Il fait bon travailler dans mon entreprise !

le 26/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Ateliers bien-être, initiation à la danse, espaces détente… Certains employeurs soignent leurs salariés. Objectifs : les fidéliser et les motiver.

Dans les locaux de Financière de l’Echiquier près de l’Arc de Triomphe.

Financière de l’Echiquier fait son miel d’un cadre de travail harmonieux. Au sens propre comme au figuré. Des ruches aménagées sur les toits produisent un miel offert aux clients. Au dernier étage de ses bureaux, à deux pas de l’Arc de Triomphe, une cafétéria au design épuré donne sur une magnifique terrasse où sont cultivées quelques plantes. Aux niveaux inférieurs, les salariés s’activent dans des bureaux en « open space », au rez-de-chaussée sont accrochés leurs portraits en noir et blanc. Les plus motivés peuvent profiter d’une salle de sport équipée, où sont donnés différents cours de yoga et de « zumba », un programme de fitness dansé. Dans une salle de réunion décorée de deux photographies de l’artiste contemporain chinois Liu Bolin, trônent les trophées remportés parmi lesquels celui de l’institut Great Place To Work qui récompense « les entreprises où il fait bon travailler ».

En 2012, la société de gestion de portefeuilles qui emploie 85 personnes s’y classe 13e au palmarès des moins de 500 salariés. « 96 % de nos collaborateurs interrogés considèrent qu’ils travaillent dans une entreprise où il fait bon vivre, observe son président-fondateur Didier Le Menestrel. Même si nous avons régressé en termes de crédibilité accordée au management. » Le cabinet de conseil Accuracy, créé en 2004 par des anciens d’Arthur Andersen, s’y hisse, lui, à la troisième place, tandis que Cofidis arrive 12e au palmarès des plus de 500 salariés. De leur côté, la banque ING Direct et le cabinet de conseil Bearing Point ont reçu le label « top employeur » du CRF Institute. Une chance pour toutes ces entreprises de brandir leur marque employeur. « Ces classements permettent de nous comparer et de mettre en valeur notre culture d’entreprise  », considère Muriel Rocher,

DRH chez ING Direct. Et à l’heure où la crise peut démotiver les employés, ces distinctions ont aussi un effet positif en interne. « Elles nous aident à promouvoir nos actions auprès des collaborateurs et confortent leur sentiment de fierté d’appartenance, confirme Katia Leroux, DRH chez Cofidis. Et dans une perspective d’innovation sociale, elles nous permettent d’échanger en matière de pratiques RH. »

Bien-être

Formations, mobilités, primes…, chacun y va de ses recettes et certaines ne manquent pas d’originalité. Ainsi, depuis 2011, ING Direct dédie tout le mois de juin au thème du bien-être au travail en proposant à ses salariés de nombreuses animations comme des ateliers de danse et de gym « Pilates », ou la diffusion des matchs de Roland Garros. « Nous allons par ailleurs re-designer les espaces de pause pour mieux les adapter aux besoins des individus, variables en fonction des métiers », indique Muriel Rocher.

Au rayon des actions liées au bien-être, Cofidis propose pour sa part de la luminothérapie, des massages, de la réflexologie plantaire, de la vente de légumes « bio » et a mis en place des actions de prévention santé contre le diabète ou le tabac. Autant d’attentions qui doivent aider les nouvelles recrues de Cofidis à se sentir chez elles. A cette fin, leur sont aussi proposés des sessions d’intégration d’une journée à une semaine, ainsi qu’un bilan au bout de deux mois.

Les entreprises font aussi des efforts pour que leurs équipes gagnent en compétences. Cofidis, qui emploie 1.639 salariés, a financé 9.000 heures de formation en 2011. ING Direct affiche de son côté 3.400 jours de formations l’an dernier, soit 13 personnes formées chaque jour. « Nous avons aussi financé 31 formations diplômantes en 2011. Nous les encourageons, même si pour une partie, cela permettra aux collaborateurs d’évoluer vers l’extérieur, souligne Muriel Rocher. Tous métiers confondus, nous sommes 420 salariés. Même si nous avons réalisé 100 recrutements en 2011 et 50 mobilités internes, nous savons qu’il ne sera pas possible de faire évoluer tout le monde en interne. Nous avons donc choisi de personnaliser les parcours. Chaque collaborateur précise dans un dossier de ‘performance management’ ce qu’il veut faire à court, moyen et long terme. Puis ce projet est discuté avec le management qui exprime sa position et définit quel support il pourra apporter au salarié.  »

