Jeunes diplômés, soignez vos candidatures

le 07/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Les sites d’emploi et les réseaux sociaux n’ont pas rendu obsolètes les CV et lettres de motivation que les recruteurs continuent à scruter avec intérêt.

Jeunes diplômés, soignez vos candidatures

Démodés le curriculum vitae (CV) et la lettre de motivation ? A tous ceux qui croient qu’avec l’essor des jobboards (sites d’offres d’emploi) et des réseaux sociaux, ces deux piliers du recrutement sont en train de vaciller, les recruteurs du secteur financier apportent un démenti formel. « Le CV et la lettre de motivation sont toujours prépondérants et indispensables à l'analyse des candidatures : ils restent la meilleure carte de visite pour les postulants », assure Pierre Mantilaro, responsable du pôle emploi carrière de la Bred. « Sur les campus, le CV est loin d'être passé de mode, complète Pierre Goyard, responsable de la marque employeur et des relations écoles de La Banque Postale. Lorsque l’on rencontre des jeunes, c'est la première chose qu'ils brandissent avant même de se présenter car ils savent que le CV reste le socle de l'entrée en relation avec un recruteur. »

Ce credo vaut pour tous les canaux de recrutement. Que ce soit sur un jobboard, un forum école ou lors d’un salon, les jeunes diplômés sont en effet systématiquement invités à déposer leur candidature sur les sites internet dédiés des entreprises qui se sont imposés comme « le point de passage obligé ». Chez Société Générale, tous les « campus managers » sont d’ailleurs équipés sur les forums et salons d’un iPad pour permettre aux étudiants de postuler directement en ligne, et de préférence en réponse à une offre plutôt que sous forme de candidature spontanée, comme l’explique Laurence Raison, directrice du recrutement du groupe Société Générale : « Quand on reçoit plus de 150.000 candidatures par an, c'est plus facile et plus rapide pour nos trente chargés de recrutement que de faire correspondre des candidatures spontanées avec des offres. Et puis le fait d'avoir identifié sur notre site une offre qui répond à un projet professionnel montre l’intérêt pour le poste et la motivation du candidat. »

Pour sortir du lot, mieux vaut aussi afficher un CV efficace, limité à une page, un chargé de recrutement consacrant moins d’une minute à sa lecture. « Sur un CV, on recherche des compétences clés, souligne Pierre Goyard. Le meilleur conseil que l'on puisse donner aux jeunes est donc de bien lire l'annonce pour ensuite faire ressortir dans les choix académiques, le parcours professionnel et les centres d’intérêt les dominantes qui traduisent l’adéquation avec les compétences attendues, mais aussi un appétit et une motivation pour le poste. » Quant au modèle, il n’y pas de règles : il peut être classique, chronologique ou encore thématique, voire un peu original. « Pour démarrer, une accroche du type 'Extrêmement motivé pour représenter La Banque Postale sur les forums et les salons' sera appréciée d’un recruteur qui cherche un 'campus manager' car elle met en avant le lien du candidat avec l'offre », considère Pierre Goyard. Viennent ensuite les deux parties du CV que sont la formation et l’expérience professionnelle, déroulées dans un ordre qui importe peu, même si Pierre Mantilaro recommande aux jeunes diplômés de démarrer par la formation, faute d’expériences professionnelles conséquentes. Ces dernières doivent néanmoins être décrites en détail, en précisant la durée, le périmètre d'intervention et les résultats obtenus lors des différents stages ou jobs d'étudiants en lien avec le poste. Conclusion classique à un CV, la partie « centres d’intérêt » peut éventuellement constituer un bonus, selon Pierre Mantilaro : « Si c'est pour indiquer que l’on aime la lecture et que l’on joue au tennis deux fois par semaine, cela n'a pas grand intérêt. En revanche, si l’on pratique un sport de compétition à un bon niveau, pourquoi pas... »

Personnalisation

L’adéquation avec le poste doit aussi se refléter dans la lettre de motivation qui n’est, elle, parcourue qu’une trentaine de secondes par un recruteur. « La lettre est un exercice difficile car un peu convenu, reconnaît Laurence Raison. Elle peut se révéler rapidement 'bateau' avec des postures telles que : 'je postule pour un poste RH car j'aime les gens et votre entreprise est géniale' ». Pour ce qui est de la construction, là encore, il n’y pas de schéma type attendu par les professionnels. « Au-delà du modèle, il y a le choix des mots et des compétences mises en avant, rappelle Pierre Goyard. Mais le plus important reste la personnalisation de la lettre et sa cohérence avec le projet professionnel. » Pour éviter de tomber dans le piège des redondances avec le CV, Pierre Mantilaro conseille dans un premier paragraphe de « décrypter l'annonce, pour montrer que l'on est allé se renseigner sur le site de l'entreprise, pour ensuite mettre en avant la plus-value que l'on pense apporter grâce à sa formation, ses expériences, sa motivation... Il faut également faire ressortir les points saillants de sa personnalité qui peuvent ne pas transparaître dans un CV, pour terminer par une proposition de rencontre ».

Seuls les candidats qui auront réussi à créer cette délicate alchimie décrocheront un rendez-vous. L’entretien en face à face constitue la deuxième - et cruciale - étape de tout processus d’embauche. « Souvent, je compare le recrutement à un site de rencontres, confie Pierre Goyard. Lorsque l’on a envie de rencontrer quelqu'un, on regarde les détails : il aime les chiens, la musique classique, les voyages… Si on se reconnaît dans ce tableau, cela donnera envie de rencontrer la personne. Pour un recrutement, c’est exactement la même chose. C’est ainsi que l'on détermine la 'short list' des candidats que l'on conviera en entretien pour voir s'il sera possible de faire un bout de chemin avec l’un d’entre eux. » Pour les recruteurs du secteur bancaire, le diable ne se cache donc pas forcément dans les détails du CV et de la lettre de motivation…

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