Un homme, un équipe

Francis Cornut positionne DeriveXperts pour profiter d’AIFM et d’Emir

le 05/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Après s’être fait une place auprès de compagnies d’assurances en France, ce spécialiste de la valorisation des dérivés vise de nouveaux marchés.

Sans tomber dans le mythe de l’entreprise créée au fond d’un garage, DeriveXperts a tout d’une start-up. Logée dans un petit appartement transformé en bureau dans un quartier d’affaires à Paris, son équipe est composée de jeunes ingénieurs et de financiers passionnés, dont une partie bénéficient de stock-options. Surtout, cette société est au tout début d’un décollage prometteur.

Créée en 2003 par Francis Cornut, un ancien trader sur produits dérivés actions, DeriveXperts est l’un des spécialistes français de la valorisation de produits dérivés. Un secteur où, hormis quelques gros acteurs, principalement des fournisseurs de données anglo-saxons (Bloomberg, Markit…), les petites et jeunes structures implantées localement (France, Italie, Allemagne…) dominent. Après un premier client en 2005 (une grande entreprise lui ayant confié la valorisation de plans de stock-options), la société s’est rapidement fait un nom sur la place. Elle revendique aujourd’hui plus d’une trentaine de clients, en grande majorité des compagnies d’assurances pour lesquelles elle valorise des produits structurés qu’elles inscrivent à leur bilan également. Parmi ses clients, des banques qui souhaitent vérifier les prix de leurs positions de trading.

L’entreprise est aujourd’hui en ordre de bataille pour répondre au potentiel de croissance offert par les réglementations issues de la crise financière. Un bureau a même été ouvert à Londres en début d’année pour saisir des affaires en dehors de France. Elle compte aujourd’hui quinze personnes, dont deux permanents au Royaume-Uni. Elle est organisée en trois pôles : clients, système d’information et, au centre du dispositif, le pôle production et R&D. C’est dans cette équipe de cinq personnes qu’est réalisé le travail de valorisation. « Nous sommes quatre analystes quantitatifs pour développer les modèles et écrire les scripts de pricing (transcription informatique, NDLR) pour chacun des instruments sur lesquels nous devons produire des valorisations (hors automatisation), explique Nicolas Koumchatzky, son responsable. Ce travail prend entre une dizaine de minutes pour les produits les plus simples et plusieurs jours pour les plus complexes. La disponibilité des données entre également en jeu pour déterminer le temps de développement. »

Renforcement du pôle SI

Le cinquième membre de l’équipe se focalise sur les données de marché : développement d’outils pour les collecter, récupération et vérification de leur cohérence... A partir de là, le script va appeler les données et les paramètres auparavant calibrés. C’est dans sa capacité à déterminer les paramètres à l'aide d'outils maison innovants, plus proches d'une salle de marché que d'une librairie de pricing, que réside la valeur ajoutée de DeriveXperts. « Dans la pratique, n’importe qui pourrait valoriser des produits financiers dérivés en utilisant les modèles existant sur le marché, lance Francis Cornut. Mais dans les faits, il est compliqué de relier la valorisation obtenue par ces modèles prêts à l’emploi à la réalité. Pour cela, il faut des capacités d’analyse de l’information et une expertise de marché. Il faut aussi bien comprendre le fonctionnement des produits. Il est important de pouvoir démontrer au client qu’il s’agit de la bonne valeur d’un produit à un moment donné. » Une nécessité d’autant plus grande que le temps où l’investisseur ne regardait ni comment le produit fonctionnait, ni comment les valorisations étaient calculées ou envoyées, est révolu.

