Un homme, une équipe

Jean-François Véron défend les sociétés notées chez Société Générale

le 19/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Le responsable du pôle Rating Advisory jette un pont entre entreprises et agences de « rating ». Et n’hésite pas à être l’avocat des sociétés à la note dégradée.

Jean-François Véron défend les sociétés notées chez Société Générale

La poignée de main est chaleureuse. Jean-François Véron instaure le dialogue avec aisance et sourire. « Le consultant en notation doit pouvoir faciliter la relation entre les émetteurs et les agences de 'rating' », expose-t-il pour définir la mission qui lui incombe ainsi qu’aux six collaborateurs qu’il gère à Paris. Recruté par Société Générale Corporate & Investment Banking il y a neuf ans, il pilote le pôle Rating Advisory pour la France et l’Espagne. Une expertise également déployée par la banque à Londres et New York et qui compte au total une vingtaine de consultants. « J’ai grandi dans l’industrie et mûri dans le secteur de la finance », résume-t-il, laconique. Sorti de Sup'Aero, il devient conseil en management chez Arthur Andersen, puis prend part aux financements de projets au sein du groupe Alstom, parcourt le monde, de mission en mission, avant de rejoindre les rangs de Standard & Poor’s (S&P) en qualité d’analyste sur les utilities et d’œuvrer désormais à La Défense. Il dit avoir appris l’espagnol dans la rue, en Amérique latine, lors d’une année sabbatique prise avant d’intégrer Alstom. Un bilinguisme affiné depuis lors et qui le conduit à se rendre plusieurs fois par mois dans la péninsule ibérique à la rencontre de grandes entreprises locales candidates à la notation.

Aujourd’hui, sa feuille de route consiste à aider les entreprises à franchir l'étape des agences de notation qui auront la tâche de jauger leur capacité de remboursement. « La notation est un véritable passeport pour aller sur les marchés financiers, souligne Jean-François Véron. Les agences de 'rating' sont devenues incontournables. » Mais à mesure qu’elles se sont développées, elles ont naturellement fait l’objet d’une surveillance accrue de la part des régulateurs leur imposant une plus grande transparence. Du coup, au dire du managing director, leurs approches ont été rendues plus complexes, à un point tel que les émetteurs estiment désormais qu’il leur faut s’adjoindre les services d’un consultant en notation pour traiter avec elles.

Pour que « la mariée » soit la plus belle possible et s’attire la bienveillance des agences de notation, Jean-François Véron et son équipe vont aider la société à mettre en relief ses forces et l’assister sur ses points faibles. Une « credit story » est jetée sur une dizaine de pages et, pour ce faire, les consultants se rapprochent des analystes des grandes agences (Standard & Poor’s, Fitch Ratings, Moody’s…) : la connaissance parfaite des compétences de chacun d’eux et une facilité relationnelle sont déterminantes. « Nous les sollicitons sur leurs points d’attention - certains sont plus sensibles à certains critères que d’autres - mais aussi sur l’environnement réglementaire du secteur étudié, leurs sentiments sur son évolution… », développe Jean-François Véron. Sont également passés à la loupe les avis de chaque analyste ayant préalablement noté des entreprises concurrentes à leur nouveau client. Ce qui fournira une architecture au dossier d’une centaine de pages (rating book) remis in fine aux analystes spécialisés de la Place.

Connaître les analystes

Olivier de Combarieu est particulièrement dédié aux corporates du secteur de la consommation et grande distribution en France, Espagne, Suisse et Pays-Bas. Un secteur qu’il affectionne en raison de sa résonance à l’économie réelle. « Aujourd’hui, de plus en plus de structures de taille moyenne viennent sur les marchés de capitaux, relève cet ancien analyste de Fitch. Même si beaucoup d’entre elles sont déjà cotées, elles sont en général moins avancées dans leur processus de communication financière. Il faut leur faire comprendre les attentes des investisseurs en titres de dette. » Son point de contact : le trésorier ou le directeur financier, le service de communication financière et relations investisseurs, mais aussi le directeur général de la société qui délivrera lui-même « un message » à l’adresse des agences. Par ailleurs, Olivier de Combarieu accompagne des entreprises sous LBO (leveraged buy-out) dont une partie de la dette est financée par les marchés. Outre les missions de première notation, lui et ses confrères interviennent lors de toute nouvelle émission et ce, quel que soit l’instrument souhaité par la société, mais également en cas de situation risquée pour l’entreprise. « Nous accompagnons les clients disposant déjà d’une notation, et qui, rencontrant un souci temporaire, voient leur 'rating' sous pression, poursuit Jean-François Véron. Il s’agit d’une mission « coup de poing ». « Il nous faut défendre la notation ! », décrypte-t-il, n’hésitant pas à comparer le rôle du consultant à celui d’un avocat, tandis que l’analyste revêtirait la robe du juge.

Il arrive qu'Olivier de Combarieu travaille en étroite collaboration avec Cécile Bidet, tournée vers les institutions financières, essentiellement les banques, les compagnies d’assurance et de réassurance. Une expertise que la jeune femme a acquise durant son passage de « l’autre coté du miroir » : neuf années dans les rangs de Moody’s. A elle seule, elle suit environ une centaine de banques réparties de l’Irlande à la Russie et de la Finlande au Portugal. Engrangeant des informations abondantes sur les secteurs bancaires et assurantiels, elle est donc à même de répondre aux questions des entreprises suivies par Olivier de Combarieu et (ses autres collègues), quant aux problématiques de financement qu’elles se posent. « ‘Les banques vont-elles continuer à me prêter et à quel prix ?’ sont les deux points qui préoccupent les 'corporates' », explique-t-elle. La jeune femme indique être moins présente sur les missions de premières notations que son confrère, pour des raisons structurelles : le secteur couvert est déjà très largement noté. « Je suis en contact avec l’ensemble des analystes dédiés à mes secteurs, poursuit Cécile Bidet, pour recueillir la façon dont ils comprennent les problématiques réglementaires, par exemple, et comment cela se traduit dans leur notation. Il me faut ensuite transmettre ces informations à mes clients pour les aider à jauger si leur stratégie de capital et de financement est en lien avec l’évolution réglementaire. » L’émission anticipée d’une dette hybride peut assurer le maintien du capital réglementaire de demain. Et donc la qualité de la note d’une banque. Les contacts téléphoniques sont nombreux et une veille réglementaire assurée deux fois par mois. De plus, Cécile Bidet se fait fort de rencontrer ses clients au moins une fois par an. Une mobilité géographique sans contrainte, une bonne connaissance technique des secteurs couverts, des clients et de très bons contacts au sein des agences… voilà brossé à grands traits le portrait type du consultant en notation.

L'EQUIPE

Cécile Bidet,38 ans, managing director, rating advisory for financial institutions

Jean-François Véron,48 ans, managing director, head of rating advisory for France & Spain

Guillaume Robineau,24 ans, analyst, rating advisory

Olivier de Combarieu, 44 ans, director, rating advisory for corporates

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