« I like » mon réseau d’entreprise !

le 10/10/2013 L'AGEFI Hebdo

En plein essor dans le secteur financier, les réseaux sociaux internes s’inspirent de Facebook et Twitter pour séduire les salariés.

Illustration: Fotolia

A chacun le sien. Totalement absents du paysage il y a cinq ans, les réseaux sociaux internes se font une place au soleil dans les entreprises financières. Cette nouvelle génération d’outils sert en effet des enjeux stratégiques à l’heure où de nombreux groupes ont besoin de l’engagement de leurs salariés pour mener à bien leurs projets de transformation. Chez Société Générale, par exemple, le lancement de la plate-forme SG Communities en novembre 2012 s’est inscrit dans le volet « collaborateurs » du programme Ambition SG 2015, comme le confirme Jean-Paul Chapon, directeur du pôle web à la direction de la communication : « Dans un groupe international comme le nôtre, structuré par de grandes entités et fonctions, il était devenu essentiel de casser les silos et d’apprendre aux 155.000 collaborateurs du groupe à travailler ensemble sur une plate-forme qui véhiculerait l’identité du groupe. » BPCE a été l’un des premiers groupes bancaires à s’aventurer dans l’univers des réseaux sociaux d’entreprise en lançant dès 2010 « Le Square », une plate-forme d’échanges dédiée aux 350 communicants du groupe. « A l’époque, Caisse d’Epargne et Banque Populaire venaient de fusionner, se souvient Marc Cogrel, responsable du département e-réputation du groupe. Pour que les équipes de la communication apprennent à se connaître et à travailler ensemble, nous nous sommes dotés d’un réseau social interne qui nous permet aujourd’hui d’échanger des bonnes pratiques, de partager des documents, et de se faire connaître et reconnaître auprès des autres très facilement grâce à l’annuaire. » C’est cette même volonté de fédérer et de développer le travail collaboratif qui a incité PwC à inaugurer le réseau « Spark » en octobre 2012. Un an après son lancement, la plate-forme compte déjà 9.000 communautés, et 60 % des collaborateurs en France ont d’ores et déjà créé leur profil. « Sur Spark, vous pouvez échanger avec vos collègues via la messagerie instantanée, poser une question, travailler en mode collaboratif..., détaille Eric Bertier, associé chez PwC. Vous avez aussi la possibilité de réaliser des sondages, de 'liker' un profil ou un article que vous avez apprécié, comme sur Facebook. Et le plus étonnant, c’est que Spark s’est répandu de manière virale, sans véritable publicité au lancement. »

Proches de Facebook

Les réseaux sociaux d’entreprise doivent une grande partie de leur succès à leur proximité avec les modèles de Facebook, Viadeo ou LinkedIn. Chargé de communication interne à la direction des achats de Société Générale, Alexis Krupski s’est emparé de la plate-forme dès son lancement, « par curiosité, et pour comparer avec les réseaux sociaux que j’utilise beaucoup sur le plan personnel », explique-t-il. Et à l’en croire, SG Communities soutient sans peine la comparaison : « Comme sur Viadeo ou LinkedIn, j’administre mon profil en détaillant mon parcours, mes compétences métier et mes centres d’intérêts professionnels. » Alexis Krupski anime également un groupe d’une soixantaine de membres dédié au séminaire achats qu’il organise tous les ans : « Mon premier travail a été de créer la communauté, de lui donner un nom et un visuel. Au quotidien, je dois l’animer en publiant des articles, en posant des questions aux membres que je sollicite par exemple lorsqu’il faut choisir le thème du prochain séminaire. » Consultant senior en innovation chez PwC, Guillaume Jean est lui aussi très vite devenu un adepte de « Spark » : « Dès que j’ai un instant, je me connecte sur le réseau depuis mon PC, mon iPhone ou mon iPad pour consulter l’actualité de l’entreprise et les derniers articles consacrés à l’innovation. Je suis également membre d’une dizaine de groupes et contribue activement à la vie de ces communautés en postant des articles ou en posant des questions. Par exemple, l’an dernier, j’ai été confronté à une problématique chez un client que j’ai soumise aux membres de la communauté 'Global Innovation'. Deux heures plus tard, un consultant aux Etats-Unis m’apportait la solution... » Ces réseaux sociaux séduisent même les collaborateurs a priori peu sensibles aux charmes de Facebook ou Twitter. « Lorsqu'on m’a annoncé l’année dernière que j’allais participer au pilote d’un réseau social interne qui allait être déployé dans tout le groupe, je me suis demandé pourquoi on s’adressait à moi car si je suis effectivement présente sur LinkedIn et Viadeo, je n’utilise jamais les réseaux sociaux dans ma vie personnelle, raconte Anne-Lyse Contrastin, responsable chez Axa France de l’animation des équipes de régleurs corporels (en charge de la gestion des sinistres corporels). Mais on m’a fixé un objectif clair, qui était de créer la communauté des régleurs corporels. Il a donc bien fallu que je m’attelle à la tâche. » Un an plus tard, elle pilote et anime une communauté composée de 350 membres et d’une cinquantaine d’invités. Et une fois par mois, elle organise un forum de discussion sur une thématique choisie par l’ensemble des membres. « Par exemple, lors du dernier forum dédié à l’accompagnement des victimes, une centaine de collaborateurs ont participé et nous avons récolté pas moins de 300 contributions dans la journée, confie Anne-Lyse Contrastin. Et à l’issue du forum, je rédige une synthèse qui est ensuite mise à la disposition des régleurs sur le réseau. »

