DOSSIER FORMATION

Les grandes écoles de management affinent leur stratégie mondiale

le 27/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Face à la concurrence des autres « business schools », les établissements français font tout pour gagner en visibilité.

L'événement est emblématique de l’internationalisation des écoles françaises de management : lors de sa nomination en octobre comme doyen de la prestigieuse Insead, Ilian Mihov a choisi de rester basé sur le campus de l’école à Singapour où il vit et enseigne depuis une douzaine d’années. Le transfert en Asie du centre de décision d’une des plus grandes écoles françaises de management a fait grincer des dents dans le milieu très concurrentiel de l’enseignement supérieur privé. « Cette internationalisation croissante répond à la demande du marché, défend Ilian Mihov. Les entreprises recherchent de plus en plus des dirigeants capables d’œuvrer dans tous les contextes professionnels, socio-économiques et culturels. » Ce qui incite les écoles à former des managers « globaux », préparés à cette dimension internationale, avec un corps professoral affichant la même diversité. L’appel de la mondialisation est également entendu par de plus en plus de jeunes diplômés, comme l’indique Richard Perrin, directeur international de l’Edhec : « A la sortie de notre programme grande école [grade de mastère, bac+5, NDLR], 38 % de nos étudiants partent directement travailler hors de France. Il y a dix ans, ils étaient moitié moins. »

En réponse à cette attente partagée à la fois par les entreprises et les élèves, les écoles françaises ont déployé depuis une dizaine d’années des stratégies d’implantation hors de l’Hexagone afin de se rapprocher de nouveaux marchés de recrutement et de faire rayonner la recherche de leurs professeurs à travers le monde. C’est le cas de l’Insead, qui est présente à Singapour depuis 2000 et à Abu Dhabi depuis 2007. L’Edhec affiche, elle, deux campus à Londres et Singapour, quand l’ESCP Europe en compte cinq à Paris, Londres, Berlin, Madrid et Turin. De son côté, l’Essec inaugurera à la fin de l’année son tout nouveau campus de 6.500 mètres carrées à Singapour qui lui permettra de tripler le nombre d'étudiants et de participants en formation continue. « Ce campus, qui rayonnera dans toute la zone Asie-Pacifique, constitue la première brique d’une démarche multi-polaire que nous poursuivrons également sur les continents africain et américain, confie Jean-Michel Blanquer, directeur général de l’Essec. Cet ancrage à Singapour va nous permettre de localiser en Asie des activités de recherche ainsi que nos principaux programmes puisque nous ouvrirons à la rentrée 2015 un 'global bachelor in business administration' (BBA)avec lequel les étudiants auront la possibilité de démarrer leur cursus en France pour le terminer à Singapour. » On retrouve cette même volonté d’internationaliser les cursus du côté de l’ESCP Europe qui lancera en 2015 un « european bachelor in management » dont les trois années d’études se dérouleront sur trois campus différents, « en sachant que les candidats recrutés étudieront en anglais et devront maîtriser au moins une autre langue européenne  », complète Léon Laulusa, directeur du développement international de l’école.

Doubles diplômes

Pour asseoir leur stratégie mondiale, les établissements continuent aussi d’étoffer leur palette de partenariats avec les établissements les plus reconnus. L’Edhec dispose de 117 partenariats dans le monde. « Nos étudiants peuvent effectuer une partie de leur cursus à l'étranger via des échanges, avec parfois la possibilité d'obtenir un double diplôme, souligne Richard Perrin. Nous sommes très attachés à ce type de dispositif puisque l’Edhec délivre actuellement 18 doubles diplômes avec des établissements prestigieux comme l’université de Cambridge, le Massachusetts Institute of Technologyou la London School of Economy ».

Parallèlement, les périmètres de recrutement se sont aussi sensiblement élargis. Quelque 90 nationalités cohabitent sur les cinq campus de l’ESCP Europe, avec un programme grande école composé à 58 % d'étudiants étrangers. L’anglais est d’ailleurs en train de s’imposer comme la langue commune d’apprentissage. A l’Essec, le cycle mastère du programme grande école peut être entièrement suivi dans la langue de Shakespeare ou en français, « mais nous attachons aussi beaucoup d'importance au fait que tous nos étudiants apprennent une autre langue comme le chinois, le japonais, l'allemand, l'Italien, l’arabe ou le russe », précise Jean-Michel Blanquer. Cette offensive toujours plus internationale se révèle au final payante à l’heure où les écoles asiatiques et indiennes sont, elles aussi, entrées dans la compétition. Dans le classement du Financial Times des meilleurs masters en management mondiaux en 2013 figurent six écoles françaises, dont trois dans le « top 10 ». L’ESCP Europe, HEC et l’Essec sont respectivement placées en deuxième, quatrième et huitième position.

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