développement majeur côté conseil, en intégrant, il y a un an, 4 associés issus de la société Mandel Partners. De quoi enrichir le savoir-faire de la société, notamment en non-coté.

Accompagnement

Malgré la frilosité des marchés pour les midcaps et le faible appétit des entreprises pour les fusions-acquisitions, les équipes - 63 personnes au total - ont réalisé l'an dernier 17 opérations, leur montant unitaire pouvant atteindre jusqu'à 250 millions d’euros. « Nous faisons la jonction entre une entreprise et des apporteurs de liquidité, et ce rôle est particulièrement crucial dans des contextes difficiles comme aujourd’hui. Les grandes banques ont cessé de le tenir, ne faisant plus d’IPO (introductions en Bourse, NDLR) depuis longtemps, un marché aux mains des indépendants comme nous désormais, souligne Jean-Emmanuel Vernay. De même, leurs équipes spécialisées en dette ne sont pas adaptées à la clientèle 'midcaps' et le marché des émissions obligataires de moins d'une centaine de millions est déserté par les conseils. » Signe de la proximité avec les clients, Invest Securities les accompagne au fil des ans : « La cession par TCR Capital de sa participation dans Oberthur, fabricant d’agendas, pour une valeur de 80 millions d’euros résulte d’un contact de plusieurs années », raconte ainsi Bertrand Le Galcher Baron, associé gérant. De quoi, aussi, prendre part aux transactions les plus structurantes. « En janvier, les éditions Francis Lefèvre ont racheté sur nos conseils le numéro deux de la presse professionnelle juridique aux Pays-Bas et le numéro un en Allemagne, doublant quasiment de taille », relate Virginie Clerjeaud-Lagrange, associée. De fait, l'accompagnement des entreprises à l'international constitue une autre force du groupe, détenteur d’une filiale à Hong Kong et d’un bureau à Pékin.

Besoin en fonds propres

Mais les dirigeants ne se soucient pas moins des difficultés de la place. Ainsi, en dette, le marché ne fonctionne pas de façon optimale. « Avec des montants de 80 à 100 millions, on perd tous les gros gérants qui craignent le manque de liquidité, et à 50 millions, on n’a plus aucun 'tier one', précise Jean-Emmamnuel Vernay. Or le grand public ne suffit pas, il se porte sur les opérations de moins de 20 millions. »

Mais les midcaps souffrent avant tout d’un besoin en fonds propres. « L’an dernier, seulement 3 milliards d’euros ont été investis en capital-développement, dont un venant du Fonds stratégique d'investissement, déplore Bertrand Le Galcher Baron. Et l'argent ne s'investit pas forcément où il faut. » La Bourse elle-même ne joue pas son rôle. « Il faut redynamiser le segment actions, préconise Marc-Antoine Guillen. La Bourse de l’entreprise dont il est question à présent ne change rien fondamentalement à Alternext ni Euronext, comme l’atteste le budget limité qui est consenti à ce projet ». De fait, l'opération ayant été annoncée deux semaines avant le rachat de Nyse-Euronext par Ice, sa mise en place est devenue plus hypothétique. Toutefois, alors que la place s’était désintéressée du sujet depuis dix ans et l’éclatement de la bulle internet, ce type de projet a remobilisé les acteurs, ce qui pourrait les inciter à se donner les moyens de suivre davantage les midcaps. « Les banques, les sociétés de gestion et les investisseurs comme les caisses de retraite et les mutuelles ayant fusionné ces dernières années, cela pourrait les pousser à dédier à nouveau une équipe pour l'investissement sur ce segment », espère Jean-Emmanuel Vernay.

Le fait est que les dirigeants d'Invest Securities verraient d'un œil favorable Euronext se muer en Nasdaq à l'européenne, pour peu que les places les plus importantes alentours s'en rapprochent. Avec une expérience déjà concluante de modèle multilocal et de fusion des carnets d'ordres, Euronext dispose d'atouts indéniables qui n'ont pas toujours été exploités à leurs yeux. « En Chine, nous avons recruté l'ex-représentant d'Euronext dans le pays : il s'est lassé de voir Nyse vendre la Bourse américaine sans mettre en avant l'entité européenne », indique Jean-Emmanuel Vernay. Pour reconstruire un environnement favorable aux intermédiaires de taille moyenne, l'écosystème devra être soutenu. « Il faudrait redéfinir des conditions de membres intervenant sur le marché, en excluant les gros acteurs ou en faisant en sorte qu'ils n’écrasent pas les cours en revendant à n’importe quel prix les petites valeurs qui sont noyées, chez eux, dans un panier d’ordres. » Si une Bourse des PME a besoin d'intermédiaires, ceux-ci, dont un grand nombre a disparu, ont besoin de renouveler leurs marges. « Il faut reconstituer toute la filière. Les entreprises de moins d'un milliard d’euros (de capitalisation, NDLR) doivent être financées par des investisseurs de proximité car elles sont elles-mêmes locales », martèle Marc-Antoine Guillen.

L'EQUIPE

Bertrand Le Galcher Baron, associé gérant, 43 ans

Olivier Claret, associé gérant, 39 ans

Sami Berhouma, chargé d’affaires, 30 ans

Virginie Clerjeaud-Lagrange, associée, 37 ans

Anne-Claire Parison, chargée d’affaires, 27 ans

Marc-Antoine Guillen, président-directeur général d’Invest Securities, 50 ans

Raphaël Rossello, associé gérant, 64 ans

Christine Bourcier, directeur du développement, 54 ans

François-Xavier Roy, chargé d’affaires, 32 ans

Claude Breuil, senior advisor, 63 ans

Ghislain de Murard, associé gérant, 56 ans

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