Je recrute par « job dating » !

le 30/06/2011 L'AGEFI Hebdo

De cinq minutes à un quart d’heure, ces entretiens permettent aux banques et aux assureurs de dénicher leurs futurs commerciaux.

Le 31 mai dernier, Anne de Malezieu, conseillère en recrutement chez Société Générale, a participé au Palais Brongniart à Paris à « Push my career », une opération « spéciale » de recrutement de jeunes diplômés. Après avoir été présélectionnés grâce à une page dédiée sur Facebook, 250 candidats sont venus à l’événement qui pouvait déboucher sur une promesse d’embauche en contrat à durée indéterminée (CDI). « Tests, mises en situation, entretiens individuels avec des recruteurs et des opérationnels, tout était condensé en un jour, raconte Anne de Malezieu, qui a une vingtaine d’années d’expérience dans son métier. Habituellement cela prend beaucoup plus de temps. »

Entretiens très courts

Les banques de réseau et les grands assureurs sont confrontés au même problème : pour pourvoir leurs milliers de postes de conseillers commerciaux dans un contexte de guerre des talents, leurs processus de recrutement traditionnels (qui utilisent principalement internet) sont trop longs. C’est pourquoi tous multiplient les opérations de job dating ou, comme Société Générale, s’en inspirent. En général, le job dating consiste pour des recruteurs à mener une série d’entretiens très courts (de cinq à quinze minutes environ) avec des postulants au cours de demi-journées ou de journées complètes. A la fin de ces sessions, les participants retenus passeront d’autres entretiens, d’autres intégreront le vivier de l’entreprise dans l’attente d’un poste. Dans le secteur de la banque-assurance, chacun adapte le concept à sa façon. Ainsi, chez Société Générale, il ne s’agissait pas de rendez-vous « flash ». « J’ai vu quatre candidats lors des entretiens individuels de l’après-midi (45 minutes pour chacun) pour lesquels j’ai émis trois avis favorables, indique Anne de Malezieu. Après avoir rencontré les opérationnels, ces trois personnes ont signé une promesse d’embauche. »

Axa France a pour sa part privilégié internet en organisant une émission-web au cours de laquelle des internautes-candidats ont été identifiés pour passer ensuite des « visio-entretiens » (lire le témoignage de Nicole Pacary page 52). « Cela permet d’établir le premier contact, de réaliser une toute première sélection, affirme Frédérique Bouvier, directrice du recrutement externe chez Axa France. L’entrée en relation est réellement simplifiée. » BNP Paribas, qui avait marqué les esprits avec « Entretien immédiat » (les aspirants conseillers étaient reçus dans l’agence parisienne de la banque située à Opéra), préfère désormais répliquer cette opération, « toujours sous l’appellation Entretien immédiat, dans les forums auxquels nous participons (salons métiers, thématiques sur la diversité, etc.), explique Isabelle Sachot-Moirez, responsable recrutement du groupe. Concrètement, un candidat qui vient déposer son CV pourra soit passer un entretien tout de suite, soit être convoqué dans les jours qui suivent ».

Profils de commerciaux

En revanche, au Crédit Agricole d’Anjou et du Maine, le job dating qui s’est tenu le 14 mai dernier s’est déroulé dans l’esprit de rencontres « express ». « Nous avions de vraies difficultés à recruter, à trouver des candidats, souligne Christophe Galon, responsable de la gestion des compétences. Plus de 100 personnes sont venues se présenter dans nos trois agences principales (Angers, Le Mans, Laval) et nous les avons toutes reçues, sans présélection. Nos chargés de recrutement ont passé cinq à dix minutes par individu afin de connaître leur motivation, leur vision du métier et leur capacité à se projeter. » Le bilan total de l’initiative n’est pas encore établi car des procédures d’embauche sont en cours, mais deux CDI vont être pourvus prochainement. A ceux qui émettent des critiques sur le fait de pouvoir cerner un postulant en seulement quelques minutes, Christophe Galon précise que ce job dating était ciblé sur des commerciaux : « Dans ce métier, ce qui compte, ce ne sont pas tant les compétences que la personnalité, le sens du contact, la motivation… Il est possible d’évaluer ces qualités rapidement. 

