Je travaille sur un véritable campus bancaire !

le 26/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Sur ces vastes sites en périphérie des capitales, tout est pensé pour le bien-être des salariés et l’émergence d’un esprit de corps.

Clément Reder, responsable des fonctions supports de la direction de la gestion financière de Crédit Agricole SA, ne cache pas l’appréhension qu’il a eue après avoir quitté en décembre dernier le quartier de Montparnasse pour Montrouge. « L’éloignement géographique constituait une préoccupation majeure, avoue-t-il. Je perds un quart d’heure par trajet, mais cela reste raisonnable. En attendant le prolongement du métro jusqu’à Montrouge courant 2012, j’emprunte une des navettes mises en place aux portes de Paris pour assurer la liaison avec le campus. » « Evergreen », c’est le nom de ce gigantesque complexe de huit hectares qui doit cette appellation de « campus » à la présence de prestations dans le domaine de la culture, du sport, de la santé, etc. comme sur les sites universitaires. Il regroupera fin 2014 près de 10.000 collaborateurs de la banque verte. Quelque 50.000 mètres carrés de bureaux sont d’ores et déjà aménagés, et 100.000 mètres carrés sont en construction. « La principale raison qui nous a poussés à rapprocher nos différentes entités, c’est la volonté de faire travailler en mode collaboratif des équipes qui étaient réparties dans une multitude d’implantations », indique Agnès Coulombe-Appelgreen, directrice du projet Evergreen.

Economies de loyers

LCL avait été le premier à ouvrir le bal en installant, fin 2008, les premières équipes sur son nouveau siège central de 70.000 mètres carrés à Villejuif (il abritera 3.000 collaborateurs en 2012). Ces regroupements physiques se révèlent intéressants financièrement puisqu’ils vont permettre à Crédit Agricole d’économiser plusieurs dizaines de millions d’euros par an sur ses loyers immobiliers, alors que LCL communique de son côté sur une réduction de 30 %. S’éloigner du centre-ville a aussi un autre avantage : l’Evergreen de Crédit Agricole dispose de quatre hectares d’espaces verts avec une étendue d’eau qui accueille canards et poules d’eau. En Espagne, le campus de Banco Santander, situé dans la banlieue de Madrid, est le royaume de l’art (170 œuvres en exposition permanente) et des oliviers ! Quelque 1.200 oliviers - dont 16 sont plus que millénaires - et 21.000 arbres sont présents sur les 250 hectares du terrain de la « Ciudad Grupo Santander », inauguré en 2004. L’objectif de ce site : rendre la vie plus agréable aux 6.700 salariés. Le pari semble réussi. Eduardo D., salarié de la banque, affirme bien s’y sentir : « Les façades vitrées nous permettent d’avoir toujours de la lumière naturelle. »

Accessibilité et confort

Pour vaincre les éventuelles réticences de collaborateurs peu enthousiastes à l’idée de quitter les centres-villes, les états-majors misent sur l’accessibilité. « Notre nouveau siège est situé à Porte de Pantin, juste de l’autre côté du périphérique, à deux minutes à pied du RER E et à dix minutes de trois stations de métro. Et dès l’année prochaine, le tramway s’arrêtera aux portes de nos bureaux », se réjouit Gilles Mawas, qui a piloté le regroupement des 3.000 collaborateurs parisiens de BNP Paribas Securities Services dans 42.000 mètres carrés de bureaux aménagés dans les anciens Grands Moulins de Pantin. Certains employés de Banco Santander se plaignent quant à eux de l’emplacement en banlieue, notamment par rapport à BBVA, sa concurrente installée au cœur de Madrid. Mais la direction insiste sur les bonnes connexions pour y accéder, et Eduardo D., qui vit dans le centre, affirme que son temps de transport ne dépasse pas 25 minutes. Chez Crédit Agricole, certains collaborateurs ont été associés au projet : « Plus de 500 salariés volontaires ont participé à des groupes de travail pour travailler sur les mesures d’accompagnement, choisir le mobilier, imaginer les espaces collaboratifs… », rapporte Agnès Coulombe-Appelgreen. L’un des enjeux de ce déménagement était en effet de faire accepter aux équipes, l’idée de travailler en « open space », une nouveauté pour beaucoup. « A Montparnasse, tous les bureaux étaient cloisonnés le long d’immenses couloirs, se souvient Clément Reder. Ici, les espaces sont un peu plus ouverts, mais très bien conçus. J’ai désormais tous mes collaborateurs à proximité et je n’ai plus besoin d’aller chercher des salles de réunion à un autre étage. » Pour faciliter le travail collaboratif, les open spaces chez LCL sont segmentés par unités d’une douzaine de personnes. « Chaque unité dispose d’un ‘point métier’, avec six tabourets et une table, où les collaborateurs peuvent se réunir sans déranger leurs voisins, précise Christian Bouvet, responsable du schéma directeur immobilier chez LCL. Au centre, nous avons implanté des salles de réunion vitrées et des ‘lounges’ plus propices aux échanges informels. Enfin, chaque étage dispose d’une cafétéria où l’on peut discuter autour d’un café. »

