Le parcours de… Fabien Chevillon, spécialiste en restructuration de « distressed assets » chez Natixis

« L’industrie du jeu est radicalement éloignée de ma zone de confort, la banque »

le 31/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Créatif : c’est ainsi que se qualifie Fabien Chevillon, 40 ans l’été prochain. Ce n’est pourtant pas ce qui vient spontanément à l’esprit en lisant son curriculum vitae. Ce diplômé d’études supérieures comptables et financières, doté d’un mastère Finance & Trésorerie de l’ESCP, qui a également suivi le trium global executive MBA (HEC, London School of Economics et NYU Stern), a toutefois un argument imparable : « Naturellement très créatif, j’ai choisi la finance de marché et les produits structurés, domaines où l’innovation est omniprésente. » On ne peut pas le nier. Mais désormais, ce financier veut valoriser le plus sérieux de ses loisirs : l’invention de jeux de société. Depuis des années, Fabien Chevillon crée des prototypes, organise des soirées tests chez lui, participe à des concours régionaux… jusqu’à ce que l’un de ses jeux soit édité. « J’ai placé dans ce projet toutes les compétences acquises au cours de mon MBA », insiste-t-il. Finalement baptisé « 30 carats », « un nom qui n’a pas besoin de traduction dans la plupart des langues et est facilement indexé dans google », souligne son inventeur, celui-ci devait être présenté par Grosso Modo Editions au festival d’Essen en Allemagne (24-27 octobre). « C’est là que se font les ventes de Noël pour toute l’Europe, explique Fabien Chevillon. Mais mon jeu est déjà distribué en France, notamment à La Grande Récré, en Espagne, au Portugal, au Benelux, en Suisse et à Québec. J’ai souhaité qu’il soit prêt pour le 15 septembre, date anniversaire de la chute de Lehman Brothers. »

S’il est possible de jouer à « 30 carats » en famille, avec des non-financiers et même des enfants de 9 ans, s’amusant à échanger des pierres de couleurs pour en évaluer le prix, avec d’un décor (du dessinateur Tony Rochon) proche de l’univers des chercheurs d’or, l’idée sous-tendue est bien celle de la crise financière, de la théorie de l’efficience des marchés, mais aussi du bluff, des comportements moutonniers et de mécanismes financiers que Fabien Chevillon a pu observer de près. Entre 2006 et 2009, il a structuré des dérivés actions chez BNP Paribas, avant de rejoindre Natixis. Là, il a intégré la structure dédiée à la Gestion active des portefeuilles cantonnés (GAPC). « Il s’agissait de gestion en extinction d’un ‘book’ de produits structurés indexés sur ‘hedge funds’ », précise celui qui est maintenant spécialisé dans la restructuration d’actifs illiquides (distressed assets) et de filiales en difficulté.

Son expérience, la spéculation, la crise financière… pourquoi le marketing du jeu n’est-il pas axé sur ce thème ? « J’ai commencé avec un prototype qui a séduit mes collègues de salles de marché, mais il fallait qu’il plaise aussi aux femmes et aux enfants, remarque ce père de trois petites filles. J’ai choisi un jeune éditeur de jeux pour être associé à toutes les étapes de conception et de distribution. » Et il a dû se résoudre à un constat paradoxal : « La finance, comme le sport, est un thème qui ne fonctionne pas dans l’univers du jeu », au contraire de la chasse au trésor.

A lire aussi