Tout ce processus nécessite des investissements et des développements informatiques. Le pôle SI a été renforcé au cours des derniers mois avec l’arrivée d’un nouveau responsable, Florian Cavellini, et le recrutement d’un administrateur réseau et d’un développeur. Florian Cavellini est un « jeune ancien » de DeriveXperts : « J’ai fait mon premier stage ici avant de passer huit ans chez Crédit Agricole CIB en tant que trader. » Il est revenu il y a un an pour prendre la tête de l’informatique. « Je voulais avoir un budget à gérer et participer aux décisions et au développement d’un projet », explique-t-il. Sous son égide, un outil interne de workflow a notamment été développé pour gérer tout le processus de valorisation. Celui-ci permet d’intégrer toute la chaîne de la demande client à la valorisation en passant par la base des données, le script de valorisation, la production, et le stockage des données. Pour assurer la sécurité et la continuité du service, celui-ci a été dupliqué à Londres. « Nous sommes certainement surdimensionnés par rapport à nos besoins actuels, mais c’est important pour rassurer nos clients », souligne Francis Cornut. La sécurité informatique est en effet un élément important dans les appels d’offres. La priorité aujourd’hui est d’industrialiser et d’automatiser le processus. « La mise en place d'une solution d'automatisation avec un de nos clients nous a permis de définir un cadre général que nous déclinons en fonction des besoins », indique Florian Cavellini. Un projet mené conjointement avec le pôle production et R&D.

Refonte de la stratégie commerciale

Le pôle clients, qui est en charge du développement commercial et du support, a été créé en 2011 à la suite d’une véritable refonte de la stratégie commerciale. « Avant, elle était surtout axée sur la prospection, rappelle David Baranès, son responsable. Nous avons opté pour une approche plus orientée vers la relation client. Le pôle est organisé pour répondre rapidement aux demandes. Il sert de support et d’accompagnement pour les clients. Notre but était de compenser notre petite taille en jouant la carte de la proximité et de la réactivité par rapport aux gros du secteur. » L’entreprise, qui a depuis repris la prospection, a aussi engagé des actions de communication externe en participant à de nombreux événements à Paris et Londres. L’objectif est d’accroître la notoriété à un moment où AIFM et Emir offrent une réelle occasion de se développer. « La directive AIFM contraint les gérants alternatifs (gestionnaires de fonds non Ucits, NDLR) à mettre en place un processus de valorisation indépendante (que ce soit interne à la société ou externe), relève David Baranès. Certains hedge funds le faisaient déjà pour rassurer leurs clients. Désormais, cela s’impose à l’ensemble du secteur.  »

«  Nous savons qu’il ne sera pas facile de parler directement aux gérants, poursuit Francis Cornut. C’est pourquoi, dans un premier temps, nous avons préféré passer un accord avec un des leaders de l’administration de fonds, BNP Paribas Securities Services. Il nous apporte sa connaissance du secteur, nous lui offrons notre expertise en matière de valorisation de produits dérivés. » Le patron de DeriveXperts est convaincu de ce potentiel. Et après avoir été très impliqué dans la direction opérationnelle de l’entreprise, il se consacre désormais à son développement stratégique. Les premiers signes d’une réussite. Mais il est aussi fier d’avoir réussi à créer une ambiance de travail stimulante. « Les gens viennent chez nous après avoir travaillé en banque, indique-t-il. Ici, ils se sentent réellement impliqués dans les différents projets et peuvent voir directement le résultat de ce qu’ils font. »

L'EQUIPE

Anthony Yong, 23 ans, ingénieur « pricing »

Karim Rekik, 23 ans, analyste valorisations

Mathieu Albertini, 34 ans, administrateur réseau/base de données

David Baranès, 33 ans, responsable du pôle clients

Huong Le, 27 ans, analyste valorisations

Francis Cornut, 48 ans, président-directeur général

Antoine Geraud, 27 ans, responsable des données de marché

Florian Cavellini, 33 ans, responsable pôle informatique

Alix Lassauzet, 24 ans, ingénieur « pricing »

Nicolas Koumchatzky, 31 ans, responsable du pôle production et R&D

Hoai-Nam Nguyen, 28 ans, ingénieur développement

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