Ces « campus » jouent aussi la carte du confort. Les postes de travail sont optimisés avec des écrans plats, des bras supports d’écrans, des assises à position réglable... « L’ensemble de nos cinq bâtiments étant HQE (haute qualité environnementale, NDLR), nous respectons aussi des normes de confort très strictes en matière de lumière, d’acoustique et d’air », complète Gilles Mawas. Et pour agrémenter le quotidien, les campus offrent une panoplie de services : conciergerie, salle de sport, médiathèque... Le Crédit Agricole se distingue avec une boutique « informatique et téléphonie » (qui fournit de l’assistance) et une conciergerie qui favorise le commerce de proximité, comme l’explique Agnès Coulombe-Appelgreen : « Notre banque a toujours été proche de ses territoires. Nous avons donc signé un partenariat avec la ville qui stipule que toutes les prestations de la conciergerie doivent être assurées par des commerçants de Montrouge. » Chez LCL, pas de conciergerie puisque des commerces seront bientôt installés au pied du quatrième immeuble encore en construction. Mais le site est doté d’un centre de consultation médicale. « Nos collaborateurs peuvent y rencontrer sur rendez-vous des spécialistes (ophtalmologiste, cardiologue, dermatologue…), ce qui évite les attentes trop longues et facilite l’accès aux soins », souligne Christian Bouvet. Banco Santander, dont le siège dispose d’un centre de formation, d’un hôtel de 168 chambres, d’une salle de sport pouvant accueillir jusqu’à 2.000 personnes, d’une école élémentaire de 500 places, d’un salon de coiffure, de neuf restaurants, d’un terrain de golf, a lui aussi son centre de santé. « Je souffre d’une maladie chronique, je l’utilise donc beaucoup, indique Antonio Rodríguez, documentaliste au service communication. Ne pas avoir à me déplacer à l’hôpital me fait gagner beaucoup de temps. »

Services appréciés

La conciergerie a le vent en poupe dans le secteur financier. Deloitte, qui n’a pas de « campus », possède un service de nourrices pour garder les enfants en cas d’urgence. « Les infirmières de notre centre médical proposent aussi sur rendez-vous des massages assis d’une vingtaine de minutes », ajoute Pascale Chastaing-Doblin, associée responsable des ressources humaines chez Deloitte. Des prestations appréciées : en 2010, la moitié des 2.200 salariés du site du groupe d’audit à Neuilly ont utilisé la conciergerie. « Lorsque je suis au siège, il m’arrive de travailler jusqu’à 21 heures, raconte Laurène Magotte, consultante junior. J’utilise donc plusieurs fois par mois le pressing et la cordonnerie. J’achète aussi régulièrement les paniers bios proposés à des prix très intéressants. Et je suis une grande fan de la salle de sports qui a ouvert ses portes en janvier. » Les campus offrent enfin profusion de cafétérias et restaurants.

Chez BNP Paribas Securities Services, deux self-services de 600 places chacun ont été aménagés, ainsi que deux grandes cafétérias, dont l’une au pied de l’imposante chaudière à charbon du bâtiment principal. « Nous l’utilisons pour les réceptions car les volumes y sont plutôt impressionnants », dit Gilles Mawas. Depuis qu’il travaille à Montrouge, Clément Reder constate qu’il déjeune plus souvent au restaurant d’entreprise : « A Montparnasse, il était en sous-sol. Ici, il donne sur le jardin, et lorsqu’il fait beau, il faut se battre pour trouver une place sur la terrasse ! » A l’heure du bilan, il dit avoir gagné en qualité de vie au travail et en productivité, tout en estimant que l’adaptation à son nouvel environnement prendra encore un peu de temps : « A notre arrivée, nous continuions d’organiser les événements festifs dans les bureaux alors qu’il y a des lounges à chaque étage ! L’appropriation de ces espaces sera progressive, mais je suis prêt à parier que demain, nous nous installerons parfois sur les pelouses pour nous réunir, comme sur les campus… américains ! »

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