Je réduis mon empreinte CO2 !

le 06/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Dans la finance, les initiatives individuelles des salariés en faveur de l’environnement sont de plus en plus encouragées.

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Sept kilomètres à l'aller, sept kilomètres au retour, un poncho imperméable pour les jours de pluie, Maxime Nivelle, logisticien à la communication événementielle du Crédit Agricole Nord de France, se rend au travail en vélo. « Je mets le même temps qu’en voiture, soit une demi-heure. D’ailleurs, les pistes et aménagements se développent, constate ce salarié lillois. Nous ne sommes pas loin de la Hollande où le vélo fait partie de la culture.  » Le transport « durable » est un sujet de plus en plus abordé dans les politiques de responsabilité sociale et environnementale (RSE) des établissements financiers.

Déplacements écologiques

 

BNP Paribas Fortis propose à ses équipes un parc de véhicules verts en leasing. Le Crédit Agricole Nord de France, lui, a développé une plate-forme de covoiturage. « Nous avons réservé des places de parking à cet effet, promu la visioconférence pour des réunions et sensibilisé les collaborateurs à de nouveaux comportements pour leurs déplacements professionnels, détaille Fanny Van Kerrebrouck, responsable développement durable au Crédit Agricole Nord de France. Les kilomètres parcourus dans le cadre professionnel ont ainsi diminué de 9 %. » Chez BPCE, Pierre-Eric Randrianarisoa, cyclotouriste dans sa vie personnelle, a proposé l’achat en 2007 de quelques vélos électriques pour les salariés qui le souhaitaient. « Nous faisons occasionnellement appel à un taxi pour de très courts trajets. Or, dans Paris, sur de courtes distances, on arrive souvent plus vite à destination à vélo », explique ce chef de projet engagement sociétal à la direction du développement durable du groupe en charge de sujets d’inclusion financière. Son idée rencontre un certain succès : « L’objectif n’est pas de mettre tout le monde à vélo. L’année dernière, nous avons eu une cinquantaine d’utilisateurs pour 82 trajets. C’est aussi une manière de sensibiliser, d’autant que nous sommes dans une zone, la ZAC Tolbiac, bien aménagée pour les vélos. Le projet s’inscrit dans un contexte de montée en puissance de l’économie de la fonctionnalité, portée par les moyens de transport partagés.  » Chaque année, la semaine du développement durable est pour lui l’occasion de faire découvrir les vélos électriques. Et bien sûr, il est le premier utilisateur de ces bicycles pour ses déplacements professionnels.

Le bâton et la carotte

 

Autre lieu, autre idée : à Bruxelles, où il est architecte technique chez BNP Paribas Fortis, Thierry Derode a participé avec l’ensemble du service informatique à la mise au point d’un système pour éteindre complètement les ordinateurs à la fin de la journée, et non plus simplement les écrans. « Nous avons dû trouver une solution pour rallumer les ordinateurs pour les mises à jour qui se font la nuit. Au niveau du groupe et de l’entreprise, un certain nombre d’actions sont en place pour encourager les salariés à réduire leur impact environnemental. Le nombre de feuilles imprimées est par exemple décompté, et je me fixe des objectifs personnels de consommation. J’imprime encore quelques documents pour les lire dans le métro, mais je devrais arriver à zéro impression. Cela sera bientôt possible grâce au 'bring your own device’, de type tablette, plus maniable dans les transports  », expose Thierry Derode, qui est aussi « eco-coach », c'est-à-dire salarié volontaire pour relayer la politique environnementale du groupe auprès des collaborateurs.

Société Générale a, de son côté, trouvé la meilleure incitation pour faire baisser les consommations dans ses agences : le paiement d’une taxe annuelle interne basée sur le profil carbone de chaque ligne métier. « Le système se rapproche de celui du bâton et de la carotte, expose Emmanuel Martinez, directeur environnement. Nous collectons la taxe auprès des entités et la somme récoltée est entièrement redistribuée pour des initiatives de collaborateurs en faveur de l’environnement. Cela est doublement incitatif: il pousse les entités à réduire leurs émissions et les incite à développer de nouvelles actions.  » Fin 2013, 28 initiatives ont partagé une enveloppe de 2,6 millions d’euros, le financement d’un projet étant plafonné à 200.000 euros.

Pascal Nivière, expert en génie climatique pour le réseau d’agences de Société Générale en France, a ainsi été récompensé pour son initiative d’installation de capteurs de détection de consommations anormales d’eau et d’énergie couplés au logiciel de maintenance du groupe. « Le génie climatique est un domaine stratégique pour intervenir directement sur les consommations d’énergie, souligne-t-il. Le système a commencé à être déployé il y a environ un an et demi, il a détecté environ 170 anomalies dans une centaine d’agences. La détection a évité le gaspillage de 1,3 million de kilowattheures, soit l’équivalent de 230 tonnes de CO2 et de 13.000 litres d’eau. Cela équivaut à 180.000 euros de dépenses évitées. » Les capteurs seront déployés sur environ 250 agences identifiées comme les plus énergivores. « Le dispositif a aussi un effet sur les consciences, les gens se rendent compte qu’il est important de surveiller les installations. »

Blandine Chenot, manager chez Bio by Deloitte, conseille des entreprises et des institutions publiques qui souhaitent une meilleure intégration de l’environnement dans leur stratégie. « Tout le monde ne réfléchit pas encore à son empreinte environnementale, la notion de confort personnel reste souvent dominante, note cette consultante qui est elle-même attentive à ses propres pratiques. Mais il n’est pas toujours possible dans les quartiers d’affaires de suivre complètement les comportements que l’on a chez soi. Par exemple, à mon bureau, je ne peux pas régler la température ambiante, je ne peux pas facilement consommer des produits issus de l’agriculture biologique ou raisonnée. Il n’y a pas non plus de piste cyclable qui me permette de venir en deux-roues jusqu’à mon travail. » La volonté environnementale des salariés dépend aussi de… leur environnement de travail.

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