Je change de région !

le 21/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Dans les banques, a fortiori mutualistes, la mobilité régionale est un passage obligé pour accéder à un poste de direction.

Pour les 350 cadres dirigeants de nos 39 caisses régionales, la mobilité est naturelle et même obligatoire, puisque pour passer de directeur à directeur général adjoint, puis directeur général, il faut à chaque fois changer de région » : Camille Béraud, directeur général adjoint en charge des ressources humaines à la Fédération nationale du Crédit Agricole, donne le ton. Chaque année, 70 responsables de caisse régionale doivent ainsi boucler leurs valises en vue de grimper les échelons dans les organigrammes. A cette mobilité des cadres dirigeants s’ajoutent une centaine de mutations concernant, cette fois, des cadres à potentiel et des collaborateurs souhaitant changer de région pour des raisons professionnelles ou personnelles. Chez LCL, le périmètre de la mobilité est sensiblement le même. A une nuance près, précise Jean-Marie Pouplard, responsable de la gestion des fonctions centrales : « La mobilité n’est jamais imposée. Elle favorise néanmoins l’évolution de carrière de nos collaborateurs qui se voient proposer des parcours en vue d’exercer des responsabilités managériales élargies sur des métiers transverses. » Et au sein du groupe BPCE, ce sont pas moins de 300 à 400 collaborateurs qui sont, eux aussi, incités chaque année à changer de région pour accéder à des postes d’encadrement intermédiaires, supérieurs et de direction.

Ancrage régional

Qu’elle soit imposée ou pas, la mobilité nationale constitue presque toujours un passage nécessaire. Cette donnée est bien comprise des managers concernés. Sa dernière mobilité, Thibaud de Fourtou l’a lui-même provoquée. Ce Périgourdin de 43 ans a en effet demandé à quitter son poste de directeur général adjoint de Crédit Agricole Leasing à Paris pour rejoindre la caisse régionale du Crédit Agricole Normandie en tant que directeur général adjoint en charge du fonctionnement : « Ayant effectué la première partie de ma carrière dans les filiales métiers du groupe Crédit Agricole SA, j’ai considéré que si je voulais devenir un jour un dirigeant du groupe, je me devais de connaître l’univers des caisses régionales. » Alors qu’il avait déjà été muté de Picardie à Paris en 2006, Bertrand Louchez n’a pas hésité lui non plus, lorsque BPCE lui a proposé début 2009 de quitter son poste de directeur de la communication de la Financière Océor à Paris pour devenir celui de la Caisse d’Epargne Normandie. « Après trois années passées à évoluer dans un environnement international, j’avais envie de retrouver un ancrage régional, raconte-t-il. Alors lorsque le groupe m’a proposé de bâtir la communication interne et externe de l’entité qui venait de naître suite à la fusion des caisses de Basse et Haute Normandie, le choix s’est imposé naturellement. »

Des métiers différents

D’autres comme Pierre Baillot, de la direction de la communication de LCL, ont même fait de la mobilité le fil conducteur de leur carrière : « J’ai toujours été animé par une grande curiosité, l’envie de découvrir d’autres régions… Il faut dire qu’enfant, j’ai eu la chance d’avoir un père très mobile. » Depuis son entrée dans le groupe en 1987 comme conseiller clientèle, ce Breton d’origine a enchaîné, à 47 ans, pas moins de huit mobilités dont Brest, Perros-Guirec, Rennes, Paris, Marseille et Dijon ! A chaque fois, il a découvert un métier différent : directeur d’agence, responsable de la plate-forme « LCL à l’écoute », formateur de téléconseillers, gestionnaire de ressources humaines... « Plus que la mobilité géographique, c’est la mobilité fonctionnelle qui a motivé mes choix de carrière, explique-t-il. J’ai saisi l’occasion que nous offre LCL de pouvoir exercer des métiers très divers, tout en étant en permanence guidé dans ce parcours par mon gestionnaire RH attitré. »