Autre point sur lequel insistent les recruteurs : ces actions permettent de trouver des talents qui n’auraient pas été retenus s’ils avaient emprunté la voie classique du CV déposé sur le site web de l’entreprise. Christophe Gorneau, chargé de recrutement au Crédit Agricole Centre-Est, a récemment participé à trois job dating multi-entreprises organisés par Pôle Emploi à Bourg-en-Bresse, Grenoble et Louhans. « Les candidats qui m’ont intéressé lors de ces forums n’auraient pas été forcément ceux que j’aurais choisis de rencontrer si j’avais vu leurs CV sur notre site », admet-il. Et la formule a été concluante : « A Bourg-en-Bresse, j’ai reçu trente candidats en entretiens d’une quinzaine de minutes pour chacun, détaille ce professionnel. Parmi eux, quinze ont retenu mon attention et sont désormais dans notre vivier de potentiels futurs attachés commerciaux, deux ont été embauchés (un CDI et un CDD) et un est en négociation. » A Grenoble, sur treize personnes rencontrées, neuf ont rejoint le vivier et deux ont signé un CDI. Du côté des postulants, certains jugent aussi que ce dispositif a le mérite de faire tomber les barrières. Sandrine Borie, 42 ans, cherche un emploi dans la banque-assurance. Diplômée d’un BTS d’assistante de direction, elle a notamment travaillé à Genève et souhaiterait aujourd’hui se rapprocher de Lyon où exerce son mari. Elle n’a pas le profil type que visent les entreprises du secteur mais ses entretiens avec neuf recruteurs lors d’un job dating multi-entreprises organisé par Pôle Emploi à Seynod (département de la Haute-Savoie) ont été positifs. « J’ai décroché trois autres entretiens, dont deux chez de grands assureurs. J’attends de voir comment les choses vont évoluer !, dit-elle. En France, il y a beaucoup de barrages pour accéder à un recruteur dans une société, que ce soit par téléphone ou par e-mail. C’est vraiment une difficulté. Or ce ‘job dating’ offre une chance de passer ces barrages. On prend des cartes de visite, des numéros de téléphone, les gens sont très professionnels. Ce n’est pas de l’abattage ! »

Conseillers en gestion de patrimoine

Le modèle séduit au-delà des banques de réseau et des assureurs. Spécialisée dans le conseil en gestion de patrimoine, l’Union financière de France (UFF) veut attirer 300 conseillers d’ici à la fin de l’année. Pour atteindre cet objectif, le job dating est utilisé depuis 2010. « La chasse aux talents est telle qu’il est nécessaire de multiplier les formats de recrutement, fait remarquer Christophe Amirault, directeur recrutement, intégration et formation. La vitesse à laquelle on capte les candidats est un enjeu. Plus on est rapide, plus l’embauche sera facile. Plus on est lent, plus ce sera rude. » Basé à Marseille, Daniel Gaillard, chargé de mission auprès de la direction commerciale à l’UFF, a animé depuis le début de l’année cinq demi-journées de sessions en job dating afin de recruter des jeunes diplômés pour un premier emploi. « A chaque fois, le nombre de candidats peut varier, de cinq à dix, ou trente, indique-t-il. Nous les recevons dans une de nos agences, nous leur présentons durant trente minutes l’entreprise et les métiers, puis ils préparent un test commercial avant de passer des entretiens individuels. »

Durant une vingtaine de minutes sont passés au crible « leur façon de s’exprimer, leur motivation, leur parcours, leur comportement…, précise-t-il. Pour finir, je leur fais passer un test, nous échangeons à ce sujet, et je leur indique qu’ils auront une réponse dans les 48 à 72 heures. Si cette dernière est favorable, ils sont à nouveau reçus par un directeur d’agence qui validera la décision. » Grâce à ce nouveau concept, une dizaine de personnes ont rejoint cette année l’UFF dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Pour Daniel Gaillard, « on décèle certains éléments assez rapidement mais ce n’est pas une science exacte », d’où une série de rencontres ultérieures avec plusieurs autres responsables (chaque postulant rencontre DRH, directeur d’agence et responsable commercial) « afin de mener une sélection précise ». Le procédé fonctionne et il sera prochainement renouvelé : « D’autres sessions sont prévues à la rentrée prochaine », confie le recruteur. Plus qu’une mode, le job dating devient petit à petit un vrai canal de recrutement à part entière.

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