Expatriés, préparez votre retour !

le 01/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Rentrer au bercail après plusieurs années à l’étranger n’est pas toujours facile. Le sujet doit être discuté avant même de partir.

La question du retour d’expatriation concentre toutes les attentions. D’ailleurs, elle est soulevée avant même le départ. « La perspective du retour a été abordée avec la DRH et en présence de ma femme dès que j’ai été sélectionné, se souvient Guillaume Lainé, parti en Grèce en septembre 2007 pour y occuper le poste de secrétaire général de Groupama Phoenix, une filiale que Groupama SA venait de racheter trois mois plus tôt. Bien évidemment, l’essentiel des discussions portait sur l’accompagnement au départ. Mais nous avons aussi eu des échanges sur les souhaits professionnels que j’étais susceptible d’émettre à l’issue du contrat. » Le retour est toujours mentionné dans les contrats d’expatriation, comme l’explique Bénédicte Crété-Dambricourt, directrice du développement des dirigeants et expatriés de Groupama : « Dans tous nos avenants, il y a des clauses qui garantissent les conditions de réintégration dans l’entreprise à un niveau de fonction et de statut au moins équivalent à celui du départ. Nous garantissons également un salaire minimal de retour. » Une fois en poste à l’étranger, les expatriés font l’objet d’un suivi tout au long de leur mission, qui permet aussi d’anticiper leur retour. Il y a quelques mois, la direction des ressources humaines de la banque de financement et d’investissement (BFI) de Natixis a d’ailleurs mis en place un processus structuré pour optimiser la gestion des carrières et l’anticipation des retours de ses 120 collaborateurs en poste à l’étranger. « Les expatriés bénéficieront désormais d’un entretien de carrière annuel avec leur référent RH, souligne Céline Tricon-Bossard, directrice des ressources humaines (DRH) de la BFI de Natixis. Un an avant la fin du contrat, un comité de carrière regroupant des membres du comité exécutif de la BFI se réunit pour réfléchir aux évolutions que l’on est susceptible de proposer au sein des différentes lignes métiers. L’objectif de ce dispositif est de capitaliser sur l’expérience internationale acquise par nos expatriés, de développer la mobilité entre les métiers et d’inscrire l’expatriation comme un élément valorisant dans la carrière de nos collaborateurs. » Chez Ernst & Young, la démarche a été poussée plus loin. La centaine d’expatriés français qui opère à travers le monde est regroupée au sein d’un « french business network ». « L’associé qui a en charge ce réseau a la responsabilité de développer les activités françaises à l’étranger, mais aussi de suivre les expatriés à toutes les étapes de leur mission, précise Sylvie Magnen, associée en charge de la stratégie et des ressources humaines. Pour faire vivre ce réseau, nous organisons un grand meeting annuel, des réunions par zones géographiques... Tout est fait pour qu’ils ne se sentent pas isolés pendant leur séjour à l’étranger. »

Maintenir le lien

Les DRH invitent en outre leurs expatriés à maintenir le lien avec les équipes en France pour ne pas se faire oublier. Ce conseil, Fabrice Yborra l’a suivi à la lettre durant les trois années qu’il a passées à Londres pour développer une franchise de distribution de crédits auprès des investisseurs institutionnels : « Chez Natixis, les ‘business lines’ sont intégrées. Aux crédits syndiqués, j’appartenais à la même équipe que mes collègues parisiens et je référais au même responsable hiérarchique. J’étais donc en contact quotidien avec eux à travers des mails, des appels téléphoniques... Et comme une proportion importante des transactions est structurée à Paris, j’étais aussi amené à me rendre en moyenne une fois par mois au siège pour y rencontrer mon management, ce qui me permettait au passage de maintenir le contact avec mon réseau. » Envoyée à Sydney comme manager par Ernst & Young de 2003 à 2006, Carole Abbey ne pouvait pas revenir à Paris très souvent. « Lorsque je me rendais en France une fois par an pour les vacances, j’en profitais pour passer au bureau afin de revoir mes anciens collègues, raconte la jeune femme. J’avais également des discussions régulières par téléphone et par mail avec mon ‘parrain’ à Paris pour faire le point sur mes dossiers. Et dans le cadre de l’entretien annuel d’évaluation, j’en profitais pour l’informer des nouvelles compétences que j’avais acquises, de mes souhaits d’évolution et de la préparation de mon retour. »