Chez Financière de l’Echiquier, Magali Morel,responsable gestion de produit middle-office et contrôle de premier niveau, a gravi les échelons grâce à une formation de responsable back-office : « On nous donne les moyens d’acquérir des compétences nouvelles. Il y a dix ans, je suis un peu arrivée sans bagages. Et j’étais dans une structure plus grande où les fonctions étaient monotâches. Ici, les missions sont plus polyvalentes, j’ai des contacts avec différents univers, mon poste est plus complet et nécessite de connaître les évolutions réglementaires. » Son collègue Damien Lanternier,gérant de fonds, s’est, lui, fait financer son CFA (chartered financial analyst). « J’ai aussi suivi une formation de trois jours à Columbia sur la ‘gestion value’, ajoute-t-il. Très rapidement, on peut nous confier beaucoup de responsabilités, on fait confiance aussi. A moi de gérer le fonds comme je veux, tant que l’on considère que je fais mon travail correctement. Je suis là pour un projet d’entreprise axé sur la vision d’une gestion d’actifs indépendante, pour l’autonomie et les responsabilités, avec à terme des perspectives d’actionnariat salarié. » Ce dispositif permet à Financière de l’Echiquier de compenser une rémunération de base pour ses gérants d’actifs inférieure à celle du marché. « Nous proposons aux salariés de devenir actionnaires au bout de deux ans, explique Didier Le Menestrel. Le comité de direction choisit une répartition en fonction des métiers, en privilégiant les gérants. Aujourd’hui, 62 collaborateurs sont actionnaires et possèdent 43 % du capital. Nous sommes un ‘people business’, il importe qu’il y ait une juste rémunération et une juste répartition de la valeur ajoutée. »

Tous les salariés de Financière de l’Echiquier ont par ailleurs perçu une participation annuelle de 27.000 euros. Chez Cofidis, Wesley Evrard, conseiller commercial au service recouvrement, raconte : « Les objectifs sont définis en fonction de critères quantitatifs et qualitatifs et dépendent par exemple du volume d’accords avec les clients, des encaissements sur impayés, de la qualité de la relation clients. Ils sont recalculés tous les mois. Ce que j’apprécie aussi, c’est la souplesse des horaires proposés. Pour ce qui me concerne, je suis en horaires décalés deux après-midi par semaine. »

Pour sa part, Accuracy joue plutôt la carte de la mobilité interbureaux. Concrètement, tous ceux qui souhaitent vivre une expérience à l’étranger au sein de l’entreprise peuvent le faire. Ceci s’inscrit dans la stratégie « one firm » : une entreprise unique, dotée de plusieurs bureaux dans le monde. Ainsi, deux collaborateurs allemands ont passé six mois à Paris, une collaboratrice française a effectué six mois à Madrid.

Parentalité

Autres points communs à ces entreprises, la prise en compte de l’équilibre vie privée-vie professionnelle et de l’égalité professionnelle. « 42 % des cadres sont des femmes et trois femmes sur sept siègent au comité de direction, rappelle Muriel Rocher chez ING Direct. Les réunions doivent se tenir ni trop tôt, ni trop tard, pas avant 9h, pas après 18h. Nous avons aussi beaucoup insisté l’année dernière sur la parentalité, pour les hommes et pour les femmes. » Marion Moalic, responsable clients chez ING Direct au centre d’appels à Paris, raconte : « Ma promotion est intervenue juste après mon retour de congé maternité. J’appréhendais un peu le retour, mais on ne m’a jamais fait sentir que j’étais moins disponible qu’avant, bien au contraire. » De son côté, Cofidis cherche à encourager le congé paternité et en matière d’égalité professionnelle, réserve une enveloppe spécifique pour combler les éventuels écarts de salaire entre les hommes et les femmes.

Reste pour Cofidis et ING Direct à s’engager par un accord dans la prévention du stress et des risques psychosociaux, un sujet d’actualité mais sensible. « Nous avançons doucement sur les risques psychosociaux car nous souhaitons évoluer avec le CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, NDLR). Nous allons bientôt lancer un diagnostic », affirme Muriel Rocher. Rendez-vous donc en 2013 pour les prochains classements des meilleurs employeurs.

Voir aussi l'interview de Patrick Dumoulin.

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