L’opération séduction des commissaires aux comptes

le 04/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Pour renouveler ses effectifs, la profession s'efforce de valoriser la multiplicité de ses filières de formation.

fotolia

Afin de séduire les plus jeunes, Norbert Rocourt, expert-comptable et commissaire aux comptes, choisit ses mots : « Lorsque je m'adresse à des lycéens, je parle d’audit plutôt que de commissariat aux comptes, et de conseil au lieu d’expertise comptable. Pour finir de les convaincre, j’évoque les niveaux de rémunération et l’absence de chômage », raconte ainsi le dirigeant du cabinet RT Conseil, coresponsable de la commission attractivité à la Compagnie régionale des commissaires aux comptes (CRCC) de Paris. En France, le métier rassemble environ 14.000 professionnels, dont la moitié est âgée… de plus de 51 ans. Pour se renouveler, il doit susciter des vocations.

Pour les dix prochaines années, la profession a besoin de recruter 6.000 nouveaux experts. « 

La problématique du recrutement nous préoccupe, nous intervenons dans les forums d’universités et les lycées, en association avec l’Ordre des experts-comptables », indique Didier-Yves Racapé, président de la CRCC de Paris. « L’enjeu est de maintenir une diversité dans la profession, entre les très grands cabinets d’audit et les indépendants », précise Franck Lasfargues, président du Club des jeunes experts-comptables et commissaires aux comptes.

Très présents dans les écoles et les universités, les «Big Four » (Deloitte, PwC, Ernst & Young et KPMG) attirent les jeunes diplômés. Ces géants de l’audit leur proposent des parcours normés, avec des échelons tous les deux à trois ans vers des grades de senior, manager, senior manager… jusqu’à la possible association au bout d’une dizaine d’années. Seule une petite partie des effectifs pousse jusqu’au diplôme d’expert-comptable (DEC) ou jusqu’au certificat d’aptitude aux fonctions de commissaire aux comptes (CAFCAC). Mais cela pourrait bientôt changer. Car le CAFCAC fait l’objet d’une petite révolution en s’ouvrant désormais à toutes les formations. Depuis le 1erjuillet, les étudiants issus d’autres filières que celles de comptabilité-gestion peuvent en effet avoir accès à ce certificat grâce à des « unités d’équivalence » (UE). Les titulaires d’un master (écoles de commerce et d’ingénieurs, universités) qui auront les « UE » requises, pourront être dispensés des épreuves du certificat préparatoire, l’étape préalable au stage professionnel (de trois ans), et ensuite passer les examens du CAFCAC.

Spécialisation sectorielle

De plus, depuis deux ans, Ernst & Young recrute en contrat de professionnalisation des jeunes issus de BTS pour les conduire jusqu’au diplôme de comptabilité et de gestion (DCG) et au diplôme supérieur (DSCG), en partenariat avec un organisme de formation. « Nous espérons un taux de transformation d’au moins 50 % de ces effectifs en futurs salariés de notre branche audit-commissariat aux comptes, anticipe Nicolas Pfeuty, responsable ressources humaines audit. Nous touchons ainsi des gens très motivés et diversifions nos recrutements. » La formation est exigeante, mais la réalité du métier est loin de l’image de l’expert plongé dans ses chiffres. « Je ne m’ennuie jamais ! Comme commissaire aux comptes, au-delà des aspects normatifs et comptables, je fais appel à des experts fiscaux, de l’actuariat ou encore des systèmes d’information, pour finaliser mon opinion. J’échange aussi beaucoup avec les autres associés et, au bout du compte, j’apprends tous les jours de nouvelles choses, témoigne Ariane Bucaille, associée commissaire aux comptes, responsable du secteur technologie, médias et télécommunications (TMT) chez Deloitte. En parallèle, mon rôle est aussi de renforcer l’expertise de Deloitte sur les TMT, j’écris des articles, je me forme à longueur d’année sur les changements du secteur. » La spécialisation sectorielle est de plus en plus courante dans l’audit. « Lorsque l’on intervient sur des grands comptes, la spécialisation est fortement recommandée, elle est un peu moins attendue par les clients 'middle market', indique Jean-François Bélorgey, commissaire aux comptes spécialisé dans le secteur automobile chez Ernst & Young. Pour bien exercer ce métier, je dois être capable de comprendre le fonctionnement de l’entreprise, les opérations avant les comptes, de discuter avec des chefs de projet, d’échanger sur un nouveau véhicule. »

Passionné de normes comptables et de réglementation, Bardadi Benzeghadi, senior manager chez PwC, va prochainement soutenir son mémoire de DEC. « C’est un métier que l’on découvre et que l’on apprend à aimer, confie cet ingénieur des Arts et Métiers. Très vite, les responsabilités qui m’incombent m’ont amené à rencontrer les directions, les administrateurs des entreprises. » Une grande part exerce en libéral. « Les cabinets de taille moyenne recherchent des collaborateurs expérimentés, souvent aussi des successeurs pour reprendre la direction », constate Marlène Ribeiro, directrice chez Michael Page. « Nous travaillons avec les PME plutôt qu’avec les sociétés cotées, nous avons notre place sur le marché de l’audit, souligne Norbert Rocourt, dont le cabinet compte huit personnes. En tant qu’indépendant, il faut se former constamment, au-delà souvent des 40 heures obligatoires, et parfois sur les domaines d’activité de nos clients. Les fonctions comptables et fiscales sont le point de départ de notre activité, mais nous avons aussi un département développement durable qui réalise des bilans carbone, activité habilitée par l’Ademe*. D’autres confrères sont par exemple spécialisés en immobilier. C’est une richesse du métier qui n’est pas toujours la plus connue. » Mais qui gagne à l’être.

*Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.

A lire aussi