PORTRAIT Saker Nusseibeh, directeur général de Hermes Fund Managers

La gestion d’actifs en question

le 15/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Pour Saker Nusseibeh, actuel responsable d’investissement chez Hermes Fund Managers, le questionnement est au centre d’une philosophie personnelle. L’obtention d’un doctorat en histoire médiévale dans les années 80 à King’s College dans la capitale britannique est sans doute à l’origine de ce cheminement de pensée qui ne l’a jamais quitté au cours d’un parcours professionnel bien rempli. A peine sorti des bancs de l’université, il rejoint en tant que stagiaire Mercury Asset Management (MAM), rachetée depuis par Merrill Lynch, et gravit les échelons jusqu’à prendre la direction de la division internationale.

Changement de continent en 1996, année où Saker Nusseibeh rejoint The Trust Company of the West (TCW), un gérant américain basé à Los Angeles : « Les performances au sein de TCW International n’étaient pas bonnes et la direction voulait que cela change, se souvient-il. J’avais travaillé pendant dix ans chez Mercury Asset Management et je ne savais pas si mes performances étaient bonnes grâce à moi ou bien grâce à la société. » L’entreprise passera ensuite dans le giron de Société Générale. Après avoir supervisé l’intégration des opérations entre les deux entités, Saker Nusseibeh quitte la banque rouge et noire en 2005 et rejoint Fortis Investments. Le rachat d’une partie des activités d’ABN Amro par Fortis et la cession de la branche belge de Fortis Banque à BNP Paribas en mai 2009 marquent un nouveau tournant dans la carrière du professionnel. Peu convaincu de la nouvelle orientation voulue par la division de gestion d’actifs de la banque française, il décide de quitter Fortis pour prendre la responsabilité des investissements auprès d’Hermes, dont il apprécie l’éthique et le modèle économique, avant d’en être nommé directeur général fin mai.

En octobre l’an dernier, il décide de créer une association sous le nom de Club 300, en référence aux 300 hoplites spartiates qui laissèrent aux Grecs le temps d’organiser leur défense lors de la bataille des Thermopyles. Le groupe, dont il est le président, regroupe actuellement une dizaine de membres, principalement des CIO (chief investment officers) de l’industrie : « Ce qui m’a gêné en 2008, ce n’est pas tellement l’arrivée de la crise mais plutôt le fait que suffisamment de gens savaient ce qui allait se passer mais n’ont rien fait afin de protéger leur carrière », explique Saker Nusseibeh. L’ambition du Club 300, qui est de questionner les fondamentaux théoriques de la finance et la parcellisation des connaissances, fait d’ores et déjà grincer des dents : « J’ai découvert que le simple questionnement des idées reçues pouvait provoquer une réaction de colère, conclut-il. Pourtant, les théories financières modernes ne sont pas une loi et ne peuvent être mesurées. »

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