Si, au cours des deux premières années, le retour n’est qu’un sujet évoqué parmi d’autres lors les échanges avec le management et les RH, il devient « le » sujet central un an avant la date fatidique de la fin de la mission à l’étranger. Dans les cabinets d’audit et de conseil où les métiers et les grades sont très normés, la réintégration pose généralement peu de difficultés. « Comme nous sommes organisés par lignes métier ou industries, un auditeur manager qui part à l’étranger pour y suivre un de ses clients a toutes les chances de le conserver à son retour et donc de réintégrer la même ligne métier ou la même industrie », explique Isabelle Mathieu, DRH adjointe de PwC France. « Les discussions portent essentiellement sur les différents scénarios envisagés : une prolongation de contrat, une nouvelle expatriation ou un retour en France, ainsi que sur les perspectives de progression à travers un passage au grade de directeur ou d’associé », complète Sylvie Magnen.

Dans les banques et les sociétés d’assurances, les négociations se révèlent plus complexes et nécessitent un investissement fort de la part de l’expatrié, un peu comme dans le cadre d’une mobilité interne. « Je suis parti du principe que ce n’était pas à la RH de me prendre par la main pour évoquer mon plan d’évolution de carrière, confie Fabrice Yborra. Je n’ai pas attendu non plus que l’on me fasse des propositions. C’est moi qui ai pris les devants. » Six mois avant la fin de son contrat, en septembre 2010, il engage des discussions avec son management opérationnel et sollicite en parallèle son réseau afin d’identifier les différentes pistes d’évolution. « C’était clair : compte tenu de mon âge et de mon expérience, je souhaitais accéder à un poste de management, dit-il. Au départ, je n’avais pas forcément envisagé une nouvelle expatriation. Mais je savais aussi que l’activité de la plate-forme dette de Natixis, qui est en plein développement à l’international, pouvait me conduire à New York ou à Hong Kong. J’ai donc fait passer le message selon lequel j’étais ouvert à toutes les belles opportunités, à Paris comme à l’étranger. » En juin dernier, neuf mois après le début des négociations, il apprend qu’il est nommé coresponsable de l’activité crédits syndiqués pour l’ensemble de… l’Asie-Pacifique, et qu’il a huit semaines pour tout organiser : son déménagement, sa recherche de logement, l’inscription de ses enfants à l’école…

Soutien logistique

En général, les expatriés sont fixés sur leur sort entre quatre et six mois avant la fin de leur mission afin de leur permettre de régler tous ces problèmes logistiques. Pour les aider à ce stade, les DRH proposent sensiblement les mêmes « packages » que lors du départ. « Nous fournissons un logement temporaire pendant un mois, avec la possibilité de prolonger le bail tant que l’expatrié n’a pas trouvé de logement définitif, détaille Isabelle Mathieu. Nous prenons également en charge les billets d’avion, le déménagement ainsi que les prestations d’une agence de relocation. Nous octroyons enfin une prime afin de couvrir les frais d’installation. » Ce soutien logistique contribue aussi à atténuer les premiers vagues à l’âme. Pour Guillaume Lainé, aujourd’hui directeur de la coordination des affaires générales et du contrôle interne de GAN Assurances au sein de Groupama, le retour en France s’est révélé « un moment délicat, avec un mélange d’émotions et d’excitation. J’ai vécu pendant trois ans en Grèce une expérience professionnelle passionnante, enrichissante et épanouissante. Sur le plan personnel, les Grecs sont extrêmement attachants. Il n’a donc pas été facile de se conditionner pour le retour ». Pour permettre un atterrissage en douceur, la DRH de Groupama peut dans certains cas proposer un accompagnement individuel. « Je devrais démarrer cette procédure dans les semaines qui viennent », indique Guillaume Lainé en confiant que depuis son retour, il est retourné plusieurs fois en Grèce pour y retrouver ses anciens collègues et amis. Revenir ne signifie pas pour autant oublier…

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