Les inspecteurs, l'unité d’élite des banques

le 13/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Très sélectif, le recrutement de ces professionnels vise dès le départ à identifier leur potentiel de futurs dirigeants.

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Une voie royale », « un accélérateur de carrière ». C’est souvent en ces termes qu’est perçue l’inspection générale dans les banques. Mais les motivations qui attirent les jeunes diplômés vers ce métier sont un peu plus complexes. Les postes auxquels ils pourraient prétendre dans les autres métiers bancaires se font plus rares (lire l’avis p.39), alors que l’inspection recrute régulièrement. C’est également l’occasion, pour ceux qui n’ont pas encore de vues très précises sur leur avenir, de connaître l’ensemble des activités d’un établissement financier, sans perdre leur temps en se lançant dans une mauvaise voie.

Diversité des missions

« C’est un des rares postes permettant de comprendre le fonctionnement de la banque dans toute sa diversité, explique Mériem Lamrani-Karim, qui a intégré l’inspection générale de BPCE il y a un an, après des études à HEC, un stage en audit au sein d’un « big four » et un an de césure en banque de financement. Dès la première mission, on se voit affecter un thème à traiter et on dispose d’une certaine autonomie. » Les missions durent quelques mois, ce qui permet aux inspecteurs de connaître beaucoup de situations. « Depuis un an, j’ai déjà participé à trois missions très différentes les unes des autres : d’abord dans la banque de détail (Caisse d’Epargne d’Ile-de-France), puis dans la gestion d’actifs à Chicago et, en cours actuellement, dans la direction financière du groupe BPCE », poursuit Mériem Lamrani-Karim. Un constat que partage Marion Turbet, en fin de parcours junior chez Société Générale. « Il faut être capable de s’adapter à des environnements divers car, d’une mission à l’autre, le métier, le pays, les interlocuteurs changent, relève-t-elle. C’est d’ailleurs là le principal attrait de cette profession qui permet d’appréhender tout l’univers de la banque. »

Concours

L’attrait pour cette filière ne cesse de grandir depuis quelques années (notamment chez les jeunes femmes), comme le démontre l’accroissement du nombre de candidatures. Mais les postulants devront affronter un recrutement très sélectif, réalisé par concours. C’est le cas par exemple de BPCE qui a deux campagnes de recrutement par an. Chaque concours se déroule en plusieurs étapes : une sélection sur dossier (CV et lettre de motivation), deux épreuves écrites, des entretiens (un entretien collectif, puis un entretien avec un chef de mission et un inspecteur principal), un test d’anglais, et enfin un oral devant un grand jury composé de cinq dirigeants du groupe. « Un inspecteur doit faire preuve de rigueur, avoir un esprit d’analyse et de synthèse, mais aussi savoir gérer ses priorités, souligne Jérôme Le Segretain du Patis, inspecteur principal chez BPCE. Les entretiens nous permettent de tester la motivation et l’adaptabilité du candidat et sa capacité à communiquer car c’est un métier d’échanges et de dialogue. Enfin, le jury final permet aux dirigeants d’évaluer son potentiel ».

D’autres banques optent pour une un recrutement au fil de l’eau. « Nous avons abandonné la procédure de recrutement par concours car elle s’avérait trop rigide. Or nos besoins sont étalés sur l’année, explique Jean-Pascal Le Charpentier, directeur de l’inspection générale au Crédit du Nord. Actuellement, les candidats sont sélectionnés à la suite d’une série d’entretiens : ils rencontrent successivement la gestion RH de l’inspection, un superviseur et enfin le directeur de l’inspection. Parfois, nous leur faisons passer un quatrième entretien avec un patron opérationnel. » Les derniers entretiens du processus de sélection, que ce soit sur concours ou pas, sont loin d’être une formalité. L’étape du jury va permettre de déterminer si le candidat a les épaules suffisamment larges pour exercer cette fonction exigeante. « Le candidat est face à l’inspecteur général et à deux cadres dirigeants de la banque (comme par exemple le patron de la banque de financement et d’investissement ou un directeur général délégué) qui vont le défier, raconte Antoine Quenette, inspecteur principal chez Société Générale. Cela préfigure ce que les inspecteurs auront à faire. » Car ces contacts à haut niveau deviendront fréquents pour les candidats retenus.

