Je coopte, tu cooptes, nous cooptons !

le 19/12/2013 L'AGEFI Hebdo

Chez les financiers, le « recrutement par recommandation » est surtout utilisé pour dénicher des profils expérimentés.

Illustration: Fotolia

Lorsqu’il rejoint Deloitte en 2011 en tant que consultant senior au sein de l’équipe actuariat, Cyril Neyme n’emprunte pas les voies de recrutement traditionnelles (sites Internet, cabinets, chasseurs de têtes, etc.), mais la cooptation. Aujourd’hui, ce diplômé de Centrale Paris vient à son tour de recommander une ancienne collègue. « Elle m’a demandé s’il y avait des opportunités dans mon entreprise. Comme je la connais bien, je n’ai pas essayé de lui ‘vendre la mariée’ plus belle qu'elle ne l’est. Je lui ai parlé des points positifs, mais aussi des éventuelles difficultés auxquelles elle pourrait être confrontée. Je l’ai ensuite recommandée à mon associé qui l’a intégrée dans le processus de recrutement classique à l’issue duquel elle a été embauchée. »

Plutôt répandue, cette méthode contribue à hauteur de 37 % au recrutement des cadres en France, selon une étude de l’Apec. Dans le secteur financier, la cooptation est utilisée même si elle reste sporadique, notamment dans les grands groupes. LCL y a recours avec parcimonie, sur des expertises spécifiques et un nombre réduit de postes. Les acteurs de taille plus modeste ont davantage tendance à privilégier cette technique. Ainsi, à l’Union financière de France (UFF), qui emploie 920 conseillers dans ses 24 agences, le « recrutement par recommandation » est très prisé. Près d’un tiers des embauches passe par ce biais. Les cabinets d’audit et de conseil sont aussi de grands spécialistes de cette pratique. Les principes sont simples, comme l’explique Jean-Marc Mickeler, associé DRH chez Deloitte où la cooptation ne concerne que les profils expérimentés : « Le collaborateur n’a qu’à présenter une candidature en réponse aux offres en ligne sur deloitterecrute.fr. Si cette candidature se conclut par une offre d’emploi, il perçoit une prime de cooptation au terme de la période d’essai du candidat recruté. » Une prime dont le niveau ne sera pas précisé par le responsable de Deloitte… Chez PwC, le montant oscille entre 1.000 euros et 4.500 euros selon la séniorité, en sachant que tous les profils peuvent être cooptés, à l’exception des stagiaires et des jeunes diplômés. Il y a trois ans, PwC a même fait évoluer son dispositif pour le rendre plus souple et attractif. « La prime de cooptation est désormais versée un mois avant la fin de la période d’essai et son montant a été revu à la hausse pour les profils seniors, confie Isabelle Mathieu, DRH du groupe d’audit. Le dispositif a aussi été étendu au monde entier et nos collaborateurs sont invités à valoriser les postes à pourvoir sur les réseaux sociaux. »

Efficace

Responsable commercial à l’UFF, Grégoire Jacoud a, comme Cyril Neyme, connu les deux côtés de la cooptation puisqu’il a intégré l'entreprise en 2007 grâce à la recommandation du mari d’une de ses amies, avant de lui-même coopter un de ses anciens collègues. « Lorsqu’il m’a fait part de son désir de quitter son poste, je lui ai parlé de mon travail et de l’entreprise avant de l’inviter à prendre un café avec mon directeur d’agence, raconte-t-il. Après un second entretien plus formel, il a été embauché, et avec succès, puisqu’il a terminé la première année parmi les meilleurs jeunes de sa catégorie. »

La cooptation peut ainsi se révéler un redoutable outil d’embauche. « Lors d’un recrutement classique, il faut voir dix candidats pour en retenir un. Avec la cooptation, c’est un sur deux ou un sur trois », affirme Philippe Gragé, directeur du développement de l’UFF. Cette efficacité s’explique par un risque d’erreur limité. « Lorsque vous cooptez quelqu’un, vous engagez votre image et votre réputation, rappelle Philippe Lesplinguies, directeur de l'activité consulting au bureau de Lyon de PwC, qui a coopté un candidat recommandé par un de ses anciens collègues. Vous ne le faites donc qu’en connaissance de cause. En l'occurrence, j’avais toute confiance en la personne qui m’a proposé ce candidat, même si je ne le connaissais pas. » « Et il n’y a jamais de ‘sanction’ lorsque votre candidat n’est pas retenu, ajoute Cyril Neyme. Il faut simplement s’assurer en amont qu’il peut correspondre au profil du poste. Après, c’est aux recruteurs de décider… »

La cooptation a également pour vertu de rassurer les postulants, comme le souligne Vanessa Matheau, analyste en gestion des risques, qui a intégré Accenture par cette voie début 2013 : « J’ai répondu au manager et au consultant d’Accenture qui m’avaient contactée. Ils avaient effectué une mission dans mon entreprise et ont accepté de me consacrer du temps pour me décrire l’organisation de leur société, les thématiques sur lesquelles intervenait leur département, les clients chez qui j’étais susceptible d’intervenir, les perspectives d’évolution de carrière... J’ai aussi apprécié la manière avec laquelle ils ont valorisé leur entreprise. Au final, c’est cette dimension humaine qui a fait la différence car j’avais reçu des propositions d’autres cabinets de conseil ».

Atout non négligeable pour les DRH, la recommandation est synonyme d’économies. « Recourir à la chasse de têtes ou aux annonces représente un coût beaucoup plus élevé », relève Isabelle Mathieu. Attention, néanmoins, à ne pas confondre la cooptation, basée sur les compétences, et le piston, qui se fonde sur les affinités personnelles. « Nous encourageons la cooptation car elle est vertueuse. ‘A contrario’, nous sensibilisons nos associés et collaborateurs aux risques liés aux sollicitations de leur réseau pour ‘pousser’ certaines candidatures, indique Jean-Marc Mickeler. Chez nous, c’est la qualité du candidat qui motive la décision, quelle que soit sa provenance. » Aussi, cette pratique ne peut pas constituer la panacée. « Elle doit être limitée à un volume raisonnable par rapport aux autres sources de recrutement, prévient le responsable de Deloitte. Ne favoriser que ce type d’embauches conduirait à ne plus diversifier suffisamment les profils. » Oui à la cooptation, mais avec modération. 

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