Les globe-trotters des banques espagnoles

le 25/04/2013 L'AGEFI Hebdo

La crise que traverse le pays oblige les établissements, traditionnellement concentrés sur le marché domestique, à s’internationaliser.

Une branche de la banque Santander à Londres. Photo: Simon Dawson/Bloomberg

Lorsque BBVA a proposé à Javier Arias, 56 ans, d’assumer en 2004 le poste de responsable des relations institutionnelles du groupe espagnol avec les organismes européens à Bruxelles, il a été ravi d’accepter une proposition qui allait lui permettre « d’évoluer professionnellement à l’extérieur de son pays » et « de perfectionner ses connaissances linguistiques ». C’est à partir des années 90 que les banques espagnoles comme BBVA et Santander, auparavant fortement concentrées sur les marchés locaux, ont commencé à expatrier leurs cadres dans un contexte d’ouverture aux marchés européens et d’Amérique latine. A l’époque où BBVA « se positionnait comme un groupe international avec son arrivée en Amérique latine, nous avons commencé à créer des programmes internationaux, notamment pour le développement professionnel des jeunes talents », se souvient José Ignacio Antelo Montilla, directeur de la mobilité de la banque. Au fil du temps, ces dispositifs ont évolué : « Au départ, il s’agissait de programmes d’échange culturel puis, avec le temps, ils sont devenus plus techniques », souligne-t-il. Au delà de ses 215 expatriés qui occupent des postes de direction pendant trois à cinq ans, BBVA a conçu un plan international de développement qui permet à certains collaborateurs de bouger dans les pays où elle est implantée. Si les besoins en compétences techniques des établissements figurent parmi les facteurs qui les incitent à envoyer un salarié au sein de leurs entités à l’étranger, tous n’ont pas cette approche.

Pour Banco Sabadell, la quatrième banque du pays par capitalisation, « l’expatriation est plus une exportation de la culture de notre entreprise qu’une exportation technique ». Pourquoi pas, mais dans un pays en récession où les banques vivent de grandes difficultés sur leur marché domestique, la mobilité des cadres à l’international devient aussi un enjeu pour dynamiser l’activité dans d’autres zones géographiques au climat économique plus favorable. Chez Banco Santander, plus de 1.278 employés ont participé en 2012 à des initiatives de mobilité internationale. Au-delà de son programme Monde Santander, la banque d’Emilio Botin a mis l’accent sur la promotion de ses jeunes talents à travers un « programme pour les futurs directeurs » (Fudis) et, depuis 2007, le « Santander training executive programme » (Step). Grâce à « Step », Franziska Maria Schmid, Allemande de 31 ans, a travaillé dans plusieurs départements en Espagne et au Royaume-Uni. Aujourd’hui, la jeune cadre est en poste chez Santander Global Banking and Markets à Londres. C’est au cours de ses études en France à HEC qu’elle avait été repérée par deux employés de Santander. « Ils étaient venus chercher des participants à des MBA, raconte-t-elle. J’avais toujours rêvé de travailler pour un groupe international car j’avais envie de bouger. Pour moi, c’est une excellente expérience car j’ai pu connaître différents départements et pays. Peu importe ce que je ferai à l’avenir, j’ai acquis une autre vision des choses. » Pour pourvoir des postes considérés comme stratégiques, la banque espagnole recherche des « professionnels internationaux, capables de gérer des équipes variées dans des pays aux vitesses de croissance diverses ».

Coûts élevés

Les établissement sont prêts à assumer des coûts élevés pour envoyer leurs talents aux quatre coins du monde : prime d’expatriation, aide au logement, à la scolarisation des enfants, au déménagement… Cet accompagnement permet un transfert relativement facile qui profite, à terme, également aux familles des expatriés. « Mes enfants sont enchantés : ils sont multiculturels », se réjouit Javier Arias, de BBVA. Envoyé en 2005 à Londres avec sa famille pour diriger un réseau de succursales chez Santander, Pedro de Elejabeitia, 43 ans, partage le même avis : « Mes enfants ont pu apprendre l’anglais. » Même si les avantages concédés aux expatriés ont diminué, l’expatriation reste intéressante car elle est souvent accompagnée d’une « amélioration notable sur le plan financier », fait remarquer Pedro de Elejabeitia, aujourd’hui responsable de la banque commerciale de Santander en Allemagne. C’est néanmoins toujours le défi professionnel qui motive ces cadres. « Une carrière internationale est une opportunité dans un monde globalisé, estime Ignacio Alvarez-Rendueles, responsable de la banque internationale chez Caixabank. C’est extrêmement attrayant de partager des expériences et des projets dans un environnement de diversité culturelle. » L’immersion dans une culture étrangère permet à ces « globe-trotters » d’acquérir une vraie valeur ajoutée, tant pour leur entreprise que pour eux-mêmes.

« Cette expérience m’a énormément apporté en comparaison avec ce que peuvent connaître d’autres professionnels du secteur financier, explique Javier Arias. J’ai expérimenté divers modes de gestion liés au contexte multiculturel dans lequel j’ai évolué. » De son côté, Pedro de Elejabeitia souligne l’intérêt de travailler loin de sa maison mère : « On se rend compte qu’il existe d’autres façons de manager, tout aussi efficaces. » Conscientes du défi à relever dans un marché domestique en crise et une économie en récession, d’autres banques comme la Caixa ou Banco Sabadell suivent les pas des géants BBVA et Santander. Depuis 2007, la Caixa s’est ainsi déployée dans plus de quatorze pays, accompagnant cette expansion en 2012 d’un programme de formation internationale. Le président de Banco Sabadell, Josep Iliu, souligne, lui, que l’internationalisation est un facteur important pour l'avenir de son établissement actuellement présent dans 18 pays. Pour l’heure, il compte seulement… 39 expatriés.

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