Des interlocuteurs chevronnés

Les inspecteurs seront très vite confrontés, au gré des différentes missions, à des interlocuteurs qui sont souvent plus chevronnés qu’eux. « Il y a une très forte exposition dans ce métier. Au cours des missions, nous avons des échanges avec des personnes qui exercent de hautes responsabilités au sein des différentes entités de la banque, rappelle Mériem Lamrani-Karim. Nos rapports avec les équipes que nous sommes chargés d’inspecter se passent généralement très bien car elles sont conscientes que nous ne sommes pas là pour les sanctionner, mais pour les aider à s’améliorer ». Comme pour toute inspection, « on peut être gênant pour les équipes opérationnelles car on les sollicite beaucoup durant nos missions, des demandes de documents, des entretiens, des questions… L’enjeu est aussi de leur montrer que l’on peut être utiles et leur apporter quelque chose de neuf, ajoute Clémentine André, chef de mission à l’inspection générale du Crédit du Nord. Même si l’on est investi d’un certain pouvoir, il est difficile d’attraper la grosse tête car on est souvent mis au défi par des personnes qui ont plus d’expérience que nous et qui sont hiérarchiquement plus haut placées. On apprend plutôt l’humilité ! » Les inspecteurs doivent aussi faire preuve de responsabilité. « Notre parole a du poids, il faut donc mesurer l’impact qu’elle peut avoir sur les fonctions que l’on inspecte et ne pas agir à la légère, tient à préciser Antoine Quenette. Nous sommes tous dans la même entreprise et nous avons tous intérêt à en améliorer le fonctionnement. C’est pourquoi il y a très souvent un bon niveau de dialogue, même si on n’est pas toujours d’accord avec les métiers que l’on inspecte ».

Durée déterminée

L’inspection générale a ceci de particulier qu’on n'y fait qu'un passage d'une durée déterminée. Les heureux élus disposent de quelques années pour montrer qu’ils ont les capacités à prendre des responsabilités opérationnelles. Le parcours diffère d’une banque à l’autre. Il dure par exemple quatre ans au Crédit du Nord, deux ans en tant qu’inspecteur et deux ans en tant que chef de mission. Mais il est souvent plus long dans d’autres établissements. « Le parcours classique chez nous dure six ans: deux ans et demi à trois ans en tant qu’inspecteur, puis second de mission, avant la fonction de chef de mission », indique Jérôme Le Segretain du Patis chez BPCE. Le groupe compte 150 inspecteurs, dont une vingtaine de chefs de mission. La durée est sensiblement la même chez Société Générale qui emploie 130 inspecteurs. Après ces périodes, quelques rares inspecteurs peuvent se voir proposer de rempiler quelques années en tant qu’inspecteur principal, comme ce fut le cas pour Antoine Quenette.

L’essentiel des effectifs est plutôt dirigé vers des postes opérationnels. « Près d’un an avant la fin, l’inspecteur bénéficie d’un accompagnement de l’inspection générale et de la gestion des dirigeants de la DRH groupe, pour préparer une sortie vers un métier à responsabilités », explique Jérôme Le Segretain du Patis. Clémentine André commence à avoir une idée un peu plus précise de ce qu’elle souhaite faire. « Le réseau m’intéresse car c’est le cœur de métier de Crédit du Nord, mais il est encore un peu tôt pour savoir quelle fonction exactement j’aimerais occuper. Cela se décide sur les trois derniers mois du parcours, notamment aussi selon les opportunités ». Ce choix est déterminant pour la suite de la carrière. « C’est à cette occasion, dans un poste opérationnel, que l’on peut mettre en pratique nos capacités managériales et montrer que l’on peut gérer les réalités du terrain », insiste un inspecteur qui est dans sa dernière année. C’est à l’issue de cette première prise de fonction, si l’expérience s’avère concluante, que le véritable parcours accéléré commence, un parcours qui pourra mener l’ancien inspecteur vers les plus hautes sphères de la banque.

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