Un homme, une équipe

Grégoire Sentilhes soutient la cause des entrepreneurs avec NextStage

le 25/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Pendant que son équipe accompagne 55 participations, il est à l’origine d’initiatives de place pour attirer l’attention sur la croissance des PME.

Grégoire Sentilhes soutient la cause des entrepreneurs avec NextStage

Grégoire Sentilhes marche à l'intuition. Convaincu aux premières heures de l'importance d'internet, il s'est engouffré dans cette voie dès ses débuts professionnels, au milieu des années 80, travaillant au lancement des stratégies internet des groupes Hersant, Lagardère et Bertelsmann. Dès 1988, il crée SI, une des start-up pionnières du commerce électronique en Europe, puis en 1997, il fonde aux Etats-Unis la jeune pousse Screaming Media qui sera introduite sur le Nasdaq en 2000. Aujourd’hui encore, internet représente un fil rouge dans sa carrière. « Depuis 1995, nous assistons à l’émergence de la troisième révolution industrielle, marquée d’abord par l’essor de l’internet, utilisé par un milliard d’individus en 2010 et par 6 milliards en 2015. Chacun d’entre nous devient à la fois consommateur et producteur d'informations…, observe Grégoire Sentilhes. Nous ne sommes pas dans une crise mais dans un monde qui change de fond en comble et ce à une allure inédite. »

Mais ce passionné du numérique est également un homme de réseau au sens humain du terme, et en 2002, il se lance, en partenariat avec Jean-David Haas, issu comme lui du secteur internet, dans l’investissement : à l’époque, le secteur du LBO (leveraged buy-out) bat son plein mais c’est dans le capital-développement que NextStage va œuvrer, là où l’accompagnement des entreprises dans la durée passe avant tout par un dialogue avec les chefs d’entreprise. A peine plus de dix ans après, la société compte une équipe de 19 personnes et gère près de 300 millions d’euros - outre 200 millions en partenariat avec la société de gestion Matignon. L'automne dernier, Artémis et Amundi sont arrivés au capital de la société de gestion (7,5 % chacun) et comme investisseurs dans les fonds.

Modèle horizontal

La stratégie d'investissement découle de la vision économique de Grégoire Sentilhes, identifiant comme facteurs majeurs d’évolution, à côté du numérique, la poussée démographique, le nouvel équilibre géostratégique - « en 2012, pour la première fois depuis 500 ans, le PIB des pays émergents a dépassé celui des pays développés », rappelle l’investisseur - ainsi que le tournant énergétique. « Comme avec internet, chacun d’entre nous deviendra progressivement producteur et consommateur d’énergie, dont le partage emprunte les mêmes réseaux intelligents, le 'smart grid', prévoit-il. Le modèle de l’entreprise de type vertical, entre producteur et consommateur, issu de la seconde révolution industrielle (1850-1995), fait place à des modèles beaucoup plus horizontaux, comme avec iTunes, Facebook ou Amazon. » Les quelque 55 participations en portefeuille sont choisies en fonction du potentiel qu’elles recèlent face à ces facteurs de changement, indépendamment du secteur d’activité. La part minoritaire ou majoritaire du capital détenue n’est pas non plus un critère, ni l’existence ou pas d’un effet de levier, et le chiffre d’affaires des cibles peut varier de 15 à 250 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Exemple emblématique de l'accompagnement dans la durée visé par NextStage, HTI a bénéficié de sa part de deux investissements successifs, en 2009 et tout récemment, pour une opération de croissance externe. L'apport de l'investisseur a avant tout pris la forme de participation aux réflexions sur le modèle d'affaires. « Le capital-développement est un métier très humain, les entrepreneurs cherchent plus un partenaire qu’un simple financier, indique Nicolas de Saint Etienne, associé gérant. De notre côté, nous cherchons des entrepreneurs qui ne sont pas uniquement des gestionnaires mais également des développeurs et des innovateurs. » La société produit des matériels complexes pour le BTP, comme des nacelles élévatrices et des bâtiments industrialisés, et alloue des ressources importantes à la R&D. « Depuis la crise de 2008, la société a changé son modèle d’affaires : de groupe industriel, elle est devenue un groupe de services, en développant une offre de location intégrant notamment les produits qu’elle fabrique, raconte Nicolas de Saint Etienne. Une mutation qui correspond à une tendance de fond de l’économie : l’intégration dans la même offre de services et de biens. »

PME cotées

Depuis 2008, l’activité se nourrit pour partie du segment des PME cotées, dont relèvent à présent 28 participations. Cette stratégie là encore originale de la société de gestion repose sur l'expérience et l’entregent de Vincent Bazy, arrivé chez NextStage après une carrière de plus de vingt ans dans des sociétés de Bourse françaises et étrangères. « Ce type d'investissement doit s'entourer de confidentialité, portant sur des valeurs souvent peu liquides dont les cours peuvent décaler très vite, si bien que réunir l'information sur les sociétés et sur les détenteurs du capital réclame patience et connaissance de l’écosystème où circulent les blocs, explique cet associé gérant. Ensuite, nous mêlons aux techniques traditionnelles de l'investissement coté les méthodes du non-coté pour faire progresser la valeur des participations. » Sur cinq ans, le TRI (taux de rendement interne) brut obtenu est, peu ou prou chaque année, de 14 %.

Mais « le capitalisme à visage humain », cher à Grégoire Sentilhes, va au-delà de la collaboration étroite avec les participations. Il s'engage avec force pour soutenir la cause de l’ensemble des PME et de leur croissance et faire mieux comprendre l'entrepreneur aux décideurs politiques. « Sur les vingt dernières années, 88 % des emplois créés en France l’ont été par des entrepreneurs, rappelle Grégoire Sentilhes, et 7 % de ceux qui ont grandi le plus vite ont créé 58 % des emplois. » Il est l’instigateur de France Investissement lancé en 2006 - qui s'inspire des « small business investment companies » américaines, aidées par les Etats - et a mobilisé à ce jour 6 milliards de capitaux pour les PME. Expert auprès du gouvernement français pour les Assises de l’entrepreneuriat, il est aussi le président et cofondateur des Journées de l’Entrepreneur, qui se tiennent tous les ans depuis 2007. « Cette initiative a reçu le soutien des deux présidents de la République et donne lieu chaque année à une semaine d’événements en novembre, précise Grégoire Sentilhes. Ce mouvement, parti de France en 2007, existe à présent dans 128 pays. » Il a débouché sur le G20 YEA (Young Entrepreneur Alliance), une organisation qui tient depuis 2010 un sommet parallèle au G20 sur les jeunes entrepreneurs. Vincent Bazy aussi consacre une partie de son temps en rôles institutionnels, comme vice-président de la Sfaf (Société française des analystes financiers), président du conseil des fonds de pension et membre du Haut conseil de place sur la certification professionnelle. « Participer à ces activités associatives permet de mettre en perspective l'activité au niveau national et international, d'échanger idées et informations sur l'écosystème, résume-t-il. C'est un moyen aussi, à mon échelle, de soutenir la place et d'œuvrer à son rayonnement. » Le fameux réseau sert aussi au partage…

L'EQUIPE

Nicolas de Saint Etienne, 37 ans, associé gérant

Grégoire Sentilhes, 52 ans, président

Vincent Bazy, 50 ans, associé gérant

Jean-David Haas, 38 ans, directeur général

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