Les banques font tout pour favoriser le changement. Le groupe BPCE a ainsi adopté une « charte de la mobilité » en accord avec les partenaires sociaux. « Ce document fixe un certain nombre de règles sur les processus de recrutement et la continuité du contrat de travail, souligne Dominique Languillat, directrice emploi et développement RH. Lorsqu’il arrive sur son nouveau poste, le collaborateur n’a ainsi plus de période d’essai et son ancienneté dans le groupe est conservée. » Chez Groupama, tout est fait pour multiplier les connexions entre la quarantaine d’entreprises qui composent le groupe. Sur l’intranet, l’espace « Mouvy », qui diffuse l’ensemble des postes à pourvoir, a déjà recueilli 5.000 candidatures. Un chiffre significatif pour un groupe qui emploie 30.000 collaborateurs en France. « Nous organisons également chaque année des journées Groupama Gan Rencontres qui se positionnent comme de mini-salons de recrutement interne, confie Isabelle Calvez, DRH du groupe. Lors de la dernière édition, 500 collaborateurs y ont participé. » La DRH a également initié une politique dynamique en direction des cadres à haut potentiel. « Lorsque, par exemple, un poste de directeur assurance se libère dans une caisse régionale, nous contactons les collaborateurs que l’on a identifiés dans les plans de succession, précise Isabelle Calvez. Après, libre à eux d’accepter ou de refuser. »

Les DRH ont également mis en place des dispositifs d’accompagnement pour améliorer les conditions matérielles du changement de région. La plupart incluent une prime de mobilité, le financement du déménagement, l’aide à la recherche du nouveau logement, l’accompagnement du conjoint dans sa recherche d’emploi, une participation financière partielle ou totale au loyer… Des « packages » qui sont déployés pour compenser les sacrifices induits, tant sur le plan professionnel que familial. Mais l’objectif est aussi de faciliter l’intégration des collaborateurs dans leur nouvel environnement. Pour certains, l’adaptation se fait de façon naturelle. « Ce qui m’a le plus surpris, lors de ma prise de fonction, c’est le mode de gouvernance des caisses régionales, se souvient Thibaud de Fourtou. Les conseils d’administration des caisses régionales du Crédit Agricole sont composés par des administrateurs de la société civile : des agriculteurs, des commerçants, des chefs d’entreprise… La confrontation entre les professionnels de la banque que nous sommes et ces élus qui représentent nos clients est très enrichissante. Elle vous oblige à coller au plus près des réalités du terrain. »

Halte aux idées reçues

Pour réussir leur intégration professionnelle, d’autres appliquent leur méthode. Ainsi, lors d’une nouvelle prise de fonction, Bertrand Louchez s’attache d’abord à bien comprendre l’entreprise, ses interactions, son environnement... A son arrivée à Rouen, il a rencontré un à un tous les membres du directoire afin de comprendre leur stratégie, leurs objectifs et leurs problématiques, tout en récoltant des informations auprès de son équipe. « Lorsque vous vous implantez dans une nouvelle région, il ne faut pas arriver avec des schémas préconçus. Par exemple, lorsque je suis arrivé à Rouen, je pensais qu’il n’y avait pas de différences fondamentales entre la Basse et la Haute-Normandie. Je me trompais ! » Dans la sphère privée, Bertrand Louchez adopte la même philosophie : il écoute, observe et échange avec les gens de la région : « De par ma fonction, je me déplace régulièrement et je rencontre beaucoup de monde. C’est donc plus facile de m’immerger car je suis au plus près de ceux qui travaillent et développent des initiatives. » Au bout du compte, tous ces professionnels s’accordent à dire qu’ils n’ont jamais rencontré de problèmes d’intégration. D’ailleurs, tous sont prêts à bouger à nouveau lorsque leur mission aura été accomplie. Pierre Baillot avoue « avoir encore envie d’exercer d’autres métiers et de découvrir d’autres régions, notamment le Sud-Ouest ». Conscient d’avoir trouvé en Normandie un meilleur équilibre de vie qu’à Paris, Thibaud de Fourtou ambitionne, lui, de devenir directeur général d’une caisse régionale. Pour cela, il lui faudra une nouvelle fois changer de région ou, pourquoi pas, partir à l’international. « S’ils sont prêts à repartir, c’est sans doute parce que la mobilité est l’occasion pour un collaborateur d’enrichir son parcours, analyse Isabelle Calvez. C’est en sortant de sa zone de confort que l’on apprend et que l’on développe son capital professionnel et personnel. Et pour un DRH, la mobilité, qu’elle soit fonctionnelle, nationale ou internationale, révèle toujours le dynamisme d’un collaborateur. » Et donne aussi une idée de son ambition de carrière…

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