Ces fins limiers qui surveillent la finance

le 02/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Redoutés, les enquêteurs de l’Autorité de contrôle prudentiel passent au crible une masse de documents, mais partent aussi en mission.

Le siège de l'Autorité de contrôle prudentiel. Photo: Philippe Bonnet

Ils sont nombreux et font trembler les banquiers et les assureurs… Il s’agit des plus de 600 contrôleurs qu’emploie l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP), créée en 2010 après le rapprochement entre les autorités d’agrément et de contrôle de la banque et de l’assurance. « Etre contrôleur au sein de l’ACP est une expérience valorisante puisqu’elle est unique : s’il existe un certain nombre d’organismes d’assurance, de cabinets d’audit et de conseil, il n’y a qu’une seule autorité comme celle-ci ! », affirme François Poupeau, ingénieur de formation et contrôleur des assurances au sein du régulateur adossé à la Banque de France. Dès sa naissance, il a fallu rapidement trouver des professionnels pour former le bataillon de contrôleurs. Ces derniers affichent ainsi une diversité de parcours. « Après une formation de juriste classique, je suis entrée à la Fédération française des sociétés d’assurance (FFSA), raconte Arielle Dalens, contrôleur des pratiques commerciales. J’y ai découvert l’assurance et acquis une expertise particulière dans le secteur de la santé. Après sept ans à la FFSA, j’ai eu envie de relever d’autres défis, ce qui m’a amené à m’intéresser à l’ACP. A sa création, cette nouvelle autorité s’est vu confier de nouvelles missions où tout était à bâtir, comme le contrôle des pratiques commerciales. » Marie-Pascale Leonardi, experte en validation et contrôle des modèles de risque des banques mutualistes, a quant à elle travaillé dans le privé, chez Calyon puis GDF-Suez, après des études de finance : « J’ai saisi l’occasion de rejoindre l’ACP afin de prendre plus de hauteur et développer une vision transverse. Cela d’autant que les problématiques de régulation sont devenues de plus en plus prépondérantes. Avoir eu une expérience en banque d’investissement est un atout lorsque l’on est en charge du contrôle des banques. Nos interlocuteurs savent que nous avons été de l’autre côté et que nous connaissons la réalité des choses. » D’autres, au contraire, sont de purs produits de la Banque de France (BDF), comme Sandra Foulcher-Darwish (lire le témoignage), issus du concours. D’ailleurs, les enquêteurs les plus nombreux sont les titulaires, ceux justement qui ont passé le - difficile - concours d’entrée à la BDF. Mais cette voie ne permet pas de combler tous les besoins car l’ACP doit aussi se doter de compétences techniques (mathématiques et statistiques, actuariat…). Elle fait alors appel à des agents contractuels statutaires de la Banque de France, recrutés directement sur le marché du travail par le biais d’annonces publiées sur le site de l’ACP, dans des écoles ciblées... Il s’agit de scientifiques issus de formations comme Polytechnique, l’ENS Cachan, ou encore l’Ecole des Mines, des profils similaires à ceux qu’embauchent… les établissements financiers.

De la diplomatie

Qu’ils s’occupent de banque ou d’assurance, ces experts font du contrôle « sur pièce » (examen permanent de documents financiers) ou du contrôle « sur place ». Ce dernier est mené sur la base d’un programme annuel élaboré en fonction de thématiques : comment est intégré l’avènement d’une nouvelle réglementation, pourquoi assiste-t-on à une inflation des réclamations sur un organisme ou un type de produits... ? « L’équipe de quatorze personnes à laquelle j’appartiens est chargée de contrôler les modèles internes en assurance, explique Marc Domange, 31 ans, qui a travaillé chez Groupama avant de rejoindre la direction des contrôles spécialisés et transversaux à l’ACP. Notre mission commence d’abord par du contrôle sur pièces, en analysant la documentation qui nous est envoyée (elle peut aller de 100 à 2.000 pages). Puis je suis amené à aller passer une à trois semaines au sein de l’organisme contrôlé, tant en France qu’à l’étranger. Cela permet d’avoir accès à l’outil déployé chez l’assureur afin de réaliser toute une batterie de tests. »

Les contrôleurs prisent d’ailleurs ces missions sur place qui durent généralement plus longtemps, sans forcément s’installer à demeure. « Nous menons beaucoup d’entretiens, avec différents types d’interlocuteurs au sein de l’organisme contrôlé (la direction générale, les forces de ventes, le back-office…) dans le but de comprendre comment est structuré l’organisme, comment se prennent les décisions, quels sont les outils de contrôle… », précise Arielle Dalens. Le métier exige de la rigueur et de la curiosité car il faut chercher l’information et la comprendre, mais aussi de la diplomatie. « Aucun organisme n’aime apprendre qu’il va faire l’objet d’un contrôle, souligne la contrôleuse. Il peut arriver que certains tardent à répondre aux demandes ou apportent des réponses volontairement trop courtes, alors que d’autres vont vous noyer sous les acronymes. Il faut alors savoir faire preuve de fermeté. Mais globalement, cela se passe bien, d’autant que nous avons à cœur de ne pas perturber le fonctionnement de l’entreprise. » Attention, ces « détectives » bancaires ne peuvent pas quitter l’ACP pour aller n’importe où. Ils sont soumis à des contraintes particulières : une commission de déontologie doit se prononcer sur leur départ et vérifier que, durant les trois années suivantes, ils ne seront pas amenés à travailler pour des organismes qu’ils ont contrôlés à l’ACP, afin d’éviter les potentiels conflits d’intérêts. « Au début de mon recrutement, j’y voyais seulement un tremplin avant de revenir au privé, confesse Marc Domange. Mais j’ai changé d’avis. Mon travail à l’ACP m’offre une stimulation intellectuelle unique : la visibilité sur l’ensemble des projets de modèles internes européens et la possibilité de participer à des groupes de réflexion internationaux. Pour le moment, je n’envisage pas encore une évolution, tant au sein de la BDF que dans le secteur privé. »

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