Un homme, une équipe

Fabien Dornier, chef d’orchestre de la « minimum variance » chez Ossiam

le 21/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Née en 2009, la toute jeune société a été la première à créer des ETF de ce type. Fabien Dornier en dirige le pôle de gestion.

En lançant ses ETF (exchange-traded funds) iStoxx Europe Minimum Variance et US Minimum Variance en juin 2011, Ossiam, filiale de Natixis Global Asset Management, a frappé fort. La société de gestion est devenue le premier acteur à proposer aux investisseurs des stratégies de minimum variance dans ce format. « ‘Des stratégies de quoi ?’,

nous a-t-on parfois demandé à l’époque,s’amuse Fabien Dornier, directeur de la gestion du fournisseur d’ETF. Il y a deux ou trois ans, ces stratégies visant à réduire la volatilité n’étaient connues que d’un petit nombre d’investisseurs. »

Depuis, elles ont pris leur envol. Un des ETF les plus emblématiques du genre, le PowerShare S&P 500 Low Vol, a dépassé les 3 milliards de dollars d’encours aux Etats-Unis. Récemment, le géant Ishares a annoncé le lancement de ses quatre premiers ETF minimum variance en France.

Précurseur

Cette longueur d’avance ne doit rien au hasard. Ossiam a fait des stratégies dites de « smart beta » sa marque de fabrique. Alors que la plupart des autres fournisseurs d’ETF développent différentes gammes de produits répliquant notamment les indices phares des places financières, la société, fondée par Bruno Poulin et Antoine Moreau en 2009, se concentre exclusivement sur les « indices intelligents » : comprendre les indices dont les pondérations ne sont pas liées à la capitalisation boursière.

« Avec cette stratégie, notre métier consiste à réduire la volatilité. Nous ne vendons rien d’autre, pas de performance absolue, pas de 'tracking error', juste de la volatilité réduite », martèle Ksenya Rulik, responsable de la recherche quantitative, PhD en physique théorique et master en méthodes quantitatives appliquées à la finance en poche. Résultat, quand l’ETF PowerShare S&P 500 Low Vol propose une volatilité de 8,3 % sur les trente derniers jours, Ossiam affiche une volatilité de 7,1 % via son ETF US Minimum Variance.

Il a fallu six mois aux équipes pour accoucher du moteur de leurs stratégies minimum variance. « Il nous a d’abord fallu rentrer les données (prix, volumes, devises…) ; nous sommes un gérant systématique, les données sont notre matière première », détaille Fabien Dornier. Puis vient l’élaboration du modèle, les contraintes et les tests permettant de mesurer la sensibilité du processus à ces dernières. « On veut éviter le biais de la suroptimisation », explique ce dernier. A la sélection des valeurs les moins volatiles, les modèles de minimum variance ajoutent des contraintes (sectorielles notamment) afin de limiter les concentrations de valeurs appartenant à une même industrie par exemple. Cela pour limiter la corrélation et diminuer la volatilité globale du portefeuille. Dans ce contexte, il est tentant de multiplier les contraintes pour arriver à un modèle présentant les meilleures simulations (back-tests) possibles. « Mais nous ne voulons pas perdre de vue le sens financier de nos stratégies, insiste Tristan Perret, un des gérants de l’équipe. Tous nos paramètres se justifient financièrement, ce ne sont pas de purs modèles quantitatifs. »

Une approche pragmatique

Sur ce point, Fabien Dornier campe sur ses certitudes. Il veut du pragmatisme et de la simplicité, en prise avec les besoins des investisseurs et la vie des marchés. Pour cela, il n’hésite pas à trancher dans ce qui pourrait être la routine d’une équipe aux profils très « quant ». « Ici, l’ensemble de l’équipe prend part aux activités opérationnelles. Tous, y compris les membres qui ont plus une expertise 'recherche', gèrent les différents véhicules d’investissement (mandats, fonds et ETF) et ne se consacrent pas uniquement à de la modélisation. » Supervision des fonds, gestion des ordres, présentation aux clients… tout est fait pour donner à l’équipe et à ses produits une forte connotation marché.

Entre deux références au père de la théorie de la faible volatilité, le professeur Haugen décédé en début d’année, les gérants de l’équipe présentent ainsi une étude fondamentale sur les niveaux de marge et de leveragemoyens des entreprises de leur portefeuille, discutent des régimes de marché dans lesquels se trouvent la Bourse actuellement et mentionnent les dernières améliorations apportées au processus de minimum variance.

Tout est fait pour simplifier ce qui pouvait être perçu comme trop compliqué dans ces stratégies de « smart beta ». Depuis 2008, les investisseurs apprécient les produits financiers compréhensibles de tous. Les boîtes noires censées délivrer de la performance n’ont plus la cote. Le pragmatisme des équipes joue en ce sens. « Les équipes quantitatives sont souvent associées aux 'hedge funds', souligne Fabien Dornier. Nous sommes tout à l’opposé : nous publions nos méthodes de calcul, nos rebalancements mensuels, nos positions, nous passons du temps à expliquer nos stratégies aux investisseurs. »

Des modèles transparents

Aujourd’hui, les actifs sous gestion de la société sont de 603 millions d’euros. Les deux principaux ETF minimum variance en Europe et aux Etats-Unis capitalisent chacun 162 et 223 millions d’euros d’encours. Des chiffres qui pourraient paraître maigres dans une industrie régie par les flux, où les plus importants acteurs européens comptent leurs actifs en dizaines de milliards d’euros.Chez Ossiam on ne s’en émeut pas. « Nous ne sommes pas un distributeur d’ETF de masse, nous restons sur une niche : les stratégies intelligentes. Notre plus-value réside dans la création de nos modèles transparents », explique Fabien Dornier.

Si la société s’est développée sur deux stratégies, le minimum variance et l’equal weight, de nouvelles stratégies sont prévues pour l’année en cours. Sur le sujet, tout le monde reste muet, innovation et concurrence obligent. Tout juste peut-on deviner qu’il s’agit de produits permettant d’investir, entre autres, de nouvelles classes d’actifs. Les obligations très en vogue ? « Possible ». Et que penser par ailleurs du high volatilitypour profiter d’une hausse du marché actions ? « On y a travaillé mais les résultats ne sont pas probants. » Ils ont plusieurs stratégies, dont certaines sont multiclasses d’actifs, dans les tiroirs. « Nous en testons plusieurs et les sortirons au bon moment », admet Fabien Dornier.

En attendant, les institutionnels continuent à affluer ; la gestion sous mandat se développe, les fonds souverains multiplient les consultations. « Les fonds de pension nordiques sont également très intéressés. Historiquement, ils se sont ouverts au 'smart beta' depuis plus longtemps que les français », conclut Fabien Dornier.

L'EQUIPE

Bruno Monnier, 25 ans, analyste quantitatif

Tristan Perret, 33 ans, gérant et responsable support gestion

Fabien Dornier, 35 ans, directeur de la gestion

Ksenya Rulik, 37 ans, responsable de la recherche quantitative

Carmine de Franco, 28 ans, analyste quantitatif

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