Ce potentiel de « co-construction », qui contribuerait à accroître la productivité des salariés, est un argument qui séduit les DRH. « Lorsque plusieurs collaborateurs ont la possibilité de s’exprimer sur un sujet, vous trouvez plus facilement les réponses à vos problèmes et vos décisions sont plus éclairées », résume Marc Cogrel. Au-delà de leurs vertus collaboratives, les réseaux sociaux internes sont aussi précieux lorsqu’il s’agit de renforcer le sentiment d’appartenance à l’entreprise. « En septembre dernier, lorsque nous avons accueilli 300 nouveaux collaborateurs, nous leur avons tout de suite créé un groupe afin d’instaurer chez eux un esprit de promotion et une envie de partager », relate Eric Bertier de PwC. Chez Société Générale, SG Communities a été mise à contribution pour stimuler la créativité des équipes. « Pendant deux mois, dans le cadre du défi transformation numérique, les collaborateurs du groupe avaient la possibilité de nous soumettre leurs idées pour améliorer l’utilisation des technologies, l’efficacité des collaborateurs et l’impact sur les clients, explique Jean-Paul Chapon. Au bout du compte, nous avons recueilli un millier de propositions dans 19 pays différents, et plus de 10.000 salariés ont participé au vote qui nous a permis de dégager les dix meilleures propositions dans chacune de ces trois thématiques. »

Cultiver son « e-réputation »

Signe des temps, ces plates-formes commencent aussi à être utilisées pour recruter en interne. « Grâce aux réseaux des membres du 'Square', deux ou trois forts potentiels hautement qualifiés ont été identifiés et embauchés », dévoile Marc Cogrel. D’où l’importance de cultiver son « e-réputation » sur ces réseaux pour ne pas passer à côté d’éventuelles opportunités d’évolutions en interne. « Si je me suis inscrit au groupe 'Global Innovation', c’est aussi pour me constituer un carnet d’adresses à travers le monde, carnet qui pourra m’être utile si un jour je veux donner une orientation internationale à ma carrière », reconnaît Guillaume Jean. Enfin, le réseau d’entreprise est aussi perçu comme un espace où l’on peut s’évader, sortir de la routine… Alexis Krupski a ainsi adhéré aux groupes « J’aime la musique » et « Collaborateurs dans le monde » « pour échanger sur le voyage et la musique qui sont deux véritables passions, mais aussi pour faire découvrir une autre facette de ma personnalité à mes collègues ». Guillaume Jean est, lui, membre d’une communauté qui a pour objectif de faciliter l’échange d’appartements entre les collaborateurs de PwC : « Je suis d’ailleurs en négociation avec un collègue canadien pour voir si un échange serait possible lors de nos prochaines vacances. » Appartement qu’il pourra visiter virtuellement grâce aux images ou aux vidéos mises à sa disposition par son interlocuteur canadien…

A lire aussi